acteur français

Lettre de Gérard Depardieu à sa mère
Ma Lilette, dans tes silences, ton abdication, tes cris, ton irritation, il y avait un amour fou.

Gérard Depardieu (né le 27 décembre 1948), monstre sacré du cinéma, a tourné environ 150 films avec les plus grands cinéastes français.
Avant de devenir une star mondialement connue, il connut une enfance misérable à Châteauroux avec ses frères et sœurs.
Dans cette lettre très émouvante qu’il adresse à sa mère, sa « Lilette », il lui témoigne son attachement indéfectible et se rappelle son enfance mouvementée, peuplée de turbulences et de cris.

Hé oui ! ma chère mère… Cela t’épate, ma Lilette. Je ne t’avais encore jamais appelé comme ça.
C’est peut-être pour cette raison que tu tenais tellement à m’envoyer à l’étude du soir. Pour qu’un jour, je t’envoie une lettre, une longue lettre commençant par :
« Ma chère mère… »
Maintenant, tu dois te demander ce qu’il m’arrive, qu’est-ce qui me prend de t’écrire ? Cela n’a jamais été le genre de la famille de passer aux aveux, de dire les choses tout simplement. Dans notre cabane à Châteauroux, notre grotte, c’était plutôt la loi du silence. Un silence bruyant ! Parce que ça gueulait tout le temps.
J’ai d’abord appris à crier avant de savoir parler. A tel point que lorsque je pense à vous, j’entends des cris. Des cris de toutes les couleurs. De joie, de colère, de souffrance aussi…
Mais d’abord, j’aimerais te faire une drôle de confidence : j’ai toujours trouvé que tu ressemblais à une vache. Oui, ma Lilette, tu ressembles à une vache. Te vexe pas, c’est très bien une vache. C’est le lait, la viande, le sang… Mais pour moi, surtout, c’est l’immobilité, une inertie chaude et rassurante, un certain fatalisme. Alors, évidemment, je songe à toi. A ta placidité, ta résignation.
Tout est allé beaucoup trop vite pour toi. Mariée au Dédé à 20 ans, les petiots sont sortis de ton ventre à une cadence industrielle, de vraies balles de ping-pong ! T’en es restée comme stupéfaite, pétrifiée… De ton temps, l’aiguille à tricoter ne remplaçait pas la pilule. Tiens ! Il m’arrive aujourd’hui de me réveiller en sursaut en me palpant le haut du crâne pour voir s’il ne me reste pas quelques cicatrices… Bon, tu dois encore te dire que je dérape…
En tout cas, je t’ai toujours connu avec le ventre plein, ce gros ventre qui prenait toute la place dans cet appartement aux pièces trop étroites. Il était là tout le temps, ton ventre, obsédant, j’avais vraiment l’impression qu’il me narguait.
J’en ai donné des coups de poing dedans ! J’avais envie de crier :
« De l’air ! J’étouffe ! … »
Non, décidément, tu as toujours été enceinte. Tu prenais à peine le temps d’accoucher !
Tes accouchements, c’était la fête. Une fête et une communion familiale, une cérémonie occulte. Ce sang que tu perdais, c’était celui d’un amour que tu ne pouvais pas exprimer. C’était un beau sang sans douleur. T’en fais pas qu’il le savait bien le Dédé. Trop même. Fallait le voir détaler au bistrot du coin dès les premières contractions, filer noyer sa grande frousse, sa grande pudeur dans l’alcool.
Vous avez fait six enfants ensemble parce que vous étiez incapables de vous dire : « Je t’aime » autrement. Vous étiez deux paumés en train de saigner l’un à côté de l’autre, sans cesse en train de se jeter des cris et des insultes à la figure, attachés viscéralement par une haine animale, car votre amour était une grande force qui allait… comment dire… qui allait toujours contre. C’est bien cela, vous alliez passionnément l’un contre l’autre. […]
Mais toi et le Dédé, vous auriez été capables de vous laisser mourir de faim plutôt que de déranger le monde. Ça vous aurait plu de passer inaperçus, d’être invisibles. On était une espèce de tribu, une race d’Indiens en voie de disparition, tapie dans sa grotte. Vous ne vouliez surtout pas avoir de problèmes avec les autres. Vous ne vous affichiez pas comme ces blaireaux triomphants, au milieu de leur frigidaire et de leur marmaille. Quand les allocations familiales oubliaient de tomber en fin de mois, vous n’osiez même pas aller les réclamer.
Quelquefois aussi, tu en avais marre de cette vie-là, ma Lilette, marre des cris, du Dédé, de cette histoire d’amour sourde et muette. Assez de perdre ton sang et ta jeunesse. Assez de m’avoir tout le temps dans les pattes. Tu m’expliquais que si tu n’avais pas eu un troisième enfant, il y a longtemps que tu serais partie, très loin, en voyage, en voyage pour toujours. Le troisième enfant, c’était moi. Quand je me suis sauvé de la maison, c’étaient bien tes fugues avortées que j’avais dans les jambes, le cœur. Je suis parti à ta place, pour toi…
Lors de ton dernier accouchement, le sixième, la fête a bien failli tourner au drame. Tu as été prise d’une hémorragie interminable, un torrent, une bourrasque. Ton lit était rouge de ton sang. Tu te noyais littéralement. Tu avais un regard de haine, de peur, de mort. Tu étais épuisée, à bout de mise au monde. Cela ressemblait à un massacre. J’ai revu en un éclair l’expression de ces chevaux que l’on conduit à l’abattoir. Enfant, j’allais très souvent traîner aux abattoirs. Pendu au plafond à un crochet, le cheval devine que la mort est là. Il a un ultime galop dans l’espace, une valse funèbre. Je pensais à tout cela en te regardant, impuissant, souffrir le martyre. On a appelé le médecin. On a prévenu mon père qu’il se passait quelque chose de grave chez lui. Il a cru qu’il y avait un incendie. Il est arrivé avec une voiture de pompiers, il est monté avec la grande échelle jusqu’à la fenêtre de la chambre à coucher. Ensuite, tout se perd dans mon esprit. La frayeur immense du Dédé, ton visage quasi mortuaire après que tout fut fini, que le médecin nous ait rassurés.
Ma Lilette, dans tes silences, ton abdication, tes cris, ton irritation, il y avait un amour fou. S’il pouvait être dit, cela serait un amour de poète. Tu ne m’as pas envoyé en pleine tronche toute ton affection comme une mère du Sud possessive : « Je te donne tout mon fils ! Prends, prends, c’est pour toi, pour mon fils ! » Non, il y avait toujours une distance, une dignité.
Tu t’es sacrifiée pour nous, tout de suite, à vingt berges. Tu étais une femme de charme, comme Catherine Deneuve, tu t’es transformée sans comprendre, sans réaliser, en pondeuse. Tu m’as tout donné discrètement. Mais jusqu’à l’épuisement, presque jusqu’à la mort.
Alors, à présent, tu ne pourras pas m’empêcher de te dire ce que tous vos bruits et vos hurlements ont vainement tenté d’étouffer. Cette phrase tabou, cette phrase minuscule que les cris ont si longtemps contenue, cette phrase dont nous avions tous peur, je te l’écris, ma Lilette, simplement : « Je t’aime… »

( Gérard Depardieu, Lettres volées, Éditions Lattès, Paris, 1988 ) - (Source image : Europe 1)

[RIP] Jean Raoul Robert Rochefort va nous attendre au paradis à l’âge de 87 ans, puisqu’on ira tous. Acteur français né à Paris, Jean fait le conservatoire où il rencontre les Marielle, Belmondo, Cremer, Girardot, Noiret, Rich et tant d’autres. Grand second rôle des années 60, il suit les tribulations de Belmondo en Chine ou ailleurs, avant que la fête ne commence vraiment dans les années 70. C’est à cette période qu’il trouve le haut de l’affiche avec des grands blonds,  un crabe tambour, des éléphants qui trompent et d’autres énormes succès mais aussi quelques flops comme cette histoire de WC fermés de l’intérieur qui deviendront malgré tout culte alors Calmos. Acteur flegmatique par excellence, feignant mais pas fainéant avec ces près de 150 films, téléfilms et pièces de théâtre, jamais ridicule même en mari d'une coiffeuse, il peut aussi bien provoquer l’hilarité ou nous émouvoir que ce moustachu soit en solo ou en tandem. Grand amateur d’équitation ayant découvert le cheval à la trentaine sur le tournage de Cartouche, il se blesse gravement en voulant tuer Don Quichotte avec Terry Gilliam ce qui ne serait pas arrivé si il était resté tranquillou au fond de son fauteuil avec Winnie l’Ourson mais bon, ça ne l’empêchera pas de commenter la discipline au J.O.  
Adieu Jean, bolosse des belles lettres.

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PORTRAIT - FRANCIS HUSTER : L’EXALTÉ PERPÉTUEL

Rencontre lyrique avec l’acteur qui vit pour s’enflammer sur scène à jamais et qui souhaite à chacun l’exultation la plus grandiose.

Il tutoie d’emblée et on ne tarde pas à en faire autant. Cela devait se pratiquer ainsi sur les scènes fraternelles des théâtres avant qu’on ne voie le vide à travers les planches. On se croirait revenu à Libé au temps ancien de la camaraderie égalitaire et de ses signes ostentatoires.

Pendant l’entretien, Francis Huster se dresse souvent, silhouette tout de noir vêtue avec juste un crocodile égaré sur le paletot et des croquenots très chaussures de chantier, non-élégance vague de qui a autre chose à penser qu’à se cravater en dandy. Et puis il tend le bras et commence à déclamer les tirades de ses propos qui, au début, font dresser un sourcil perplexe mais qu’on découvre plus complexes et plus sombres qu’imaginé. Il publie ces temps-ci une adresse à la France saisie par le rance, qui s’intitule N’abandonnez jamais. Ne renoncez à rien. Ça sonne comme un manifeste vitaliste doublé d’un précis de développement personnel. Il fait l’éloge de l’excès, de l’échec, de l’intensité, du rire, de la désobéissance. Mais c’est aussi une méditation sur la schizophrénie du comédien, pathologie qu’il connaît bien. Et c’est enfin une ode à Molière, homme commun sauvé par son art, bouffon tragique disant son fait au roi des rois, moqueur moderne des travers éternels de ses contemporains.

Molière est mort en scène, et Huster fera de même. C’est écrit, c’est certain. Il déploie son agenda et montre les semaines colorées au Stabilo. Aucun blanc, nul repos. Il joue chaque soir comme s’il s’était engagé dans une tournée qui ne finirait jamais. Actuellement, il alterne évocations de Camus, Musset, Horowitz, monologue personnel et duo écrit par Laurent Ruquier où il incarne un bourgeois de gauche face à un ouvrier de droite. Chez Huster, le citoyen vote évidemment comme le comédien. Il dit : «On ne peut pas être un artiste sans être de gauche.»Ensuite, ça se complique un peu : «La droite va vers l’élévation quand la gauche plonge dans le puits pour en sortir la vérité, après avoir cherché dans le mal, dans la merde.» Et il insiste, faisant ronfler un vocabulaire qui mêle grands sentiments et canailleries, termes académiques et grivoiseries. On s’y perd un peu avant d’entrevoir ce qu’il veut dire, sans en être tout à fait certain : «Mon ventre est de droite. Mon dos est de gauche. Il faut avoir du respect pour les deux côtés.» Il ne déteste pas la compagnie des puissants avec lesquels il sait être à tu et à toi. Avec Mitterrand, ils parlaient de Louis Jouvet et des fesses de Bardot. De Chirac, il aimait la «droiture d’homme». L’un et l’autre ont remis la Légion d’honneur à ce trusteur de reconnaissances. Pour parler du petit dernier, il envoie un mail tardif : «Macron avait le profil idéal du président. Il est de face maintenant. Nous le regardions. C’est lui maintenant qui nous regarde. Que voit-il ? […]. Macron voit une France qui refuse de sortir de son coma. Qui voudrait que tout redevienne comme avant. Comme si elle avait fait un mauvais rêve, un cauchemar de dix ans. La France doit oser enfin […]. Je lui souhaite de réussir comme Kennedy. Seul contre tous et seul pour tous.» Faudra juste que Macron évite de se promener en décapotable à Dallas.

Francis Huster se laisse difficilement interrompre, et cela n’a rien de désobligeant. Qui donc peut envisager de couper la parole à l’acteur à la puissance mille ? Chez lui, il n’y a jamais de baisser de rideau. C’est ainsi, et il faut le tirer fortement par la manche pour le faire redescendre. Sa sœur Muriel n’a pas tort de le décrire «bavard et passionné».

Il a les index tordus par l’arthrose, et c’est à se fourrer le doigt dans l’œil devant ce temps qui passe et qu’on n’a pas vu venir tant Francis Huster, 69 ans, garde dans l’imaginaire français l’aura du jeune homme vibrant et fougueux, courageux et idéaliste, romantique et romanesque. Il est Lorenzaccio allié à Fanfan la Tulipe, Rodrigue plus encore que Roméo. Et il est évidemment ce petit frère de Gérard Philipe qui ne s’est pas rendu compte que Jean Vilar et le PC sont morts depuis longtemps, ni que le Festival d’Avignon préfère désormais les cris du corps aux textes du répertoire.

Francis Huster fut un sex-symbol un peu particulier. Il avait le talent classique d’un Pierre Niney, l’envergure physique en plus. Fils d’un directeur commercial chez Lancia et d’une couturière d’origine juive polonaise, il était tête de classe, prix du Conservatoire et sociétaire du Français. Il embarquait ses admiratrices dans un imaginaire princier et charmant où la crapulerie prosaïque n’avait pas cours. Comme les hommes sont souvent assez ignares en esthétique masculine comparée, passons sur la rive féminine. Critique suisse, Nathalie Monam détaille bien cet engouement (cul)culturel très genré : «Cela date des Dames de la côte, une saga télé du début des années 80. J’avais 15 ans et je voyais en l’acteur l’homme idéal. Il était théâtral et attirant dans la diction, avec cette bouche à croquer, étonnante, le charnu placé de part et d’autre, loin de l’effondrement médian. Et puis il y avait cet équilibre du rose des lèvres, du gris bleu des yeux (a-t-il réellement la prunelle schiste ?) et de l’ondulé brun des cheveux. Sans oublier le léger angle du regard, ce biais déclencheur de désir de protection. Bref, ses traits s’ajoutaient au scénario historico-féministe de la série pour séduire à peu près toutes les téléspectatrices.»

Si la frange a dégagé du front, le cheveu a blanchi modérément, et la santé est bonne. Francis Huster est resté cet avant-centre qui mettait des buts comme on tatane. Au tennis, évidemment, il était McEnroe, montait au filet et se faisait passer. Il a cessé de se dépenser à tous les vents. Au miroir, quand il se regarde, il se console plus qu’il ne se désole. Il dit : «C’est comme dans le Portrait de Dorian Gray. Mais je ne sais pas ce que j’ai laissé en gage.» Il détaille : «Je ne bois pas, je ne bouffe pas, je ne prends aucune pilule.» On ajoutera qu’il dort très peu.

Longtemps, il a joué au fantôme de l’opéra. Il se laissait enfermer et squattait les loges, s’enroulant dans des couvertures de hasard. On ne jurerait pas qu’il ait cessé. Il est incapable de partager un lit au long cours et de border au carré un quotidien classique. Avec ses amantes, il confond souvent fiction et réalité. Il a rompu avec Adjani car il lui reprochait de quitter la Comédie-Française. Il admet : «Il est impossible de vivre avec moi.» Et il se rengorgerait presque de ressembler à Sacha Guitry dont Arletty disait l’incapacité à déserter le théâtre : «Tu lui parles. Il ne t’écoute pas. Il n’est pas là.» Sur la couverture de son agenda, il a collé les photos des enfants qu’il a eues avec l’actrice brésilienne Cristiana Reali. Aux poignets, il porte deux montres. Assez tape-à-l’œil, la première donne l’heure. Banale et hors d’usage, la seconde arbore deux cœurs griffonnés au feutre rouge pour ses filles adolescentes.

8 décembre1947 Naissance. 1971-1981 Membre de la Comédie-Française. 
1998 Naissance d’Elisa. 
2003 Naissance de Toscane. 

14 septembre 2017 N’abandonnez jamais. Ne renoncez à rien (Cherche Midi).

 http://next.liberation.fr/theatre/2017/09/04/francis-huster-l-exalte-perpetuel_1594114

Le dandy du week end : Raphael Personnaz


Révélé au cinéma en 2010 dans le film de Bertrand Tavernier “La princesse de Montpensier”, dans le rôle du Duc d’Anjou, ces co-stars Grégoire le Prince-Ringuet et même Gaspard Ulliel étaient “petits” face à lui, casi-inconnu. 

Personnaz c’est un peu l’acteur français que l’on attendait. Nous en avons beaucoup de très bons, mais de grands malheureusement, ils nous ont presque tous quittés ou ne font que des films pas très glorieux (alimentaires).

Deux films sont sortis en 2011 où il était à l’affiche, “La chance de ma vie” pas très brillant comme film mais Personnaz s’en tire très bien et “forces spéciales”, un casting assez impressionnant qui donne d’ailleurs un bon film et très beau de surcroît. 

On l’attend, espérant qu’elle soit riche en films pour cet acteur au talent évident