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anonymous asked:

Est-ce que les artistes sont malheureux? Est-ce que l'art est art seulement lorsqu'il est triste?

Je ne dirais pas que les artistes sont malheureux, mais plutôt qu’ils sont mélancoliques. C’est une question longue à traiter et à penser. 

L’art, ce n’est pas fait pour être beau, mais pour faire naître des émotions. Je pense alors que tout dépend de la nature de chaque artiste, mais également de son intention envers le monde. Je connais des artistes qui s’adonnent à cette passion parce qu’ils ont un désir de se refermer face au monde. En somme, ils ont besoin de ce moment de tranquillité, et cela les rend heureux. Ma mère est peintre et, quand elle dessine sur une toile, elle oublie tout ce qui l’entoure. C’est le moment qu’elle préfère de la journée, celui qu’elle attend avec impatience, parce qu’elle va pouvoir mettre toute son âme à l’intérieur. Elle dit qu’elle se sent plus vivante, et cela me remplit de joie.

De l’autre côté du miroir, je connais des artistes qui sont très mélancoliques. Ils puisent alors dans cette mélancolie, dans cette souffrance, dans le but de tisser un art. L’un de mes amis, dont je suis vraiment très proche, fait de la musique et compose des chansons pour expier ce qu’il ressent. C’est en produisant son art qu’il se sent vivre. Pour lui, l’art est thérapeutique.

Pendant des siècles, les artistes ont été torturés (je fais par exemple référence à l’artiste Michel-Ange, ou encore à Charles Baudelaire et son spleen). Je l’ai moi-même été, car il y a dans la souffrance une source inépuisable d’inspiration. La tristesse a quelque chose de fascinant par ce qu’elle peut susciter.

Je pense ainsi que l’art est art à partir du moment où il arrive à transmettre quelque chose. Je crois que cela dépend aussi du regard de l’âme.

Navré d'avoir déserté ses doutes pour s'adonner à la ferveur du verbe, mais secrètement ravi d'avoir transmuté l'irrealité en la réalité d'une formule, il emprunte la même voie que le poète, “ce monstre qui tente son salut par le mot et qui supplée le vide de l'univers par le symbole même du vide”.
—  Sylvie Jaudeau, Cioran ou le dernier homme.

 Histoire et Patrimoine - Artiste Paul Gauguin

Paul GAUGUIN découvre sa voie à Pont-Aven
Gauguin s’adonne tardivement à la peinture, après avoir été marin et employé chez un agent de change.
Il a 38 ans lorsque, influencé par les impressionnistes et surtout Pissarro, il choisit de se consacrer à son art.
Après une vie sociale bien rangée, l’artiste prend le pas sur le père de famille :
sa vie bascule.
Des difficultés matérielles l’amènent à Pont­ Aven en 1886 alors qu’il n’est encore « qu’un impressionniste ».
Il est venu à Pont-Aven sur les conseils de Jobbe-Duval dans ce
« petit trou pas cher ».
Comme son maître impressionniste Pissarro, Paul Gauguin est sensible aux paysages et à l’effet de la lumière sur les paysages.
De 1886 à 1894, Paul Gauguin séjourna plusieurs fois à Pont-Aven et au Pouldu avant de quitter définitivement la France métropolitaine pour Tahiti puis Hiva Oa, une des îles Marquises où il meurt en 1903.

Qui êtes-vous Monsieur Gauguin ?
« Gauguin fut un monstre.
C’est-à-dire qu’on ne peut le faire entrer dans aucune des catégories morales, intellectuelles ou sociales, qui suffisent à définir la plupart des individualités.
Pour la foule, juger, c’est étiqueter. » Victor Segalen, 1904

Pour avoir su s’imprégner des habitants de ce pays, s’inspirer de ses paysages et en extraire le meilleur, Gauguin est, avant tout, une âme sensible et très réceptive.
Il n’est pas seulement le vilain petit canard de la colonie artistique.
C’est un humain avec toute sa force de caractère et sa détermination, sa sensibilité aux joies et malheurs de la vie. Humain aussi avec toutes ses faiblesses. C’est toujours plus loin de la civilisation industrielle naissante et surtout dans la simplicité des mœurs et la proximité de la mer que l’artiste va laisser s’épanouir son art.

Dans une lettre à sa femme, il se décrit ainsi
« il faut se souvenir qu’il y a deux natures chez moi, l’Indien et la sensitive. »

La sensitive, c’est dire le mari et père de famille. 
Il a assumé ce rôle pendant plusieurs années.
Travaillant comme courtier pour un agent de change, la famille Gauguin mène une vie confortable à Paris.
La peinture a sa place dans cette vie, mais ce n’est qu’un loisir.
Gauguin côtoie des peintres mais est un artiste « du dimanche ».
Il collectionne des œuvres de Pissarro, Degas …
Le bon sens populaire aurait voulu qu’il préservât cette vie confortable au détriment des ses envies d’ailleurs.

L’Indien, c’est l’artiste, le sauvage.
Les origines maternelles de Paul Gauguin sont au Pérou ;
il vécut à Lima, chez un oncle, les premières années de sa vie (1849-1854). Une autre civilisation, des mœurs différentes et surtout un esthétisme qui tranche avec celui du Vieux Continent.

Début de carrières dans la marine marchande.
Sont-ce ses traversées vers et depuis l’Amérique du Sud qui éveillèrent Gauguin au goût de la mer ?
Qui lui firent taire l’appréhension des océans ?
Et l’orientèrent vers le métier de marin ? Sa famille rêve pour lui de l’Ecole Navale, mais la tâche est ardue et l’écolier plus épris de liberté que de travail.
Aussi, Gauguin n’est pas reçu ; il semble même qu’il ne soit pas présenté au concours.

A 17 ans ½, le 17 décembre 1865, il embarque, en qualité de novice ou pilotin, avec une solde mensuelle de 20 francs, sur le Luzitano.
C’est un 3 mâts de 645 tonneaux qui se rend à Rio de Janiero.
Il effectue deux fois le voyage dans les mêmes conditions.
Le 29 octobre 1866, il embarque sur le Chili qui se rend à Valparaiso et remplit alors les fonctions de second lieutenant aux appointements de 50 francs par mois.
Inscrit définitif en 1868, il embarque en mars 1868 sur le Jérôme Napoléon. Corvette en bois de 1640 tonnes, le bâtiment est rapide et supérieur à ce qui existe alors en terme de navigation.
Cet embarquement permet à matelot de 3° classe Paul Gauguin de faire plusieurs croisières en Méditerranée et en Mer du Nord.
A la déclaration de la guerre avec l’Allemagne en 1870, Gauguin sert toujours sur le vaisseau qui se rend alors avec la flotte française vers les côtes péruviennes. 
Le 23 avril 1871, Paul Gauguin débarque à Toulon du navire, alors rebaptisé Desaix. Il est matelot de 1° classe et est nanti d’un certificat de bonne conduite, qui représente tout son patrimoine.
Sa carrière maritime s’arrête là mais avec l’opportunité d’avoir goûté à l’exotisme des autres civilisations et de confronter sa vision du monde à des horizons lointains.

La cohabitation de la sensitive et du sauvage est impossible.
En 1873, il épouse une danoise Mett Gad et fonde une famille de 5 enfants, 4 garçons et 1 fille.
Le père de famille travaille alors comme coutier pour un agent de change à la bourse.
En 1883, à la suite d’un krach boursier, quand il quitte son emploi de courtier et se voue à la peinture.
Il tente de faire cohabiter les 2 natures qui sont en lui.
Mais c’est un échec.
Sa peinture ne se vend pas et sa situation financière se dégrade.
La vie familiale est difficile à gérer avec sa vie d’artiste.
Ainsi fait-il le choix de laisser l’Indien prendre le dessus et il se consacre exclusivement à son art, laissant derrière lui, au Danemark sa femme et ses 5 enfants.
Il fait sacrifice de sa vie familiale et professionnelle pour accomplir sa vie d’artiste. 
Il peut être soit la sensitive soit l’Indien, mais pas les deux à la fois.

Banni par sa femme, il en souffre beaucoup.
Malgré tout, il est un père très tendre et ses enfants lui manquent.
Il est très affecté en apprenant la mort de sa fille Aline.
Dans une lettre à son épouse, il décrit cet état de tiraillement :
« Depuis mon départ, afin de conserver mes forces morales, j’ai fermé petit à petit le cœur sensible.
Tout est endormi de ce côté-là et il serait dangereux pour moi de voir mes enfants à côté de moi pour m’en aller après.
Il faut se souvenir qu’il y a deux natures chez moi, l’Indien et la sensitive.
La sensitive a disparu, ce qui permet à l’Indien de marcher tout droit et fermement » (février 1888).

La quête de lui-même, sa fuite de la civilisation moderne va se poursuivre au-delà de sa rupture avec le cocon familial.

Séjours en Bretagne
Arrivé à Pont-Aven en 1886, Paul Gauguin fait partie des artistes dits « révolutionnaires ».
En effet, ami de Pissarro, ce dernier lui a appris à peindre.
Sa touche est fine, sa peinture est douce à l’œil. C’est un impressionniste sage.
Mais ce révolutionnaire n’est pas venu chercher en Bretagne ce qui attirait tous les autres : la lumière, la culture, le village accueillant et vivant. Gauguin est venu ici pour des raisons financières.
Pont-Aven est un petit trou pas cher que lui a conseillé le peintre Jobbé Duval.
Petit trou car effectivement un dicton précise
« Pont-Aven, ville de renom, 14 moulins, 15 maisons ». S’il est vrai que 14 moulins jalonnaient les rives de l’Aven, le nombre de maisons est exagérément diminué, mais il parodie bien la taille de la cité. C’est au cours de ses séjours que Gauguin a ensuite découvert toute la richesse de ce pays et de ses habitants.
C’est aussi ici qu’il démarre sa voie artistique ;
ici où il peut pour la première fois se consacrer exclusivement à son art.

Sur place, le jeune Emile Bernard vient à sa rencontre.
Ce jeune homme cultivé - il n’a que 18 ans et Gauguin 38 - parcourt la Bretagne à pied.
Il quitte Concarneau sur les conseils de Emile Schuffenecker qui l’envoie à la rencontre de Paul Gauguin.
L’ami commun a déjà senti que la confrontation entre le fort caractère de Gauguin et les idées novatrices de Bernard serait fructueuse. Malheureusement pour le jeune Bernard, Gauguin ne s’intéresse pas à lui et la rencontre ne débouche pas sur la fusion escomptée.
Par contre, cette même année 1886, Paul Gauguin fait la connaissance de Charles Laval avec qui il se lie d’une profonde amitié. Ils embarquent dès 1887 pour Panama et la Martinique.
De ce 1er séjour sous le soleil, il gagne en personnalité picturale, en couleurs et en luminosité.
C’est aussi au cours de ce périple exotique que les 2 hommes participent au creusement du canal de Panama.

De retour à Pont-Aven en 1888, sa seconde rencontre avec Emile Bernard est décisive. Les 2 artistes se complètent.
L’un, Gauguin, 40 ans, est fort de sa personnalité forgée par des années heureuses et difficiles, par son expérience de la vie, mais faible par son manque de techniques. L’autre, Bernard, 20 ans, est riche de ses connaissances, de ses idées qu’il veut faire aboutir, mais faible par son manque de personnalité dû à son âge. Chacun a trouvé dans l’autre ce qui lui manquait pour continuer à évoluer.
Ce sont les 2 pièces d’un puzzle qui s’assemblent parfaitement ;
un couple.
Leur parcours individuel aurait sans doute été différent s’ils ne s’étaient pas « unis ».

Et puis c’est l’aventure de l’Ecole de Pont-Aven, expression de groupe symbolisant la complémentarité des artistes entre eux.
Chacun apporte un peu d’eau au moulin de ce courant artistique, chacun y trouve sa place.
Ce n’est pas un peintre dictant sa vision aux autres mais chacun s’enrichit des idées du groupe.
Chaque artiste assimile les idées et les restitue à sa manière.
De telle sorte que les tableaux de l’Ecole de Pont-Aven sont tous identiques ;
en ce sens où toutes les caractéristiques du mouvement y sont perceptibles.
Mais ils sont aussi tous différents car chaque personnalité s’exprime différemment.
Chaque tableau est le reflet de l’individu au sein d’un groupe partageant le même idéal.

Les idées développées à Pont-Aven lui permettent de trouver sa voie en peinture.
La force, que lui a transmis le groupe, lui permet de continuer seul son œuvre.
Il a sa propre force et n’a plus besoin de l’effervescence du groupe pour continuer à évoluer.

Séjours en Polynésie française
Séjours à Tahiti
Le 1er avril 1891, il embarque une première fois pour Tahiti, colonie française depuis 1880.
Il débarque sur l’île après un long voyage en bateau, le 9 juin.
Un second voyage l’y conduit en 1895.
Ces départs répondent à une impérieuse envie de rompre avec la civilisation, mais aussi à une sorte de régression.
L’artiste est en quête de lui-même, de sa réelle personnalité, de son accomplissement.
Par ces voyages, il cherche sans doute à retrouver le bien-être de sa petite enfance au Pérou et les souvenirs agréables de ses découvertes lointaines entant que marin.

Paul Gauguin se met alors à peindre la Polynésie comme il la voie et pas forcément comme elle est. L’influence de la colonisation est absente de ses toiles.
Il peint l’image du jardin d’Eden qu’il pense avoir trouvé.
Pour y parvenir, il évoque l’harmonie des éléments : la nature riche et nourricière, les animaux complices des hommes, les humains sereins et respectueux de leur environnement, les religions omniprésentes.
Ses tableaux foisonnent de couleurs chaudes et de formes douces, mettent l’élément naturel au même niveau que les personnages et donnent une image idyllique de la colonie.

Il suggère aux métropolitains l’existence d’un paradis terrestre.
L’image subsiste encore à notre époque : évoquer Tahiti, c’est appeler le paradis sur terre. Les termes riment et sont indissociables dans l’imagerie populaire. Tahiti et la Polynésie restent un fantasme.

Fuite vers les Marquises
En 1901, c’est l’ultime exil vers les îles Marquises.
Il s’installe à Atuona sur l’île d’Hiva Oa. C’est une terre éloignée, encore vierge de toute civilisation européenne.
Les cultes anciens Mahori et les histoires de cannibalisme sont encore proches. Seule la religion catholique s’est installée dans cette contrée.

Paul Gauguin y acquiert une terre qu’il achète à la mission catholique.
Il y construit « la Maison du Jouir ». Paradoxalement, alors que l’île est étendue, que les missionnaires contrôlent une portion réduite du territoire, que les voies de transport sont primitives, il choisit malgré tout de s’établir en plein cœur du petit village.
Son exil n’est donc pas une fuite des hommes mais bien un retrait de la civilisation, un rejet du vieux continent et de ce qu’il représente.

Le 8 mai 1903, Paul Gauguin s’éteint sur son île. Il est enterré le 9 mai dans le cimetière catholique du village.
Victor Segalen qui assiste la même année à la vente des tableaux et objets du peintre exilé, en sauve une partie.

L’héritage laissé par Gauguin
Fidèle à son idéal.
Jusqu’au bout artiste maudit, qui fit sacrifice de sa vie familiale et professionnelle rangée pour se consacrer à l’art, à son art, incompris.
Il n’eut pas la reconnaissance escomptée, ni du public, ni des critiques d’art et peu de ses confrères.
Il n’a jamais renié ses idées et n’a pas « régressé » vers l’impressionnisme pour tenter de mieux vivre de sa peinture.
Au contraire, fort de son tempérament et de sa ténacité, il est allé jusqu’au bout de sa passion.

Gauguin a préparé les voies de la peinture moderne ; avec lui la peinture change radicalement d’objet.
Au lieu d’avoir pour tâche la description du monde extérieur, elle se tourne vers le monde intérieur de l’artiste.
Il fut le chef de file de l’Ecole de Pont-Aven et le maître des Nabis.

Les thèmes récurrents de son oeuvre bretonne
Parmi les œuvres de Gauguin peintes en Bretagne, plusieurs thèmes abordés par Gauguin à Pont-Aven peuvent apparaître comme le fil conducteur du visiteur.

Les costumes traditionnels
Paul Gauguin, cherchant à saisir l’âme du pays et de ses habitants, a démontré à travers ses œuvres la diversité du costume.
Sur chacun de ses tableaux, les femmes portent tantôt des vêtements de travail, de cérémonie ou de deuil.
Certains d’entre eux sont particulièrement bien représentés sur « la Danse des quatre bretonnes », « la Belle Angèle », « la Ronde des petites bretonnes » ou « les Paysannes Bretonnes ».

Les moulins
“ Pont-Aven, ville de renom, 14 moulins, 15 maisons. ” dicton populaire.
Ou
« Bro goz ar milinou », le vieux pays des moulins, devise de la cité.
Parmi ceux que l’on peut encore reconnaître et qui ont été peint par Gauguin :
Le moulin Ty Meur (du breton, grande maison) ou St Guénolé (du nom de la colline qui le domine).
Il fut immortalisé par le tableau
“ Les lavandières ” en 1886.
C’est l’une des 14 toiles peintes lors de ce premier séjour à Pont-Aven. 
Les moulins de Kerniguez et du Petit Poulguin qui tient son du breton Poul=trou et soit Gwen=blanc soit Guin=tumulte, du chaos provoquant tumulte et bruit. Gauguin a planté son chevalet sur un îlot entre l’Aven et le St Eloi pour donner naissance à une œuvre peu connue mettant en scène des dindons.
Le moulin de Kermentec sous le viaduc du chemin de fer, moulin immortalisé par Gauguin et plus connu sous le nom de son propriétaire de l’époque (moulin David). 
Le moulin neuf à l’entrée de la promenade du bois d’Amour.
Plusieurs scènes y ont été peintes : baignades d’enfants, lavandières.

La piété des Bretons, la religion.
La découverte de l’art sacré breton marque profondément la peinture de cette fin du 19ème siècle.
Les classiques s’en inspirent pour exalter la piété. D’autres, comme Gauguin, en nourrissent leurs recherches plastiques, voulant ajouter une dimension symbolique et spirituelle à la peinture.
Lors de ses séjours, Paul Gauguin joue volontiers avec la piété du peuple, avec les textes bibliques et la symbolique des objets et animaux.

En 1888, il peint « la Vision après le Sermon », tableau dont il voulu faire cadeau à la paroisse de Nizon qui le refusa.
En 1889, il peint « le Christ jaune » d’après le christ en bois polychrome du 17ème.
S’inspirant de cette toile « Le Christ jaune », il se présente lui-même volontiers en nouveau Christ de la peinture en faisant figurer « Le Christ Jaune » à l’arrière d’un de ses autoportraits.
Il comparait la passion du Christ au sacrifice qu’il avait lui même :
éloigné des siens, sans argent, sa peinture alors incomprise…
Il savait cependant que ce sacrifice avait été utile, car il avait le sentiment d’avoir accompli sa vocation, son œuvre.
Pendant cet été 1889, il peignit plusieurs tableaux à thème religieux :
« le Christ Vert » inspiré de la piéta du calvaire de Nizon et un autoportrait aux cheveux flamboyants (le christ rouge ?) où il s’est représenté en Christ au jardin des oliviers. 
Ou encore dans la salle à manger de la buvette de la Plage de Marie Henry au Pouldu, il orne les portes d’un autoportrait mi-ange avec une auréole sur la tête et la flamme de Pentecôte, mi-démon avec la pomme et le serpent du pêché originel.
Une autre porte est décorée par un portrait de Meyer de Haan, déformé, inquiétant comme un diable.

Par delà les mers chaudes, il continua de s’inspirer de la religion pour donner naissance à des magnifiques tableaux ou glisser des symboles religieux dans ses travaux.

Ces œuvres témoignent de l’intérêt de Gauguin pour la vie et l’art religieux des bretons :
« Tout respire croyance souffrance passive style religieux primitif et grande nature avec son cri » écrit-il. 
Avec un siècle de recul, dans cette ère industrielle qu’est le 19ème siècle se détournant de la religion au profit le progrès et de l’esprit cartésien ; dans cette ère picturale qui met les paysages et la lumière à l’honneur, Paul Gauguin est aussi un des rares artistes à utiliser ouvertement la religion dans ses œuvres. Il a remis « à la mode », tout au moins en avant, les œuvres d’inspiration religieuse. Aujourd’hui, il nous fait redécouvrit des textes et des symboles que le 20ème siècle nous a fait oubliés.
Chaque été, la chapelle de Trémalo accueille une exposition de reproduction d’œuvres de Gauguin ayant pour sujet un thème religieux.
Œuvres bretonnes et polynésiennes cohabitent. Un prêtre apporte un éclairage ecclésiastique sur ces toiles (dépliant dans la chapelle.
Entrée libre, toute l’année, tous les jours de 10h à 17h.

A l’inverse, le port, site absent de son oeuvre
A l’inverse de thèmes récurrents, le port n’a jamais été un lieu d’inspiration du peintre.
Port de cabotage pourtant réputé et fort actif par où transitent de nombreuses marchandises, aucune toile ne montre l’activité maritime de Pont-Aven. Quelques scènes de baignades sur les bords de l’Aven existent, un bateau sous voile est en arrière plan des « Lavandières », mais ce sont les seules représentations du port.

Traces de Gauguin à Pont-Aven
La pension Gloanec, aujourd’hui Maison de la Presse, sur la place rebaptisée en son nom.
Il y séjourna 4 fois.
L’hôtel Glouannec, aujourd’hui hôtel des Ajoncs d’or.
Son dernier séjour en 1894 s’y déroula.
Le buste de Gauguin par Emile Vaillant, sur la fontaine sur la place de l’hôtel de ville.
Le musée des beaux-arts où sont exposées quelques œuvres (ouvert toute l’année sauf janvier).
L’exposition « Gauguin ou le passeur blessé » à la chapelle de Trémalo (juillet et août).
Sur les pas de Gauguin :
Les 3 sentiers de promenade invitent les visiteurs à parcourir Pont-Aven et Nizon sur les lieux d’inspiration des peintres.
Tel un chemin de croix, les parcours sont jalonnées de 21 étapes présentant une reproduction et un double commentaire sur l’oeuvre et sur le lieu.

Exergue :
« J’aime la Bretagne : j’y trouve le sauvage, le primitif.
Quand mes sabots résonnent sur ce sol de granit, j’entends le ton sourd, mat et puissant que je cherche en peinture »

A l’époque de Gauguin
Le 19ème siècle est le siècle des inventions. Les progrès, dans tous les domaines, permirent l’amélioration de la vie quotidienne.
La liste ci-dessous n’est pas exhaustive mais montre la diversité et la rapidité de l’évolution de notre société.
Elle montre aussi que de nombreuses innovations du 19è ont toujours une pace de choix dans notre vis quotidienne.

1848 7 juin - naissance de Paul Gauguin à Paris
- Georges Sand écrit La petite Fadette
- Daumier peint La république
- Karl Marx et le manifeste du parti communiste
- 2 ingénieurs français Monier et Lambot inventent le béton armé
– la 1ère maison sera construite en 1851

- 1849 Départ de la famille Gauguin pour le Pérou
Le brevet de l’épingle à nourrice est déposé par l’Américain Walter Hunt - Mise en vente du 1er timbre postal français le 1er janvier.

- 1852 les allumettes suédoises remplacent les précédents procédés moins sécurisés

- 1853 Découverte de l’aspirine - Oscar Levi-Strauss confectionne le blue-jean dont les poches seront consolidées de rivets en 1870

- 1855 retour en France de la famille Gauguin, mais le père de Paul est décédé durant le voyage aller
Le brevet de l’ouvre-boîte est déposé en Grande –Bretagne alors que les boites métalliques soudées existent depuis 1810

- 1857 Installation du 1er ascenseur - Création de la SACEM

- 1860 La lampe à pétrole remplace les antiques lampes à huile

- 1861 Invention de la bicyclette - Mise au point du marteau-piqueur pendant les travaux de percement du tunnel de Fréjus

- 1863 mise en service du 1er métro à Londres.
A Paris, il faudra attendra le 15 juillet

- 1900 Perrier commercialisé en bouteille - Naissance de la Croix Rouge par le Suisse Henri Dunant - Le 6 juillet, création du Crédit Lyonnais

- 1864 Napoléon III signe le 8 mai le décret autorisant la création de la Société Générale

- 1865 il s’engage comme pilotin dans la marine pour 6ans 
Jules Verne et Cinq semaines en ballons - Fin de la guerre de Sécession aux USA - Naissance du Grand Dictionnaire Universel du XXè de Pierre Larousse - Jules Jaluzot crée le magasin Le Printemps

- 1869 Le Journal Officiel remplace le Moniteur universel créé en 1789
- Le chewing-gum, produit à base de résine d’hévéa est inventé.
Il s’inspire du chiclé, gomme naturelle que mâchent les Amérindiens.

- 1870 Proclamation de la IIIè République
- Ernest Cognacq fonde La Samaritaine

- 1871 il travaille comme agent de change
Rome devient capitale de l’Italie

- 1872 un secrétaire de mairie élabore le livret de famille dont l’utilisation est entérinée en 1876

- 1873 il épouse Mette Gad, une danoise
Zola « le ventre de Paris »

- 1874 naissance de Emil son fils
Le verre trempé tient sa dureté d’une cuisson suivie d’une trempe thermique.

- 1875 Inauguration de l’opéra de Paris après 13 ans de travaux
- Le sucre en morceaux remplace le cône de sucre à casser

- 1876 Son Paysage de Viroflay accepté au salon Renoir peint le Moulin de la Galette
- Invention du téléphone
- Naissance du ketchup

- 1877 Naissance de Aline sa fille

- 1880 Tahiti devient colonie française
Ecole gratuite et obligatoire de Jules Ferry - Le 14 juillet devient fête nationale par loi le 8juin et par décret d’application du 11 juillet

- 1881 Naissance de Clovis, son 3è enfant
La 1ère Caisse d’Epargne ouvre le 9 avril

- 1883 Naissance de Jean-René son 5è enfant - il abandonne la bourse et part pour Rouen
La Croix, 1er quotidien catholique, paraît le 16 juin

- 1884 La famille s’installe au Copenhague
Le Crédit Agricole met en place ses 1ères infrastructures
- Eugène Poubelle rend obligatoire à Paris l’usage de boites métalliques à ordures.

- 1885 Retour à Paris mais sa famille est resté au Danemark
1è vaccination contre la rage

1886 Juillet à nov., 1er séjour à Pont-Aven
- Pierre Loti écrit Pêcheurs d’Islande
- Degas peint Le Tub
- « la guerre est une chose bien trop sérieuse pour la confier à des militaires » déclaration de Georges Clémenceau
- La statue de la Liberté offerte par la République Françaises aux Etats-Unis
- Le Français Pierre Albert Raymond dépose le brevet du bouton pression sous sa forme actuelle.
Un danois avait déposé un brevet similaire ne 1807
- Apparition du coca cola

- 1887 Voyage à la Martinique avec Laval
Van Gogh commence sa série des Tournesols

- 1888 février à octobre, 2nd séjour à Pont-Aven puis d’octobre à décembre séjour à Arles avec Van Gogh, qui se termine tragiquement par l’épisode de l’oreille coupée
Dunlop invente le pneumatique, simple tuyau de caoutchouc gonflé d’air.
En 1891, les frères Michelin améliorent le produit et déposent leur brevet.

- 1889 Exposition de groupe au café Volpini mars à mai, puis juin à octobre, séjours à Pont-Aven puis séjour au Pouldu jusqu’en février 1890
Exposition universelle à Paris avec inauguration de la Tour Eiffel après 2 ans de construction
- Apparition de la pellicule phot qui remplace la plaque de verre
- Les frères Peugeot sortent leur 1ère automobile

- 1890 bref séjour à Pont-Aven avant de retourner au Pouldu de juin à novembre
Le 1er mai est décidé par l’Internationale socialiste comme journée universelle de revendication du monde du travail.
Il sera légalisé et chômé en 1937
- Création et mise au point de la prise de courant telle que nous la connaissons aujourd’hui

-1891 1er avril départ pour à Tahiti – arrivée le 9 juin
Toulouse Lautrec peint Le bal du moulin rouge
- Réalisation du 1er dessin animé

-1892 Diesel invente le moteur du même nom
-Pierrot Gourmand, marque déposée par un confiseur parisien

-1893 Le brevet de la fermeture à glissière est déposé par l’Américian Judson .
Elle sera commercialisée en France à partir de 1924 sous le nom de fermeture éclair
- Le 1er « certificat de capacité à conduire un véhicule à moteur » est délivré par la Préfecture sur avis du service des Mines
– le véritable permis de conduire est institué le 14 avril 1899
- Ouverture du restaurant gastronomique Maxim’s le 7 avril

-1894 avril à novembre, dernier séjour à Pont-Aven

-1895 il embarque le 29 juin pour Tahiti où il arrive le 9 sept
Création de la CGT - Naissance du cinéma

-1896 Dépôt du brevet de la TSF par l’italien Marconi. En France, la 1ère communication aura lieu en 1898.

-1897 décès de sa fille Aline
Le douanier Rousseau peint La bohémienne endormie
- Un commerçant alsacien met au point la levure chimique et le vend en sacs ou sacs anonyme. Le sachet rose de l’Alsacienne se fait connaître en 1910.

-1898 Les époux Curie découvrent le radium
- 1er salon de l’auto ouvre ses portes le
13 juin

-1899 Un avocat et un abbé fondent le quotidien Ouest-Eclair qui paraît pour la 1ère fois le 2 août.
Il portera le nom de Ouest-France à la libération
- Le Lancement du 1er sous marin
- Parution du 1er annuaire officiel des abonnés du téléphone
- Fernand, Marcel et Louis Renault s’unissent pour fonder leur société de construction automobile

-1900 Invention du trombone par un Norvégien Johann Waaler
- 1er guide Michelin

-1901 il s’installe sur l’île d’Hiva Oa
Loi Waldeck Rousseau sur les associations - Invention de la machine à laver électrique ; adaptation d’un moteur sur une machine mue à la main
- Le préfet de police de Paris, Louis Lépine organise le 1er concours du même nom

-1903 Mort le 8 mai à Atuona

Le 21 décembre, le 1er prix Goncourt est décerné à John-Antoine Nau pour son roman Force ennemie
Vol du 1er avion à moteur
- Le boulanger Heudebert, de Nanterre, pétrit une pâte spéciale à laquelle il donne le nom de biscotte « deux fois cuit » - Tournage du 1er western par Edwin S. Porter
« L’attaque du Grand Rapide »
- Le Français Louis Rustin invente la rustine
- 1ère édition du tour de France ; 2428 km en 6 étapes gagné par Maurice Garin - Brevet de la ceinture de sécurité déposé officiellement, bien qu’il reprenne une invention déjà existante

Emile Bernard

Vocabulaire français

fourmiller (v) - to swarm, abound

  • fourmiller de - to be full of, be filled with 

adonner (v) - to turn in one’s favour 

  • s'adonner à qch - to give oneself over to [sth], dedicate oneself to [sth] 

bluffer (v) - to bluff, bluster, surprise, astound, impress

lancer (v) - to throw, launch, start up