actionnisme

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POST-SCRIPTUM 146

HERMANN NITSCH
6. SINFONIE
TOCHNIT ALEPH TA 135

Parce que les éléments culturels, corporels, sexuels et socio-révolutionnaires véhiculés par l’actionnisme viennois dérangeaient, ce mouvement aura été dans un premier temps violemment critiqué, et condamné par la police. Arnulf Reiner, Günter Brus, Rudolf Schwarzkogler, Otto Muehl et Hermann NITSCH figurent parmi les principaux artisans de ce groupuscule déviant désormais historique, dont les travaux commencèrent par s’inspirer de l’Action Painting (Jackson Pollock, de Kooning, les anthropométries d’Yves Klien, mais aussi une performance de Georges Mathieu donnée en compagnie de Pierre Henry en 1959), avant d’être à l’origine d’un discours conceptuel centré sur les actions corporelles.

« Le véritable moyen d’expression artistique, c’est le corps. Il est œuvre d’art » dit donc en substance Hermann NITSCH, qui en explora les plus obscurs recoins dans son Théâtre des Mystères et des Orgies. Ceux qui ont à l’esprit, indélébiles forcément, ses tableaux en formes de croix (restes sanguinolents d’Aktionen dont des vidéos rendent compte), savent de quoi il retourne. Chez NITSCH, pour faire simple, une Aktion correspond à la création du monde : des animaux y sont sacrifiés et vidés de leur sang ; des spectateurs devenus acteurs sont crucifiés dans une cérémonie mystérieuse où les symboles religieux, conservés puis exposés après-coup comme des reliques, abondent.

Avec ces tableaux humains, NITSCH célèbre la vie et la nature. Et surtout, il œuvre à l’éveil du vital ; ambitionne l’œuvre d’art totale (référence à l’idée wagnerienne du Gesamstkunstwerk) ; et part en quête d’une mystique où les symboles s’entrechoquent en une véritable catharsis dionysiaque, avec Sade, Artaud et Bataille comme références / boussoles.

Par-delà l’aspect visuel de ces performances, la masse sonore extrêmement dense qui les accompagne en a influencé beaucoup, des débuts de la musique industrielle au minimalisme, sans oublier tous ceux qui se targuent d’évoluer dans les parages de ce que l’on nomme (plus ou moins à raison) drone. Des symphonies étrangement monotones, des pièces pour orgues ou harmonium, des enchevêtrements de cloches, des thèmes d’inspiration traditionnelle déstructurés : voici ce que, grosso modo, l’on connaît des pièces musicales de NITSCH (un gargantuesque coffret de 51 CD-R documentant une de ses performances datant d’août 1998 en offre un florilège).

La Sixième Symphonie, telle que jouée ici en octobre 1980 à Vienne, avec Frank Dolch à l’orgue, s’inscrit dans cette tradition de puissance et de sauvagerie, tout en complétant d’une répétition inédite à ce jour une double-cassette portant le même titre et originellement sortie à 200 exemplaires en 1988 par Freibord. Günter Brus en rédige les notes de pochette, plaçant fort justement Hermann NITSCH dans un sillage comptant notamment Beethoven, Bruckner et Mahler comme antécédents académiques, mais riche de l’héritage de Stockhausen, émancipé des compatriotes Webern et Schoenberg, et totalement ignorant des directions d’orchestre faussement éruptives à la Karajan. Des pistes auxquelles l’on ajoutera (comme faisant sens, une fois mélangées) : Phill Niblock, les gamelans balinais, les Pygmées Aka, Ligeti et The Marble Index de Nico.

( Nico par là :

http://merzbow-derek.tumblr.com/search/nico )

( Phill Niblock par ici :

http://merzbow-derek.tumblr.com/search/phill+niblock )

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Hermann Nitsch

Hermann Nitsch, né le 29 août 1938 à Vienne, est un artiste contemporain autrichien. Il est co-fondateur du mouvement Wiener Aktionismus et l'un des représentants les plus importants d'un courant qu'il continue à défendre aujourd'hui.


60. Painting Action // 60. Malaktion, 2011