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13 février 1979, mort de  Jean Renoir, réalisateur de cinéma, producteur, scénariste et acteur français. (° 15 septembre 1894).

«  S'il fallait ne conserver qu'un film, pour donner aux générations futures l'idée de ce qu'a été, au xxe siècle, l'art du cinématographe, je choisirais Le Petit Théâtre, parce que tout Renoir y est contenu, et que Renoir contient tout le cinéma. » Ce jugement d'Éric Rohmer est aujourd'hui partagé par une majorité de critiques et d'historiens à travers le monde. Pourtant, de son vivant, Jean Renoir fut l'un des cinéastes les plus controversés, objet de nombreux malentendus. Le plus ambitieux de ses films muets, Nana (1926), d'après le roman de Zola, connaît un important échec commercial. S'il s'épanouit avec le parlant et trouve le succès avec La Chienne (1931), il est vite étiqueté comme cinéaste « naturaliste », ce que confirme Toni (1934), échec commercial, tandis que La Grande Illusion (1937) et La Bête humaine (1938) marquent le sommet de sa popularité. Son film le plus personnel de cette époque, La Règle du jeu (1939), est, selon son expression, une énorme « claque ». Découverts à la Libération, les films américains des années 1940 déçoivent. Après son retour en France avec French Cancan (1954), la majorité de la critique, à l'exception de ses amis de la Nouvelle Vague, ne voit en lui qu'un homme du passé. Après Le Petit Théâtre de Jean Renoir (1969), il ne trouve plus de producteur en France, s'exile aux États-Unis où il écrit quatre romans. Il y mourra en 1979.

Second fils du peintre Pierre-Auguste Renoir, Jean Renoir est né à Paris, sur la butte Montmartre, le 15 septembre 1894. Son enfance se déroule dans l'entourage des peintres impressionnistes, à Paris ou aux Collettes, près de Cagnes. L'enfant côtoie les sensuels modèles de son père. C'est l'un d'eux, Gabrielle Renard, qui lui fait découvrir Guignol, les mélodrames et les contes d'Andersen. D'abord attiré par la carrière militaire et la cavalerie, gravement blessé en 1915, il finit la guerre dans l'aviation. En 1920, il épouse le dernier modèle de Pierre-Auguste Renoir, Catherine Hessling, passionnée comme lui de cinéma et qu'il fait tourner dans ses premiers films, d'abord financés par la vente des toiles héritées de son père.

De celui-ci, Jean a reçu une éducation fondée sur la liberté, l'ouverture d'esprit, le mépris de l'argent. Il lui doit aussi la « théorie du bouchon » : « Il faut se laisser aller dans la vie comme un bouchon dans le courant d'un ruisseau », expliquait Pierre-Auguste. Cette idée vaudra aux deux hommes une réputation de dilettantes, renforcée par la légende d'un Renoir improvisateur, ce que contredisent radicalement les rushes de Partie de campagne ou le scénario original de La Règle du jeu.

Dans la manière de filmer les paysages français et de capter la lumière changeante, La Fille de l'eau (1924) est un hommage aux impressionnistes. On y rencontre déjà un motif essentiel de l'imagination poétique du cinéaste, l'eau. L'eau, qui porte l'être humain de la naissance vers la mort, du bonheur au malheur, ou l'inverse. Elle est présente aussi bien dans Boudu sauvé des eaux (1932) que dans The River (Le Fleuve, 1950), en passant par Partie de campagne (1936), sans oublier l'eau stagnante ambivalente de Swamp Water (L'Étang tragique, 1941) ou l'orage fatal de The Southerner (L'Homme du Sud, 1945). Les flots de la mer de The Woman on the Beach (La Femme sur la plage, 1946) nourrissent le désir physique des personnages mais les rendent aussi prisonniers du passé.

Le premier succès public de Renoir est La Chienne, d'après Georges de La Fouchardière, une fable aux apparences naturalistes qui se déroule dans les rues de Montmartre dont tout le monde prévoyait l'échec en raison de sa noirceur. Le metteur en scène ira plus loin dans le réalisme avec Boudu sauvé des eaux, en filmant son héros, le clochard Boudu, mêlé aux passants des quais de la Seine. Mais ces deux films sont précédés d'un prologue théâtral, Guignol pour le premier, scène mythologique pour le second, qui introduisent la dimension de la « représentation », et soulignent les liens complexes qui existent entre le théâtre et la vie. Dans La Chienne, un petit-bourgeois, peintre, croit à l'amour idéal d'une prostituée cynique. Celle-ci ne pressent pas sa folie meurtrière, tandis que son souteneur qui croit tirer les ficelles finira sur l'échafaud. Dans Boudu, le libraire Lestingois croit pouvoir façonner la personnalité d'un clochard marginal en fonction des critères d'une culture humaniste qui lui sert aussi à séduire sa jeune bonne. Lorsqu'il adapte Madame Bovary (1933), Renoir utilise des acteurs venus du théâtre : son frère Pierre, Valentine Tessier… Pour lui, Emma est éternellement actrice, ce que soulignent les « cadres dans le cadre » de l'image, portes ou fenêtres, motifs formels constants de son œuvre. « Où s'arrête la vie ? Où commence le théâtre ? », demandera à nouveau Camilla dans Le Carrosse d'or (1952). En ce sens, tout film de Renoir est un « petit théâtre ». Mais c'est surtout à l'intérieur de chaque personnage que se joue la représentation, tout autant moteur de la vie que vecteur du tragique ou du grotesque.

Cette illusion est particulièrement perceptible dans la description des relations amoureuses, oscillant entre idéalisation et refus de la vérité du désir. Dans Toni, l'immigré italien et catholique, marqué par une culture patriarcale, se laisse ravir Josepha, qu'il voudrait vierge, tandis qu'Albert, intégré et cynique, se contente de voir en elle seulement un objet de plaisir et d'échange commercial. Nostalgie et tristesse baignent Partie de campagne, après un moment d'égarement sous l'effet des forces obscures de la nature, qui amènent la mère et sa fille Henriette à se laisser séduire par deux canotiers. Ces sentiments tiennent à cette répression du plaisir par une société petite-bourgeoise, dominée par les lois de la rentabilité, représentée par le quincaillier flanqué de son commis et futur gendre.

La représentation que chacun se donne de lui-même est liée à un autre « théâtre », celui de la société et de l'histoire. Dans un premier temps, la vision de Renoir se teinte d'anarchisme. Refusant une intégration sociale hypocrite, Boudu se laisse porter au fil de l'eau pour retrouver ses nippes et son état de clochard. Le héros de La Chienne, clochard à son tour, laisse volontairement condamner le souteneur innocent, du moins du meurtre dont il est accusé. Progressivement, sous l'influence de ses amis, dont son assistant, le futur réalisateur Jacques Becker, et frappé par l'émeute du 6 février 1934, Renoir devient un « compagnon de route » du Parti communiste. Il dirige le film de propagande collectif pour la campagne électorale du Front populaire, La vie est à nous (1936). De 1936 à 1938, il tient une rubrique très engagée dans Ce Soir, le quotidien de Louis Aragon. La Marseillaise (1937), fresque intimiste sur la Révolution française, est financée par une souscription lancée par la C.G.T. Renoir devient un cinéaste politique, tenté par le réalisme, voire le naturalisme, d'autant qu'il adapte Flaubert (Madame Bovary), Gorki (Les Bas-Fonds, 1936), Maupassant (Partie de campagne), et de nouveau Zola (La Bête humaine), 1938. Inspiré par un fait-divers, Toni marque le point extrême de ce qu'il qualifiera de « crise de réalisme aigu ». Tourné sur les lieux mêmes où vécurent les personnages, Toni inspirera le néo-réalisme italien, et Luchino Visconti figure parmi les assistants du cinéaste pour ce film. En 1935, Le Crime de M. Lange anticipe la sensibilité ouvriériste du Front populaire. Après la fuite du patron véreux, Paul Batala, des ouvriers fondent une coopérative afin de sauver leur entreprise. Un long panoramique dans la cour de l'immeuble où travaillent ouvriers, blanchisseuses et concierges accompagne le meurtre, par Lange, du crapuleux Batala revenu pour faire valoir ses droits. Comme le meurtre de l'usurier Kostilef par Pepel et les autres locataires du sordide dortoir des Bas-Fonds, l'élimination du mal représenté par le patron devient un acte collectif. Bien plus, le récit du geste de Lange se déroule devant une sorte de tribunal populaire improvisé dans un bistrot. Lange est autorisé, voire encouragé, à franchir la frontière pour fuir une justice de classe.

Dans La Grande Illusion, les mentalités des personnages importent plus que l'action apparente et spectaculaire. Le « réalisme intérieur » l'emporte sur le « réalisme extérieur ». Parmi ces prisonniers éloignés du combat, Renoir évoque, non sans nostalgie, à travers l'Allemand von Rauffenstein et le Français de Boïeldieu, l'héroïsme chevaleresque qui dominait l'esprit guerrier d'autrefois et qui est désormais révolu. Ce que confirmera, bien plus tard, Le Caporal épinglé (1962), réalisé à la lumière de la Seconde Guerre mondiale. La Grande Illusion n'oppose pas la solidarité de classe à la solidarité nationale, puisque l'aristocrate de Boïeldieu se sacrifie pour favoriser l'évasion du mécanicien Maréchal et du riche juif Rosenthal. Comme dans La Marseillaise, le film formule une aspiration à « la réunion des hommes » plus que l'idée d'un « peuple » seul porteur d'avenir.

C'est en plein cœur de cette période engagée, en 1936, que Renoir réalise Partie de campagne (monté en 1946), chef-d'œuvre de finesse sur la gravité des élans les plus légers et subtils du cœur. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, La Règle du jeu se présente comme un « drame gai » très librement inspiré de Marivaux et de Beaumarchais. Plutôt que de reprendre à son compte le schéma d'affrontement « classe contre classe » cher aux marxistes, Renoir, convaincu du caractère inéluctable de la guerre, montre comment ceux qui constituent l'élite de la nation – aristocrates, grands bourgeois, industriels ou héros nationaux – « dansent sur un volcan » (selon l'expression de Charles X). Le public refuse de reconnaître son propre aveuglement dans le miroir ainsi tendu. Il est encore plus dérouté par une écriture moderne qui mêle dans la même image plusieurs actions, en particulier les chassés-croisés entre maîtres et domestiques.

Aux États-Unis, Jean Renoir va apprendre, selon ses propres termes, à « simplifier ses moyens d'expression ». Ce sera l'enjeu des dernières années. Y a-t-il un « style Renoir » ? Dans les années 1930, profondeur de champ et plans-séquences réunissaient les êtres en donnant le sens de la simultanéité des actions. Le découpage imposé par le « style américain » amène Renoir à abandonner ces figures au profit d'une vision plus directe – mais pour certains plus impersonnelle. En apparence seulement : car le plan-séquence permet à l'acteur de donner sa pleine mesure. Dans Le Testament du docteur Cordelier (1959), Renoir ira jusqu'à filmer avec huit caméras pour maintenir la continuité de cet élan. Et l'on ne dira jamais assez sa passion pour les acteurs. Il y va, ici encore, du « petit théâtre », social comme mental : Michel Simon (On purge Bébé, 1931, La Chienne, Boudu…), Jean Gabin (Les Bas-Fonds, La Grande Illusion, La Bête humaine), à qui il donnera son dernier vrai grand rôle dans French Cancan, Anna Magnani (Le Carrosse d'or), Ingrid Bergman (Éléna et les hommes, 1956) poussent leur personnage à l'extrême. Renoir permet aussi à Louis Jouvet (Les Bas-Fonds) comme à Pierre Fresnay (La Grande Illusion), plus théâtraux, d'acquérir un jeu pleinement cinématographique. Après son retour en France, en passant par l'Italie (Le Carrosse d'or), Renoir, qui a également monté plusieurs pièces au théâtre, joue d'une mise en scène d'essence de plus en plus théâtrale, presque en à-plats, comme lors de la chanson qu'interprète Jeanne Moreau dans Le Petit Théâtre.
Dans le même temps, le propos de Renoir s'élargit à une vision cosmique qui est aussi sagesse universelle du plaisir. Le Fleuve, son premier film en couleurs, tourné en Inde d'après un roman de Rumer Godden, prend en compte le mouvement inéluctable de la nature et s'ouvre aux philosophies orientales. L'opposition entre l'ordre apollinien et le dionysiaque, inspirée aussi bien de la mythologie grecque que de Nietzsche, était déjà présente dans Boudu sauvé des eaux. Elle devient le moteur du Déjeuner sur l'herbe (1959), opposant la science rationnelle du biologiste qui veut imposer à l'Europe la fécondation artificielle au bouleversement des sens qui opérera sur lui grâce aux formes épanouies de Nénette (Catherine Rouvel). Les rapports du corps et de l'esprit, comme l'étouffement des principes vitaux par une morale puritaine sont de nouveau au cœur du Testament du docteur Cordelier, inspiré de l'opposition entre le docteur Jekyll et M. Hyde, imaginée par Robert Louis Stevenson. La « théorie du bouchon » se retrouve dans l'œuvre ultime de Renoir, éloge de la paresse et de la tolérance comme d'un progrès mis au service de la vie, et qui, bien loin d'impliquer une quelconque démission du politique devant la fatalité du destin, exprimerait seulement la volonté de « s'unir au mouvement du monde ».

Joël MAGNY

Le dandy du week end : Raphael Personnaz


Révélé au cinéma en 2010 dans le film de Bertrand Tavernier “La princesse de Montpensier”, dans le rôle du Duc d’Anjou, ces co-stars Grégoire le Prince-Ringuet et même Gaspard Ulliel étaient “petits” face à lui, casi-inconnu. 

Personnaz c’est un peu l’acteur français que l’on attendait. Nous en avons beaucoup de très bons, mais de grands malheureusement, ils nous ont presque tous quittés ou ne font que des films pas très glorieux (alimentaires).

Deux films sont sortis en 2011 où il était à l’affiche, “La chance de ma vie” pas très brillant comme film mais Personnaz s’en tire très bien et “forces spéciales”, un casting assez impressionnant qui donne d’ailleurs un bon film et très beau de surcroît. 

On l’attend, espérant qu’elle soit riche en films pour cet acteur au talent évident