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PET VOCABULARY in French

General vocab:

faire ses besoins - to do your business 

caresser - to pat

l’animalerie - the pet shop

un animal de compagnie - a pet

un animal domestique - a pet

la garde d’animaux - pet sitting

la nourriture pour animaux - pet/animal food

accepter les animaux/qui accueille les animaux de compagnie - pet friendly (e.g. house/motel/café)


CATS

un chat - cat

un chaton - kitten

un minou - kitty

un minet - kitty

une minette - kitty

miaou - meow

un miaulement - a meow

miauler - to meow

la litière pour chats - kitty litter

la nourriture pour chat - cat food


DOGS

un chien - dog

un chiot - puppy

un toutou - doggy

ouaf ouaf - ruff ruff 

un aboyement - a bark

aboyer - to bark

la nourriture/la bouffe/les aliments pour chien

promener son chien - to walk the dog

sortir le chien - to walk the dog

Au XIXe siècle, un monde nouveau envahit le champ littéraire, certains motifs se hissant pour la première fois au rang de sujets dignes d’intérêt. La ville, la province, le peuple ne sont plus cantonnés au registre comique, les progrès de la Science aux manuels et aux essais des savants. L’individu s’affirme, en réaction à une évolution économique et sociale qui le dépasse ou l’écrase. « Le culte du moi » est de tous les genres littéraires. Le pessimisme se lit dans les œuvres des écrivains qui refusent de se conformer à l’ordre établi. Ils ont le sentiment d'être incompris et se sentent coupés du monde, malgré l’espoir suscité par les progrès collectifs. Ce mal de vivre ou « mal du siècle », chanté par Chateaubriand et les Romantiques comme Musset et Nerval, se prolonge avec le spleen de Baudelaire et, à la fin du siècle, chez les décadents et les symbolistes. Les romans réalistes n’y échappent pas non plus. Ainsi les courants littéraires s’entremêlent-ils plus qu’ils ne se succèdent, donnant lieu à des échanges féconds entre les écrivains. À ce titre, Baudelaire peut être considéré comme le poète capital, à la charnière du siècle comme des mouvements, romantique, réaliste, parnassien, décadent et symboliste.

Le 4 février 1857, Baudelaire remet son manuscrit à l’éditeur Auguste Poulet-Malassis associé à son beau-frère Eugène De Broise. Il y a là cent poèmes, le concentré de l’expérience poétique accumulée par l’auteur sur quinze années. La première publication, le sonnet À une dame créole, date de 1845 dans la revue L'Artiste. En octobre de la même année, le livre a été annoncé sous le titre Les Lesbiennes. Puis en novembre 1848, sous le titre Les Limbes. C'est finalement sous le titre des Fleurs du mal que paraissent en 1855, dans La Revue des Deux Mondes, dix-huit poèmes. De même que neuf autres poèmes, seront publiés en avril 1957 dans la Revue française. Le recueil définitif paraîtra le 23 juin 1857, après trois longs mois que Baudelaire consacre aux révisions sur épreuves. Le premier tirage (quelque 1000 exemplaires imprimés à Alençon) est mis en vente au prix de trois francs.

Les Fleurs du mal, connaissent un accueil mitigé, quand la presse ne se déchaîne pas pour en dénoncer l’immoralité. Le Figaro, en pointant du doigt les pièces les plus condamnables de l’ouvrage, parle de « monstruosités », si bien que le Parquet ordonne la saisie des exemplaires. Baudelaire et ses éditeurs sont poursuivis.

L’homme qui se présente le 20 août 1857, à l'audience de la 6e Chambre criminelle du tribunal correctionnel de Paris – celle des escrocs, des souteneurs et des prostituées – est un poète de trente-six ans, apprécié et reconnu de ses pairs, qui traine une réputation quelque peu sulfureuse. Déjà, en 1852, un journaliste du Journal pour rire avait cerné le personnage : « Charles Baudelaire, jeune poète nerveux, bilieux, irritable et irritant, et souvent complètement désagréable dans sa vie privée. Très réaliste sous des allures paradoxales, il a dans sa forme tout le style et la sévérité antiques, et des quelques rares esprits qui marchent par ces temps dans la solitude du moi, il est, je pense, le meilleur et le plus sûr de sa route. Très difficile à éditer d’ailleurs, parce qu’il appelle dans ses vers le bon Dieu imbécile, Baudelaire a publié sur le Salon de 1846 un livre aussi remarquable que les articles les mieux réussis de Diderot. »

D’une naïve bonne foi, Baudelaire s’imagine s’en sortir d’un non-lieu. Ses amis et connaissances, et pas des moindres, se sont mobilisé : certains publiant des articles élogieux, d’autres faisant jouer leurs relations. Mais c’était sans compter avec le rigorisme du Second Empire, porté par son moralisme intransigeant et son goût douteux pour l’art pompier et la littérature édifiante, ainsi qu’une censure omniprésente qui ne dit pas son nom. Le soir même, à l’issue du procès, qui n’a duré que quelques heures Baudelaire et ses éditeurs sont condamnés pour « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs ». Baudelaire doit s’acquitter d’une amende tandis que six poèmes sont retirés du recueil. Pour comble, le poète, qui s’attendait à une « réparation d’honneur », est privé de ses droits civiques.

Baudelaire sort brisé par le verdict, qui redouble la condamnation familiale. Le sentiment d’injustice qu’il éprouve ne le quittera plus. Comment peut-il en être autrement ? Dans ce siècle où priment les valeurs bourgeoises, l’exercice de la poésie est considéré comme un violon d’Ingres. François Malherbe, pour qui « le poète n’est pas plus utile à l’État qu’un bon joueur de quilles », le déplorait déjà, trois siècles auparavant. Tout au plus taquine-t-on la muse, « à ses heures perdues », selon l’expression consacrée par Léon Bloy. Mais quand sonne l’heure des affaires, toutes ces « couillonnades », telles que les nomme par dérision le pamphlétaire, doivent être mises au rencard, sous peine pour le récalcitrant de passer pour un tire-au-flanc.

En 1857, au moment du procès, et donc de la parution des Fleurs du mal, Charles Baudelaire n’est pas le poète maudit que l’on présente à tort. Certes, il mène une vie de bohème, parfois excentrique, est en rupture avec sa famille bourgeoise, a dilapidé une bonne partie de son héritage, une fortune, au point d’être sous tutelle, alternant luxe puis pauvreté, il est couvert de dettes, a le goût des prostituées qui pour certaines deviennent ses compagnes… Mais il est critique d’art, domaine dans lequel il s’est imposé comme un des maîtres du genre. Il est aussi le traducteur de l’œuvre d’Edgar Allan Poe, qu’il salue comme un esprit frère du sien. Il est enfin très entouré, apprécié de ses amis écrivains, protégé même. Parallèlement, il a publié dans différents journaux plusieurs des poèmes qui figurent dans le recueil coupable.

La censure oblige donc Baudelaire à réaménager son œuvre. Ainsi, en 1861, la structure du recueil sera-t-elle remaniée et enrichie d’une trentaine de poèmes. Composé de six parties, il est traversé par les thèmes principaux qui laissent deviner les espérances déçues et les défaillances morbides du poète (« Spleen et Idéal » ; « Tableaux Parisiens » ; « Le vin » ; « Les Fleurs du mal » ; « Révolte » et « La mort »). Ces textes, largement autobiographique, Baudelaire les a vécu dans sa chair, au plus profond de son être. Son lyrisme cherche sans cesse à se démarquer du Romantisme qui a bercé sa jeunesse. Avant tout, il s’agit pour lui « d’extraire la beauté du Mal » des « provinces les plus fleuries de l’art poétique » foulées par ses prédécesseurs. À l’instar de Théophile Gautier, le « poète impeccable »  à qui sont dédicacées Les Fleurs du mal, l’art n’a d’autre téléologie que lui-même, le beau et l’utile ne font pas bon ménage : « La poésie ne peut pas, sous peine de mort ou de déchéance, s'assimiler à la science ou à la morale ; elle n'a pas la vérité pour objet, elle n'a qu'Elle-même. » Ainsi, des thèmes modernes sont sertis dans des formes anciennes comme le sonnet, selon l’idée que « l’irrégularité, c’est-à-dire l’inattendu, la surprise, l’étonnement sont une partie essentielle et la caractéristique du Beau ». Hanté par l’Idéal, symbolisé par l’ailleurs, le poète n’échappe pourtant pas à l’ennui. Le spleen envahit tout son être et le plonge dans une mélancolie saturée d’images mortifères. L’amour, clé de voûte du recueil, obéit aux mêmes postulations contradictoires. La passion sensuelle, incarnée par la ténébreuse Jeanne Duval se dispute l’amour spiritualisé, en la personne de Madame Sabatier, sans que jamais le poète n’atteigne la félicité. La mort devient alors la dernière espérance du spleenétique qui ne s’accommode pas de la médiocrité d’ici-bas, où les poètes sont traités comme des malfrats.

Baudelaire, né trop jeune dans un siècle trop vieux, a mené une vie à contre-courant des valeurs en cours. Il incarne à tout jamais le poète écorché vif, voué aux gémonies par ses contemporains, acclamé par ses successeurs : « Le vrai Dieu » selon Rimbaud, « le premier surréaliste » pour Breton ou encore « le plus important des poètes » aux yeux de Valéry. Janus de la poésie du XIXe siècle, dernier classique et premier moderne, il inaugure une nouvelle ère poétique, auquel ce procès, loin de le détruire, prend valeur de sacre. Et finalement, Les Fleurs du mal sont devenues un des plus grands classiques de la littérature.

Baudelaire n’a été « réhabilité » qu’en… 1949. Il faudra en effet cent ans pour que l’institution judiciaire mesure l’étendue du génie de Baudelaire, et qu’une loi du 25 septembre 1946 institue un nouveau cas de pourvoi en révision sur ordre du garde des Sceaux et ouvert à la seule Société des gens de lettres. Elle offre la possibilité de réviser les jugements ayant condamné un écrivain pour outrage aux bonnes mœurs commis par la voie du livre, partant de l’idée que l'appréhension par le public des écrivains évolue au gré du temps, et qu’il convient alors d’adapter le judiciaire au littéraire. C’est ainsi que le 31 mai 1949 la chambre criminelle de la cour de Cassation rendit un arrêt d’annulation du jugement de 1857, considérant que les poèmes « ne renferment aucun terme obscène ou même grossier ». Depuis, les six poèmes censurés peuvent être légalement publiés.

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10

Moni, belle aux lacs dormants

Angi nous accueille, au milieu des rizières de ses voisins. La vue est belle au petit matin. 4h30, nuit noire. Deux ojek nous font grimper le mont Kelimutu, l'un deux s'appelle Bernard. Il enseigne la religion aux enfants de Moni. On finit à pied le chemin jusqu'au sommet, juste à temps. Le voilà qui s'éveille. Il s'étire en bon empereur, se cache un peu, se découvre. Il tire en s'élevant le manteau gris de la nuit. Les voici : le vert des montagnes, le bleu du lac, le brun de la terre, et l'ocre de la pierre. L'aurore a mille couleurs.

Lorsque le jour illumine enfin les lacs, nous repartons vers Moni.

Nous traversons des cultures, croisons des hommes et des femmes les bras chargés d'eau et de nourriture. Le plus jeune a 4 ans, la plus veille 84. Les dents brunies par le gingembre rouge, la nuque cassée en deux.

“Mister Mister ! Coffee ?” Alfelinus nous invite. Nous présente sa fille, Erylin. Nous sert de son café local, artisanal. Celui qu'il a récolté aux champs, séché, moulu. Il nous habille d'ikat, de sarong. Rigole en nous déguisant. Ses mains tremblent, il a 50 ans, et son corps est épuisé par sa vie de paysan. Des touristes, il en croise de temps en temps. Il leur demande d'écrire quelques mots sur un bout de papier, d'envoyer les photos. Pour remplir sa boîte à trésors. 2014, 2010, 2008. On remonte avec lui le temps, on revit ses rencontres. On lui demande son adresse, et à notre tour, on lui fait des promesses.

“Mister Mister ! Visit the school !” Le professeur nous ouvre les portes de son école. Une vingtaine d'enfants, entre 7 et 10 ans, chemise blanche, bermuda et jupe jaune. 20 sourires timides. Ils entament une chanson, on danse ensemble au rythme des battements de leur pieds. Et c'est mon coeur qui bat avec celui de l'humanité. On prend des claques aujourd'hui. On voit l'effort, la pauvreté, la beauté, la bonté, la générosité, la curiosité. On partage, des regards, des sourires, des pensées. Le temps s'arrête, parmi ces gens qui n'ont rien et qui donnent tout.

“Accueillir simplement l'humeur du moment présent, comme on accueille le beau temps ou la pluie, sans rien en conclure sur soi,
est le premier pas vers la quiétude…”

[ Isabelle Padovani  ]

Je dis vague, il dit viens. Il est comme l'océan. Profond et libre. Puissant et vaste. Inconnu et familier. Doux et animal.
Partout à la fois, il m'entoure, me cerne, s'infiltre, m'occupe le corps et l'esprit. Il est là où je ne l'attends pas. Il me surprend et me porte. Caressant et sauvage. Apaisant et tourbillonnant. Indomptable et accueillant.
Il m'appelle et je l'entends. Assise sur la plage, je sais que je vais plonger. Fusionner.
Il épousera chaque courbe, tentera chacun de mes sens, et derrière mes paupières closes m'invitera à danser en épousant son va et vient.
Je ferai un chant de son vague à lame, mon ventre ouvert sous ses baisers salés.
Ondulante et chevauchante, sans rien maîtriser, je l'écouterai rugir et gémir.
En apnée, au bord de lui, tendue à le toucher, je le laisserai m'aprivoiser. La morsure est douce pour qui sait nager.
Je suis sirène, il est mon élément, il lit en moi ce que je ne dis pas. Mes yeux ont la couleur de ce que je cueille sur sa bouche.
Chaque immersion est un voyage dont je reviens ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. Il est cette immensité que je veux accrocher à mes pas.
Nue et à nu, devant l'océan on ne triche pas. Il vous prend corps et âme…Et le coeur aussi.

Me soutiendras-tu dans mes peines, mes peurs, ma vulnérabilité, mes distorsions et ma colère?

Me soutiendras-tu, sans vouloir me réparer, ni me juger, sans chercher à améliorer les choses ou à les rendre plus faciles.

Accueille moi, en laissant de côté ton ego et tous tes soucis de n’être pas assez bien, de ne pas faire assez bien, de ne pas aimer suffisamment.

Me protégeras-tu de moi-même… de mon désir de réclusion, ce voile que j’utilise pour que tu m’aimes dans la perfection que je pense que tu recherches?

Me regarderas-tu dans les yeux, si profondément, si ouvertement, que tu sentiras les tremblements de mes blessures au fur à mesure que je les révèle, exposant ainsi ma part d’ombre la plus profonde à la lumière?

Viendras-tu à ma rencontre…

Embrasseras-tu mes lèvres avec une une pureté brute, sans peur, sans répulsion, sans te changer en aucune façon pour être l’homme dont tu crois que j’ai besoin?

Et resteras-tu…

Te feras-tu confiance pour reconnaître l’immensité et la profondeur de ta belle âme, touché par l’amour inflexible et la gratitude que je ressens envers toi dans ce merveilleux moment sacré?

—  Janine marie
Rouky et des satanées broutilles

Perché sur le talus, ses petites oreilles baissées, à l’affût, il me regarde passer, relève le museau pour humer l’air, puis traverse sur le passage piéton comme s’il en était un ordinaire.

Des mois qu’il est là, fidèle au poste, chaque fois que je sors du hameau. Le jour, aucune trace de ses moustaches. Dès la tombée de la nuit, il attend sur le talus. Pour quelle mystérieuse raison il croit bon de traverser sur le passage piéton ; pourquoi toujours après la voiture, il pourrait s’y risquer avant ; pourquoi dans ce sens et pas dans l’autre, autant de questions qui m’occupent et dont je n’aurai jamais les réponses puisque malgré mes tentatives d’entamer le dialogue avec lui, sa plus notable réaction fut de me fixer intensément, d’uriner sur un pissenlit et de repartir la tête dressée, plus fier que jamais.

Ce renard s’appelle Rouky.

La première fois que j’ai vu Rouky, je téléphonais au volant, faute grave s’il en est, et j’ai failli l’écraser. C’était en septembre 2016, j’ai écrabouillé mes freins et laissé une longue trace noire sur le bitume tout en balançant le portable aléatoirement sur les sièges arrière et une bordée d’injures adressées à l’animal et au Dieu auquel je ne crois pas. Le frisson qui me parcourait l’échine, l’adrénaline qui me traversait les veines, la frayeur qui m’avait secouée : j’étais une pitoyable loque accrochée fermement à son volant au cas où la voiture déciderait de reprendre la route toute seule. Devant moi, Rouky le renard, plissant les yeux dans l’aveuglement des phares, m’avait regardée longuement, puis il s’était assis sur la route lentement, paisiblement, un Dalaï Lama des forêts, imperturbable de zénitude, ce salaud, alors que j’essuyais mes dix litres de sueur et que je vérifiais si, dans la panique, je n’avais pas déféqué sur mon siège.

Un long échange de regards, je descendis ma vitre : « Tu comptes rester là longtemps ? » lui avais-je demandé – aucune réponse hormis un sautillement de l’oreille gauche. « Je peux t’appeler Rouky ? » ; pas plus de répartie. J’avais allumé une cigarette, il avait humé l’air, décrété qu’il m’avait suffisamment fait attendre et avait daigné bouger son séant jusqu’au bord de la route.

Depuis cette première rencontre, je savais désormais qu’il était là – et je pensais d’ailleurs, sans le confier à personne, de crainte d’être moquée, que tel avait été son but premier : me faire savoir qu’il était là

Là, c’est la route du CAO (Centre d’Accueil et d’Orientation) qui, comme son nom l’indique et ne l’indique pas, accueille mais n’oriente pas du tout les migrant.e.s en provenance de Calais et plus récemment de Grande-Synthe. 

Quand je descends de ma voiture, le petit J. est déjà posté devant moi, les deux poings sur les hanches, le regard sévère : « Il est où, mon bisou ?! » me demande-t-il en tentant de reproduire les sourcils froncés que je lui adresse généralement avec cette même phrase ; ses deux millimètres de sourcils produisent un microscopique V devant lequel je tente de prétendre être terrifiée, avant de lui donner bien vite ledit bisou pour éviter toutes représailles de type attaque de câlins.

Deux heures plus tard, je monte au volant du bus pour conduire des réfugiés voir un match de handball. Le rituel du départ est toujours le même, il y a une liste de prénoms inscrit sur la feuille, il en manque trois, je klaxonne, il y en a cinq en trop, je recompte, il en manque deux, on recompte, plus personne ne comprend rien, on raye des prénoms, on en rajoute d’autres, un enfant est monté derrière le volant, je le fais descendre, il remonte pendant qu’on recompte, il klaxonne, il y a trois personnes qui viennent en plus, je déchire la feuille, on abandonne l’idée de compter et on part avec une demi-heure de retard.

Quelques mètres seulement et ils entament une conversation animée ponctuée de rires, ils se racontent des blagues, ils rient, ils rient, ils rient – je ralentis en passant devant le repère de Rouky, que j'aperçois, perché sur son talus, nous échangeons un regard complice – tout le trajet se fait avec leurs rires, Ja. est à deux doigts de s’étouffer tant il pleure de rire, je ne comprends qu’une phrase sur cent mais je suis heureuse de les voir, pour une fois, autant s’amuser.

Devant le palais des sports, je gare le bus, ils descendent et foncent vers l’entrée. Je croise un journaliste qui m’arrête et me pose des questions sur la manifestation à venir, je ne reste que cinq minutes mais lorsque je tourne la tête, il n’y a plus personne, ils sont déjà tous à l’intérieur. 

Je monte dans les gradins et cherche les réfugiés du regard. Sans les trouver. Après un bon moment, j’aperçois une main qui se lève, A. me fait signe. Il est assis, tout seul. Je m’assois à ses côtés, il me sourit. Je regarde tout autour. « Ça va ? » Il acquiesce et me propose des chips. Je le fixe, dubitative. Je finis par apercevoir Ja. dix rangs plus bas sur la droite, tout seul aussi. Je le rejoins et m’assois à côté de lui. Il me sourit et me tend une pomme. Je refuse, « Ça va ? » Oui, oui, il va « super bien » me dit-il, « on va gagner ! ». Je cligne des yeux trente-cinq fois en silence. Tour d’horizon des gradins, je repère M. tout en haut, même cérémonial, non merci je ne veux pas de jus d’orange, oui il va bien, « tranquille ! ». Après avoir refusé une bière, un morceau de Savane et une autre pomme, je craque au septième, Ak., isolé lui aussi à l’autre bout des gradins. « Mais enfin, pourquoi vous êtes tous assis tout seuls comme ça ? Vous rigoliez comme pas possible y a dix minutes et maintenant vous êtes tous éparpillés, vous vous êtes engueulés ? » Il baisse les yeux, il hésite un peu et finit par murmurer, en anglais : « On sait que c’est compliqué pour vous en ce moment, il y a vos élections pour un nouveau président. Il y a une dame raciste qui peut gagner. » Ak. cherche la suite de sa phrase en tortillant le bout de ses doigts ; pas un seul n’est intact, ils sont marqués de cicatrices, plus ou moins profondes, de récits plus ou moins douloureux à raconter. « Ça n’est pas bon pour vous, poursuit-il enfin. Cette femme, qui peut devenir présidente, elle dit que nous, les réfugiés, on vous envahit. Ça n’est pas bon pour vous, en ce moment, si on nous voit tous ensemble au même endroit. Les gens vont penser qu’on vous envahit vraiment. » 

Un bloc de granit me tombe dans les tripes. Je voudrais trouver quelque chose à dire, d’intelligent, une réaction à avoir, une phrase magnifique dont ma descendance serait fière sur mille ans, mais je n’arrive qu’à fixer mes godasses, pétrie de honte et de colère, en essayant de retenir mes larmes parce que ce n’est pas à moi de pleurer ici. Ak. me prend la main et dit : « On est de quelle couleur ? » en montrant les joueurs de handball sur le terrain. Je relève la tête : « Rouge ».

               *                                              *

« Alors, quoi de neuf aujourd’hui, monsieur Torres ?

— Il fait pas chaud. »

Monsieur Torres a rallumé le chauffage, il a longtemps attendu, il n’allait tout de même pas rallumer le chauffage en avril, mais merde à la fin, il l’a rallumé parce qu’il faisait trop froid. Tandis que je mets de l’ordre dans ses papiers, monsieur Torres rajoute qu’il faisait moins froid l’année dernière à la même époque, ce dont je doute, « c’est le réchauffement climatique, me dit-il, ça fait crever les baleines alors ça viendra même à bout des gras du bide comme moi ! » 

Sur le mur, derrière monsieur Torres et son gros ventre, une photo de lui, jeune, avec sa moustache et son chapeau. Au-dessus, comme un arbre généalogique bancal, un cadre avec une petite photo de son père à gauche, sous laquelle il est écrit Papa, et un autre cadre, à droite, sans photo, portant la simple inscription Mama

Monsieur Torres est né à Pampelune, en 1934. « Je viens de Navarre, vous savez “de France et de Navarre”, eh bien moi je viens de Navarre ! » dit-il comme un refrain. Il était le premier enfant de ses parents, qui sans doute l’aimaient plus que tout. Sans doute. Le premier et le dernier, car ses parents furent assassinés par les phalangistes en 1936. 

Parfois, monsieur Torres leur en veut. « Quand on aime son gosse, on l’élève, on sauve sa peau, on se fait pas tuer pour des broutilles ! » Il serre son poing et plisse ses lèvres de rage ; je grimace sur le mot broutilles. S’ensuit toute une tirade sur la vie atroce qu’il a dû mener, ses souffrances d’enfant, terribles, la solitude qu’il a traînée toute son existence malgré les amis, les collègues, malgré le mariage, malgré les enfants et petits-enfants. Il conclut invariablement ce déversement par une phrase étrange, à l’attention de ses parents : « Qu’ils crèvent ! » Comme si, en les tuant lui-même de ses vœux, de sa propre volonté, leur mort était moins dure ; comme si, pour leur souhaiter de mourir maintenant, il pouvait les faire revivre auparavant, ne serait-ce qu’un instant furtif et imaginaire.

Quelquefois, monsieur Torres s’interroge. « Est-ce que j’ai été un bon père, vous croyez ? » me demande-t-il alors que je lui explique son avis d’impôt foncier. « C’est que, comme j’ai pas eu de modèle, je sais pas », ajoute-t-il devant ma mine décomposée. Je pose mon stylo, ma calculatrice et j’attends la suite. Est-ce qu’il aurait été heureux avec ses parents ? Est-ce qu’ils l’aimaient ? Est-ce qu’il aurait pu faire quelque chose pour empêcher leur mort ? – point sur lequel j’interviens pour rappeler que malgré toute la bonne volonté du monde, à deux ans, il lui aurait été impossible de faire quoi que ce soit pour sauver ses parents ; « Mais peut-être que c’est moi qui ai crié, qui ai pleuré, que c’est moi qui les ai fait repérer, moi qui les ai fait tuer ! » me hurle-t-il alors, avant de détourner le regard pour que je ne voie pas ses yeux mouillés de larmes.

Au bord de la route, près de la maison de monsieur Torres, il y a un élevage de chevaux. Parfois je m’arrête leur caresser le chanfrein en partant de chez lui, pour me vider l’esprit, pour laisser toute cette détresse et cette colère se détacher de moi ; souvent je me demande quelle version est pire, la rage ou la souffrance aveugle. Aucune réponse n'apparaît et aucun cheval pour me venir en aide.

Aujourd’hui, monsieur Torres n’est ni en colère, ni triste, il a simplement froid. Son chauffage, s’il ne voulait pas le rallumer, c’est surtout que le gaz, depuis quelques années, a beaucoup augmenté et qu’il va avoir une grosse facture à payer. Or sa retraite est bien maigre et ne lui permet pas de faire tourner les radiateurs à plein régime. « Heureusement, tout ça va changer ! » me dit-il. J’émets un vague « Ah ? » tout en tentant de déchiffrer l’écriture d’un agent du conseil général sur un mot qui m’est destiné. « Oui, avec madame Le Pen qui va être élue ! » 

Je relève la tête comme un coucou sort de son horloge. 

Monsieur Torres me fixe, dans l’attente d’une validation, comme toujours. Interloquée, je peine à ouvrir la bouche. « Monsieur Torres… vous… votre… vos… Monsieur Torres, vos parents ont été tués par des fascistes, monsieur Torres. » Il me regarde avec de grands yeux ronds. « Et alors ? me répond-il. Je vois pas le rapport, je vous parle du prix du gaz, moi. »

               *                                              *

« Breton !! Mettez “breton” !! » Il éclate d’un rire gras.

Je souris et je coche la case « française » en face de la question « Nationalité ? » 

Tandis que je continue à remplir sa demande de visa pour l’Inde, Pierre débat avec son compagnon de savoir pourquoi il n’y a pas la case breton dans les nationalités. « Mon père n’aurait jamais répondu “français” à cette question, il aurait fait une case en plus ! » D’ailleurs, maintenant qu’il y pense, sa mère était d’origine basque, il faudrait une autre case en plus. « Avec toutes ces bombes dans ta généalogie, il te manque plus que les corses ! » dit son compagnon et les deux se contorsionnent de rire. 

« Alors, votre numéro de passeport, s’il vous plaît ? » Pierre se redresse, réalisant qu’il s’est peut-être un peu trop laissé aller. Il me tend son passeport. J’inscris le numéro dans la case mais il ne rentre pas, j’essaie trois fois, cinq fois, dix fois, avec et sans lunettes, c’est bien un J ça, oui oui, qu’est-ce que c’est que ce bordel, je fulmine, j’en ai marre de ce formulaire, je clique partout, la page disparaît, il faut tout recommencer, je reste stoïque tandis qu’en moi un monstre se déchaîne, imaginant passer l’intégralité de la pièce au lance-flammes. « On va y arriver, il suffit d’un peu de patience », dis-je en souriant.

Le numéro de passeport ne rentre toujours pas dans la case, qui clignote en rouge lorsque je tente de passer à la question suivante. Je soupire tout à coup de ma propre stupidité : le numéro de passeport est en fait demandé dix lignes plus bas, il s’agit ici du numéro de citoyen. « Qu’est-ce que c’est que ça ? » me demande Pierre. « Pas la moindre idée. » Je trouve dans la notice la façon de répondre que, dans notre pays, cela n’est pas en vigueur. Je poursuis le remplissage du formulaire.

Il se passe un bon quart d’heure dans un parfait silence avant que le compagnon de Pierre ne dise : « Pour le moment. » Je passe les yeux par-dessus mon écran pour le regarder. « Pour le moment, c’est pas en vigueur. Qui sait ce qui pourrait arriver si elle passait. » Pierre jette sa main sur lui en riant, gêné : « Tais-toi enfin, n’embête pas la dame avec la politique ! »

Quelques secondes s’égrainent ; ils restent tous les deux dans cette position, Pierre, un sourire crispé, la main sur le visage de son compagnon ; ce dernier, sérieux, ses yeux rivés dans les miens. Sur son avant-bras, il y a un vieux tatouage Peace and Love qui tremble légèrement, suivant les oscillations de sa main. « Il n’y a rien de bon dans ce qui pourrait arriver si elle passait », je réponds. Les traits de leur visage se détendent soudain, ils esquissent un sourire léger et soupirent, un soulagement passager, de la respiration d’un plateau en montagne avant de reprendre une ascension aussi difficile que la précédente. Je repose mon regard sur l’écran : « Alors… nom et nationalité de votre père ? » Pierre rigole : « Y a toujours pas “breton” ? »

               *                                              *

Personne ne chante. 

Le camion de la CGT en tête passe ses chansons habituelles, mais loin derrière, dans notre cortège, personne ne chante. Il y a du monde pourtant, des énergies, des motivations ; la colère, d’ordinaire, nous fait scander des mots d’ordre, pousser des refrains, improviser des accroches qui finissent en éclats de rire. Personne n’a envie de rire aujourd’hui.

On regarde loin devant le groupe des camarades venus de la montagne, ils sont en pleine forme, prêt.e.s pour l’insurrection, des chansons plein la gorge, des banderoles et des panneaux colorés. Un teint vif, la peau fraîche. L’air pur sûrement. Ou le fait qu’ils attendent systématiquement qu’il se passe quelque chose pour montrer le bout de leur nez, consommateurs de révolution qu’il faut leur servir sur un plateau, prémâchée ; où étaient-ils durant la lutte pour les grévistes ? durant la lutte pour les migrant.e.s ? Je regarde les cernes des camarades qui m’entourent, cuit.e.s par des mois, des années de terrain, prêt.e.s pourtant à renquiller, mais certainement pas prêt.e.s à célébrer en chanson que les cinq années à venir vont les priver de vie, de loisirs, d’argent. Je mastique mon aigreur quand j’entends un chant clair et frais juste derrière moi : « VOTEZ MACRON ! » Je me retourne : une dame, inconnue, tient l’une de nos banderoles et scande à pleins poumons de voter Macron. Je cours vers elle.

Je dégaine un sourire et entame des tractations. Ça va pas être possible ce genre de slogans là, Ah bon et pourquoi ?! vous votez FN ??, Bien sûr que non mais on ne donne pas de consigne de vote nous, Mais c’est pas possible ça qu’est-ce que je tiens comme banderole c’est pas contre le FN ??, Si mais on ne donne pas de consigne de vote je comprends que vous votiez Macron mais je comprends aussi que l’on ne souhaite pas voter du tout donc si vous souhaitez scander « Votez Macron » vous allez ailleurs s’il vous plaît, Ah vous voulez me priver de ma liberté d’expression elle est belle la France c’est vous les fascistes !!!, Est-ce que vous pourriez vous calmer la manif est immense vous avez une place infinie pour scander votre mot d’ordre mais ne le faites pas dans notre cortège qui ne souhaite pas ces injonctions c’est tout, C’est vous qui faites gagner le FN !!! VOTEZ MACRON VOTEZ MACRON, D’accord super est-ce que vous pourriez aller crier plus loin s’il vous plaît ?, Non je ne bougerai pas VOTEZ MACRON VOTEZ MACRON FACHOS et tu as quel âge toi tu es une gamine tu as fait quoi dans ta vie pour lutter contre le FN moi je connais la vie tu vas pas me l’apprendre VOTEZ MACRON VOTEZ MACRON !!!

J’allume une cigarette. Une autre dame, amie de la première, la rejoint et la tire sur le côté. Elle lui parle longuement, je repars.

Plus tard, madame VotezMacron vient me voir dans la manif. Se présente en souriant. « Je suis psychologue », me dit-elle. Je ne réponds pas. Elle m’explique pourquoi il faut voter Macron durant quinze minutes, dit qu’elle sera là, ensuite, pour lutter contre lui, dans la rue. Puis elle disparaît. 

Je sais que je ne la reverrai jamais.

               *                                              *

Il était arrivé confiant, sûr de lui, en terrain conquis. Partout où il allait, il pouvait exprimer sa pensée, personne ne le contredisait. Au bar de la commune, il pouvait le dire haut et clair : « Moi, je vais voter FN ! » Des mois qu’il le disait, et des mois que le patron riait en lui donnant une tape dans le dos : « C’est bien mon gars ! » Hormis le jour du marché, ils n’étaient que sept clients réguliers dans ce troquet et tous les sept votaient FN. Des arabes, il y en avait trop, c’était une évidence. Dans leur commune de 700 habitants, il n’y en avait pas, mais ils regardaient tous la télévision et ils étaient unanimes : des arabes, il y en avait trop. Sur le reste, il ne savait pas. Didier, qui s’y connaissait mieux qu’eux car il avait fait des études, il était journaliste, leur avait expliqué que le Front National était le parti des ouvriers. Lui qui avait trimé depuis ses 17 ans à l’usine, il ne voyait pas pour qui d’autre il aurait pu voter.

À l’usine, il n’en parlait pas tellement, excepté avec ses collègues Pascal et Jean-Mi, qui partageaient son avis. À la pause, s’il y avait une blague à faire, ils n’étaient pas les derniers pour la déconne. Il aimait leur compagnie car ils étaient les rares collègues à ne pas aller chasser le week-end et lui avait horreur de la chasse. 

À la maison, aucun souci, son épouse épousait ses opinions. 

La télévision semblait du même avis que lui. Il ne lisait pas le journal et n’allait pas sur Internet, hormis sur le Boncoin pour des annonces de pièces de moto d’occasion.

Bar, boulot, dodo, tout son monde le soutenait. Aussi il n’avait aucune raison de se méfier lorsqu’il rendit visite à sa mère, se décapsula une bière, s’assit dans une pose décontractée et déclara sur un ton nonchalant : « Eh ben moi, j’ai voté Le Pen, je suis bien content qu’elle soit au second tour ! »

La matriarche, qui approchait les quatre-vingts ans, arrêta net le balancement de son rocking-chair. Elle fit répéter son fils, incertaine que son ouïe ne l’ait pas trompée. 

À la seconde écoute, elle se leva lentement, laissant le temps à ses genoux arthrosés de se déplier. Dans un parfait silence, elle trottina jusqu’à sa chambre, ce qui prit un bon moment, permettant à son fils de boire la moitié de sa bière. Elle revint enfin, avec un cierge énorme, d’un mètre de long, orné d’un dessin de la Sainte-Vierge. Le fils regarda la procession qui traversait la cuisine d’un œil étonné. Sa mère se planta devant lui avec son colosse de cierge, elle posa une main ridée sur la table, reprit son souffle, « Oh, ça va, la mère ? » lui demanda-t-il ; elle ne répondit pas, elle se redressa, souleva le cierge gigantesque, et BIM, en colla un grand coup sur le crâne de son fils.

« WOH ! Mais ça va pas, non !? » beugla ce dernier en bondissant de sa chaise et en se frottant le crâne avec vigueur.

Sa mère posa la moitié de cierge qui lui restait dans les mains sur la table. Elle s’adressa à lui en patois : « Tu viens dans ma maison, me regarder dans les yeux et me dire que tu as voté pour cette saloperie ? Ton père, ton grand-père, ton oncle, ils te voient là où ils sont, ils ont HONTE ! J’ai honte ! Allez ouste ! Dehors ! Tu n’es plus un gamin qui ne sait pas ce qu’il fait ! Tu rentreras dans ma maison quand tu auras retrouvé un honneur ! »

Plus tard dans la journée, elle s’approcha du téléphone fixe à énormes touches que son fils lui avait acheté exprès pour qu’elle n’ait pas de difficultés à voir les chiffres. Elle ouvrit son petit répertoire, dans lequel elle consignait les coordonnées depuis 1964. Elle composa le numéro sur le clavier.

Mon portable sonna.

« Allô ?

— Allô, c’est moi. Tu vas aller à la messe dimanche ?

— Oh putain, fous-moi la paix avec ta messe, maman !

PARLE COMME IL FAUT ! »

               *                                              *

Sur le carrelage, des petites fourmis se suivent dans une parfaite colonne, chacune portant une miette de pain – ou de brioche, qui sait. Je pose mon doigt sur leur trajet, le cortège s’interrompt brutalement, semble communiquer pour choisir une stratégie : attaquer l’ennemi, faire demi-tour, franchir le doigt, garder ou non la nourriture ; elles choisissent de contourner l’obstacle. Je retire mon doigt mais les fourmis continuent d’emprunter leur déviation comme s’il était toujours là. 

La nappe se soulève brusquement : « Vous êtes toujours là-dessous ? me demande Marie-Thérèse. Tenez, j’ai trouvé un marteau. » J’abandonne mon étude des insectes – sont-ce des insectes ? – de toute façon, l’autre fou de Werber doit bien avoir résolu la question de savoir pourquoi ces bestioles continuent à contourner l’obstacle même s’il n’est plus là – est-ce qu’on fait la même chose ? – et je prends le marteau pour fixer avec des cavaliers le tuyau à oxygène de Marie-Thérèse. Elle marmonne quelque chose que je ne comprends pas. « J’entends rien, madame G. ! Attendez que je sorte ! » Elle continue de parler, tant et si bien que j’extirpe la tête de sous la table pour voir si c’est urgent. « Qu’est-ce que vous dites ? » Je devine son sourire ridé, serein sur son fauteuil roulant. « Je disais : vous votez pour qui, dimanche ? »

Je lâche un énorme soupir et je repasse sous la table sans répondre.

Devant le placard à outils, où chaque ustensile a sa forme dessinée, je cherche celle qui correspond au marteau, en vain. Depuis l’autre pièce, j’entends Marie-Thérèse parler toute seule. « Il va où votre marteau, madame G. ? » J'allonge le cou pour capter la réponse et j’entends distinctement : « Pour Macron ou pas ? » Je lâche oh merde aux outils du placard et pose le marteau sur les tournevis cruciformes, tant pis.

Dans son fauteuil, Marie-Thérèse tient un petit carnet usé. Je m’assieds en face d’elle, à la table, prête à lui répondre puisqu’il le faudra bien, j’attends que la question revienne mais les yeux bleus se contentent de me regarder avec malice, en silence. Je soupire de nouveau, s’il en est ainsi je vais répondre sans qu’elle repose la question, à la guerre comme à la guerre, j’ouvre la bouche mais Marie-Thérèse fait un geste de la main et catapulte d’un jet le vieux carnet qu’elle tenait sur la table, qui glisse sur la toile cirée jusqu’à moi. Coup d’œil au carnet, coup d’œil à la mamie, qui me fait un signe de tête signifiant « allez-y », un allez-y que je prends pour allez-y ouvrez le carnet et lisez-le, il y a des signes de tête plus prolixes que d’autres.

C’est un carnet de guerre. De Résistance. Celui de son grand frère, maquisard. Je connais son histoire, je reconnais son nom, je tourne les pages avec précaution. « Ah vous saviez pas que je l’avais, hein ! » Elle me fait un clin d’œil fier. 

Le carnet fait une trentaine de pages, l’écriture est fine, serrée, de plus en plus serrée en avançant vers la fin où la place manquait pour tout dire. Je tourne les pages, lis quelques lignes, tourne encore, je ne sais pas ce que je suis censée faire. Je regarde Marie-Thérèse. « J’aime bien la page dix-neuf », me dit-elle. Je vais à la page dix-neuf.

« … espagnols, communistes, anarchistes, hommes du général de Londres, brigands, briscards et croix de feu ! Comment serait-ce possible ! Satanés instants qu’il nous est donné de vivre. Chaque jour éclate une nouvelle querelle, tantôt pour des broutilles : qui va se charger des vivres ? qui ira relever les missives et qui pour les pièges à oiseaux ? qui pour la tournée des fermes, tâche ingrate ? qui fera le feu, nous en sommes rendus là ! Nous nous déchirons surtout pour décider du pire : quel est le bien, quel est le mal, faisons-nous le bien ou le mal ? En tuant s’occupant des miliciens R. et T., Eclair a-t-il fait bien ? Avait-il le choix ? Ils nous auraient tués ! disent certains, d’autres rétorquent qu’en tuant nous devenons comme eux. Je reste en retrait et ne dis rien, car je pense pour ma part que personne n’a tort au fond et qu’ils ont tous raison. Notre ennemi nous divise et c’est là sa toute puissance ; son grand pouvoir est de nous moudre tandis que nous cherchons à l’identifier ; son stratagème est de nous perdre en nous-mêmes. Nous nous perdrons, je le sais, je suis déjà perdu, mes nuits ne sont que cauchemars, je pressens qu’elles le resteront ma vie entière, si je vis. Je me bats pour que d’autres vivent sans cauchemars, pour qu’ils n’aient jamais à se demander s’ils faisaient le bien ou le mal, pour nous il est déjà trop tard. »

Marie-Thérèse me sourit toujours. « Ma fille aînée, elle m’a dit qu’elle n’irait pas voter. Je lui ai dit Fais comme tu veux, ma fille ! Tu as raison. Ensuite ma fille cadette m’a dit qu’elle irait voter Macron, pour faire barrage. Je lui ai dit Fais comme tu veux, ma fille ! Tu as raison. … C’est drôlement bien installé le tuyau pour l’oxygène, vous savez bien bricoler, hein ! » Elle m’adresse un pouce en l’air et reprend : « Et vous, vous allez faire quoi, dimanche ? »

Je replie le carnet, que je redonne à Marie-Thérèse. « Des cauchemars, comme chaque nuit. »

               *                                              *

En remontant dans le bus, ils ont recommencé à rire. Seule déception de la soirée : notre équipe de handball n’a pas gagné, malgré un suspense insoutenable dans les dix dernières minutes qui m’aurait presque convaincue d’aimer le sport.

Lorsque je passe sur le passage piéton, je tourne la tête vers le talus pour saluer Rouky, mais il n’est pas là. Je ralentis, je regarde plus attentivement : rien. J’arrête le bus. Les mecs me demandent ce qui se passe, je les rassure, je cherche quelque chose, Mais tu cherches quoi ? Tout le monde regarde le talus que je fixe désespérément, et sur lequel il n’y a, désespérément, que de l’herbe, inutile.

Je descends du bus, grimpe sur le talus dans l’obscurité, j’appelle : Rouky ! Rouky ! qui n’est définitivement pas là et j’ai une boule d’angoisse dans le ventre, totalement déraisonnable, je regarde partout, je me vautre sur l’herbe mouillée, A. et Ja. sortent du bus en courant et parlent dans trois langues à la fois pour poser mille questions soucieuses ; je demande pardon, je reprends le volant, je me confonds en excuses, je ne voulais inquiéter personne, je suis vraiment désolée, je suis fatiguée en ce moment, et euh eh bien, voilà : je cherchais Rouky le renard. 

Silence de mort dans le véhicule. Une voix au fond, timidement, répète : « Rouky ?? » Le ridicule de la situation me saute à la gueule et j’éclate de rire, suivie par tous, qui n’arrêtent pas de répéter « Rouky ?? » et j’ai mal aux joues et aux côtes de rire autant, ça faisait des mois que ça ne m’était pas arrivé, j’ai perdu Rouky mais j’ai gagné dix minutes de bonheur.

Une heure et demie du matin, tout le monde est parti se coucher, le bus est garé, j’ai dit au revoir, bu un thé, je reprends ma voiture et la route pour rentrer chez moi. En sortant du chemin, je crois voir une ombre dans un champ, je ralentis mais rien de précis, je tourne sur la route et j’accélère. 

Moins de 200 mètres plus loin, une silhouette énorme déboule sur la route brusquement ; j’écrase les freins, donne un coup de volant, fais un tête à queue au milieu de la route, rétablis la bagnole comme je peux évitant de justesse d’atterrir dans le fossé ; je hurle les pires injures que la terre ait portées. Je sors de la voiture : elle n’a rien. Moi non plus. Je cherche du regard la bestiole maudite que j’ai esquivée et là, sur la route : un blaireau. Un gros blaireau qui se dandine et fait des zigzags devant les phares de ma voiture. « Tu te fous de ma gueule, mec ?! » est la phrase que je lui adresse vertement, sans doute pas la plus réfléchie ni diplomate, mais sur le coup c’est tout ce qui me vient. 

Aucune réaction ni réponse du blaireau, qui continue à gigoter son gros popotin d’un côté à l’autre de la route pour s’éloigner.

Que fout ce blaireau ici, première fois que je le vois, loin de sa puante tanière au milieu des bois. J’attends que mon cœur reprenne une allure normale, je remonte au volant et redémarre. Obligée de suivre le blaireau qui lui-même suit son ombre produite par mes phares, à cette allure-là je serai chez moi dans trois ans. Je m’arrête et coupe mes phares. J’attends une minute ou deux. J’allume une cigarette. Un cri effroyable retentit subitement dans la nuit. Je rallume les phares. 

Dans la lumière, Rouky, qui me regarde en plissant les yeux. Et qui tient dans sa bouche l’énorme blaireau, qu’il vient d’achever d’une morsure à la gorge.

Satanés instants.

change.org
Plaidoyer pour l'allongement du congé d’accueil ou de paternité de 11 jours à 4 semaines
Aujourd'hui en France, notre congé de paternité et d’accueil est limité à 11 jours consécutifs. En pratique, ça signifie qu'en moins de deux semaines, le deuxième parent laisse sa femme et repart travailler... Et ce peu importe si l'accouchement a été traumatisant, peu importe si l'enfant est encore...
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Voici mon interprétation de la maman de Jak.

Je l’ai appelé: Eyrin.

Headcanon: Elle vient d’une famille d’aristocrate ruinée: sa relation avec Damas (encore prince à l’époque) est donc mal vue.

Bien que Eyrin ait une très bonne éducation, la plupart des gens du grand-monde l'appelle «la roturière» (même si elle n'a rien d'une simple roturière, et même si elle se montre plus raffinée et plus humble que la plupart des personnes dîtes de haut rang)

Damas obtient le consentement de son père, qui est un homme brave et se rend compte des sentiments profonds de son fils pour Eyrin,

Cependant, un drame frappe le couple royal: Damas et Eyrin comprennent rapidement qu'ils auront du mal à avoir un enfant. En effet, Eyrin n'arrive pas à garder les bébés et fait fausse-couche sur fausse-couche. Elle souffrira beaucoup de cette pathologie, se tournant alors vers la religion (NB: fortement inspiré de la tsarine Alexandra)

Beaucoup dans le grand-monde verront en cette maladie un signe des Précurseurs (Veger dira que les Précurseurs punissent Damas d'avoir épousé une roturière), et beaucoup traiterons (dans son dos) Eyrin «d'incapable» et «d'inutile» puisqu'elle ne peut même pas donner un héritier au trône.

Cette nouvelle terrible pour toute Abriville n’arrange rien à la situation eco-politique chancelante que connaît la ville (les prémices du putsch de Praxis)

Ce n’est que bien plus tard, après presque 20 ans d’attente, qu’Eyrin tombera enceinte et que l'enfant naîtra à terme. 9 mois plus tard, elle met au monde un fils qu’ils appelleront Mar (connu plus tard sous le nom de Jak)

Le peuple accueille avec effervescence ce nouvel héritier. Damas et Eyrin voient en cet enfant un signe des Précurseurs (ce que Veger regrette et ne comprendra jamais)

Le couple royal et la ville oublie un instant le rapprochement des Metal Heads… un oubli fatal pour Damas: seulement quelques mois après, Praxis trahit Damas.

Fin du headcanon

 • Ici, un aperçu d’une des robes qu’elle pourrait porter lors de cérémonie (quand elle sera Reine)

 • Et en dessous Eyrin avec Mar (Jak) nouveau-né.

* * *

Here is my interpretation of Jak’s Mom.

I called her: Eyrin.

Headcanon: She comes from a family of ruined aristocrats: her relationship with Damas (who is still the prince at the time) is thus badly seen.

Although Eyrin has a very good education, most people in the great world call her “the commoner” (even if she is not a commoner, and even if she is more refined and humble than most of the people said of high rank)

After a while, Damas obtains the consent of his father, who is a brave man and realizes the deep feelings of his son for Eyrin,

Damas and Eyrin quickly realize that they will have trouble having a child. Indeed, Eyrin does not manage to keep babies and has miscarriage on miscarriage. She will suffer of this pathology, and turning herself to religion (NB: strongly inspired by Tsarina Alexandra)

Many in the great world will see in this disease a sign of the Precursors (Veger will say that the Precursors punish Damas for marrying a commoner), and many will call (in her back) Eyrin “incapable” and “useless” because she can not even give an heir to the throne.

This terrible news for all Haven City does not help the staggering eco-political situation of the city (the premises of the putsch of Praxis)

It was not until much later, after almost 20 years of waiting, that Eyrin will become pregnant and the child will be born in the long term. 9 months later, she gives birth to a son they will call Mar (later known as Jak)

The people welcome this new heir with effervescence. Damas and Eyrin see in this child a sign of the Precursors (which Veger regrets and will never understand)

The royal couple and the city forget for a moment the approach of the Metal Heads… a fatal forgetfulness for Damas: only a few months later, Praxis betrayed Damas.

End of the headcanon

• Here, a overview of one of the dresses she could wear during ceremonies (when she will be Queen)

• And below, Eyrin with newborn Mar (Jak).

Bulimiarexia.

Ça parait con je sais, plongée dans le réfrigérateur il suffirait d’avoir ce fameux déclic, de se dire “ arrête de manger, ton estomac va craquer, qu’est-ce que tu fais bordel ! regarde toi, tu grossis, tu vas devenir ignoble, pauvre conne tu t’autodétruis”.

C’est vrai quand t’y penses t’aimerais être presque à la place d’une anorexique, parce que t’en peux plus d’avaler encore et encore pour combler un vide, c’est comme si que le monde autour de toi s’arrêtait de bouger, mais que ton cerveau ne s’y résignait jamais, il faut combler ce vide, avaler, avaler, comme si ton putain de corps était un puit sans fond, ton cerveau une usine ou tout les monstres de fer grinces et hurlent à t’en rendre dingue, la porte de ton frigo a le bruit d’une craie sur un tableau, tu grinces des dents, t’as l'poil qui se dresse mais t’es comme possédée, t’es plus maître de toi même, tu subis,  après chaque crise t’as envie de te détruire la gueule à coup de canif, attraper le couteau de cuisine et de te déchirer le corps, parce que tu souffres, parce que tu te trouve immonde, alors sois tu te force à vomir, ou alors tu gardes ça là, tout cet amas immonde dans l’estomac en espérant crever.

Tu te fais juger par les autres, alors qu’ils n’ont pas la moindre idée de ce que tu traverses chaque nuit, tu descends en enfer,tu brûles intérieurement et t’affronte le diable en personne. Tu n’oses même plus te mettre nue, parce que t’as la sensation que ton partenaire te vomira dessus lorsqu’il verra une infime partie de ta peau qui craque. Dans la rue tu baisses le regard, au restaurant tu n’oses même plus manger de peur qu’on te crache dessus, chaque remarque résonne dans ta tête et te déchire le coeur, t’as honte, t’as honte de l’image que tu vois dans la glace et de celle que tu renvois aux autres, tu te hais

Au nom de tous les enfants de ce grand malaise, n’abandonnez jamais, Il m'en a fallu du temps pour réussir à surmonter ça, mais j’ai réussis a rouvrir cette boîte, à revenir aux racines pour comprendre pourquoi cette maladie me bouffait et pourquoi j’étais obligée de remplir ce vide, accepte la, ne culpabilise pas, et elle se calmera. Je ne suis et ne serais la pute de personne, et sûrement pas celle de mon passé, ni celle de mon estomac.
Aujourd'hui je peux enfin emprunter un chemin de pardon, et en ce sens, je sais à présent que tout ira bien,je suis impatiente de revivre; j'ai foi.

Travail sur toi afin de reconstruire des fondations qui ne se briseront pas comme du verre et décide d'immoler les derniers fossiles de tes souffrances, affrontes tes torts et tes vérités, il n’y a pas de problèmes mais bien que des solutions,prends soin de toi, sors, amuse toi, séduis, envoies toi en l’air, ressens la vie en toi, sois en phase avec tes émotions, ouvre les yeux, accueille le monde, tes faiblesses seront un jour tes atouts, ta force, affirme-toi confronte-toi convaincs-toi que t’es une personne capable d’aimer et d’être aimée avec tes failles.

Maintenant saisis ton épée et va sur le champs de bataille, tu t’en sortira, debout, fière et plus en vie que jamais, parce que t’es une battante, sois fière de ton corps,de tes vergetures, parce que maintenant t’es une tigresse, une guerrière, c’est carrément badass, alors rugis, hurle à la lune.

Je t’en supplie, baise moi cette salope de boulimie.

SC.

Le 14 avril 1930, fin de l’aventure pour Vladimir Maïakovski, il vient de se tirer une balle en plein cœur. Poète, dramaturge, acteur, théoricien, peintre, affichiste et scénariste, Maïakovski est né à Bagdadi (Géorgie) en 1893. Issu d’une famille modeste, il s’installe à Moscou en 1906, après la mort de son père. Il adhère au Parti social démocrate (bolchévique) à 15 ans et participe aux manifestations révolutionnaires de 1905. Arrêté trois fois pour conspiration, il s’initie à la poésie alors qu’il est emprisonné à Boutyrskaïa en 1909. Il devient rapidement un maiakovskydes meneurs du mouvement futuriste après sa rencontre avec le poète et peintre David Bourliouk qu’il a connu en 1911 et qui lui a mis « le pied à l’étrier ». Tout en exploitant cette nouvelle poésie, il atteint des sommets de lyrisme dans La Flûte en colonne vertébrale ou dans son Nuage en pantalon (1914), véritable manifeste du futurisme, qui est le fruit de sa relation troublée avec Lili Brik qu’il a rencontrée en 1910 alors qu’il entretient une relation avec sa jeune sœur qui elle, deviendra célèbre, Elsa Triolet. Comme disait Jabiru dans son blog « c’était en quelque sorte le beauf d’Aragon ». Voici, ci dessus, une photo de Maïakovski en compagnie de Lili Brik, revue et corrigée par la censure soviétique… Il lui écrira et lui dédiera sa vie durant ses plus belles poésies. Lili est déjà mariée avec Ossip Brik qui devient l’ami et l’éditeur du poète. Un ménage complice à trois s’instaure. Avec Serge Tretiakov ils fondent le journal LEF qui influencera toute une génération d’écrivains.

De retour à Moscou et après la révolution d’Octobre de 1917, qu’il accueille d’abord favorablement, il utilise, sincèrement, son talent au service du pouvoir politique, notamment dans le poème « Lénine » mais il se heurte rapidement au conformisme des critiques et du Parti. Il sillonne pourtant l’Europe en ambassadeur et visite Londres et Paris. Partout on écoute ce géant à la voix de stentor célébrer la révolution dont il est le chantre. Il se met au service de l’agence télégraphique russe et conçoit les images et les textes des posters satiriques vladimirAgitprop. Après une série de ruptures et de réconciliations, il se sépare définitivement de Lili en 1924. Il part pour une tournée de conférences à New York et il y rencontre Elly Jones, une jeune émigrée russe et de leur passion brève, trois mois, naît une fille Patricia Jones Thompson. Le 14 avril 1930 à 10 h 15, le poète harassé, qui par défi jouait aussi à la roulette russe, se tire une balle dans le cœur. Le dernier acte de la vie de Maïakovski s’est déroulé à Moscou, au numéro 3 du Loubianskyi Prospekt, appartement 12. La thèse du suicide semble évidente. Le poète qui exhortait la jeunesse à vivre, à la mort terrible d’Essenine, est lui aussi « reparti vers les étoiles ». On trouvera ce mot : « Maman, mes sœurs, mes amis pardonnez-moi – ce n’est pas la voie ( je ne la recommande à personne ) mais il n’y a pas d’autre chemin possible pour moi. Lily aime-moi ! ». Staline ordonne des funérailles nationales pour celui qu’il qualifiera plus tard de « poète de la Révolution ». «Ils l’ont tué une seconde fois» dira Pasternak.

les bibliothèques.

j’aime les bibliothèques. 

j’aime les bibliothèques, pas seulement parce que j’aime les livres, mais parce que j’aime l’atmosphère qui y règne, ce climat particulier de silence, de travail, de chaleur, d’endroit accueillant qu’on n’a pas envie de quitter. j’aime, encore plus, les vieilles bibliothèques qui me donnent l’impression d’être transportée dans un autre monde. - je me souviens des après-midis passées à la bibliothèque de boston, à lire, assise dans un coin, et de la joie simple d’être là. 

j’aime les bibliothèques, parce que je repars toujours avec trop de livres. j’arrive avec une liste de trois livres, j’en emprunte dix autres. j’aime flâner entre les rayonnages, me laisser tenter par le titre d’une histoire, tomber par hasard sur des livres magnifiques que je rêve d’avoir un jour, me plonger dans la vie d’un auteur à travers des entretiens ou une biographie. 

j’aime les bibliothèques parce qu’elles me rappellent à quel point le monde est vaste, et qu’elles me donnent envie d’apprendre plein de choses.  

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Papillon (film, 1973)

Réalisation Franklin J. Schaffner
Scénario Henri Charrière - Dalton Trumbo
Acteurs principaux
Steve McQueen
Dustin Hoffman
Pays d’origine États Unis
Genre Aventure
Durée145 minutes
Sortie1973

Synopsis

Le film raconte les péripéties et les tentatives d'évasions du bagne de Cayenne sur l'île du Diable d'un détenu condamné à la prison à vie et surnommé « Papillon » à cause de son tatouage.

Papillon a été condamné au bagne pour un meurtre dont il est innocent.
Au début surtout, le film dénonce l'erreur judiciaire et les conditions inhumaines du bagne, les châtiments qui y sont appliqués. Ensuite, c'est surtout l'aventure qui domine, avec de spectaculaires évasions. Certaines scènes renvoient à la thématique de la tragédie de l'Homme face à ses propres conditions. Le sens de la vie pour un détenu innocent devient l'obsession d'une évasion aventurière.

Fiche technique

Titre : Papillon Réalisation : Franklin J. Schaffner Scénario : Dalton Trumbo et Lorenzo Semple Jr d'après le roman éponyme de Henri Charrière.
Production : Franklin J. Schaffner et Robert Dorfmann Société de production : Twentieth Century FoxMusique : Jerry GoldsmithPhotographie : Fred KoenekampMontage : Robert SwinkCoordination Cascades : Pierre Gare
Pays d'origine : États-Unis
Format : Couleurs par Technicolor - Panavision - 35mm - Ratio : 2,35:1 - Stéréo
Genre : Drame - Aventure
Durée : 145 minutes
Dates de sortie[1] :  États-Unis : 16 décembre 1973  
France : 6 février 1974

Distribution

Steve McQueen (VF : Jacques Thébault) : HenriCharrière dit « Papillon »
Dustin Hoffman (VF : Philippe Ogouz) : Louis DelgaVictor Jory : Le chef IndienRatna Assan :
La jeune IndienneDon Gordon (VF : Serge Lhorca) : JulotAnthony Zerbe : le Chef de la colonie des lépreuxRobert Deman (VF : Jean-Pierre Leroux) : MaturetteGregory Sierra : AntonioWoodrow Parfrey (VF : Claude Joseph) : ClusiotBill Mumy : LariotGeorge Coulouris (VF : Pierre Leproux) : Le docteur ChatalDon Hanmer (VF : Claude Bertrand) : l'échangeur de papillonsRichard Angarola : le commandantFred Sadoff (VF : Jean-Claude Michel) : le sous-directeurVal Avery (VF : Jean Violette) : PascalJohn Quade (VF : Henry Djanik) : le tatouéBarbara Morrison (VF : Paule Emanuele) : la mère supérieureLiam Dunn : le vieux TrusteePeter Brocco (non crédité) : un docteur

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Autour du film

Jean-Paul Belmondo et Warren Beatty étaient les acteurs auxquels on avait d'abord pensé pour le rôle titre quand la réalisation devait être confiée à Roman Polanski.[réf. nécessaire]

Le film fut tourné en Espagne, Maui (Hawaï) et en Jamaïque (Falaise de Xtabi à Negril, ainsi qu'à Falmouth). La scène finale du saut de la falaise a été tournée à PaepaeMoana Point, Maui. Le générique final a été filmé dans les ruines du Bagne de Saint-Laurent-du-Maroni et de l'Île Saint-Joseph.

Afin de bien mettre en évidence le climat équatorial de la Guyane Française, montrer l'enfer vert végétal, et sa chaleur moite et torride, et pénible, pendant le tournage, les vêtements des comédiens étaient régulièrement mouillés et aspergés d'eau par des employés de la réalisation.

Lors de sa sortie en DVD, le film a été affublé de petits suppléments qui avaient été coupées à sa sortie au cinéma en France. On peut les trouver à partir du moment où Papillon est débarqué sur l'Île du Diable :

À son arrivée, Papillon s'assied sur un banc de pierre. Un autre prisonnier l'interpelle et lui prétend qu'il s'agit de l'emplacement du capitaine Dreyfus.Louis Delga nourrit ses cochons. Peu après, il affirme à Papillon qu'il voudrait construire une véranda pour sa cabane.Tandis que Papillon est bien décidé à s'échapper, Delga songe à récupérer ses carottes avant de partir.La scène de la tentative démarre désormais à la quatrième vague (Papillon les comptant une par une jusqu'à la septième).

Ces scènes demeurent cependant sur le DVD en version originale sous-titrée


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Papillon (livre)
Bagne de la Guyane française

Louis Delga

(via @ladeglingueereveuse

De la politique, de la liberté, de la santé publique : petit cours de rattrapage pour Marion Maréchal Le Pen

Je vous assure que j’aimerais vous parler d’autre chose, vous allez finir par penser que je fais une fixette sur le sujet, mais aujourd’hui je vous cause encore d’avortement.

Parce qu’il est à croire que jamais on ne nous laissera tranquilles avec le sujet.

Petit rappel des faits :

Le 26 novembre 1974, Simone Veil monte à la tribune de l’Assemblée nationale et commence son combat parlementaire pour que l’IVG devienne un droit pour les Françaises. Le 17 janvier 1975, Simone Veil gagne, arrachant leur vote aux parlementaires de droite, sous couvert de la protection de la vie des femmes.

Car c’est bien de cela dont il s’agit : aujourd’hui, dans le monde, on estime selon les sources entre 47 000 et 68 000 décès annuels de femmes des suites d’un avortement dont les conditions sanitaires n’ont pas été respectées à cause notamment de législations liberticides vis-à-vis de l’IVG.

J’ai relu les chiffres plusieurs fois, j’ai cherché partout. J’ai halluciné.

On pourrait me dire qu’ils sont un peu « flous ».

Je rétorquerais qu’ils sont surtout complètement fous.

Le 13 novembre 2015 (oui, c’était passé inaperçu pendant quelques jours au vu des événements), Marion Maréchal Le Pen, candidate du Front National pour la région PACA déclare :

Interviewer : Je vais vous demander une deuxième fois car je ne suis pas sûr d’avoir bien compris, vous supprimeriez la subvention accordée au planning familial ?

MMLP : Oui, absolument. Absolument parce que je considère qu’aujourd’hui ce sont des associations qui sont politisées. Ils véhiculent une banalisation de l’avortement, or je considère que c’est un sujet important en France et je vais même aller plus loin, je pense même que c’est LE tabou aujourd’hui en France.

Et oui Marion Maréchal Le Pen ! Le tabou de ne pas laisser mourir des femmes dans des cuisines avec des cintres ou des aiguilles à tricoter entre les jambes ! Sacré tabou en effet… Parce qu’en France, avant les plannings familiaux, avant la loi de 1975, on comptait environ 400 femmes décédées suite à un avortement clandestin ; ces chiffres sont difficilement exploitables du fait du ….tabou justement…. qui leur était lié. Toutefois, ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, les décès liés à une IVG se situent entre 0 et 2 selon les années. La pratique légale de l’IVG sauve des vies. Voilà la question essentielle.

Alors on va me dire « Oui, mais cesser de donner de l’argent à une association, ce n’est pas interdire l’avortement. »

Certes.
Mais les plannings familiaux sont les premiers lieux d’accueil de jeunes femmes et jeunes hommes qui ont besoin de réponses liées à la sexualité et la grossesse. Ce sont des lieux anonymes. Quand on sait que 150 centres d’orthogénie (qui pratiquent les IVG) ont fermé, on se rend compte de la nécessité de cette structure de proximité.

Marion Maréchal Le Pen, l’avortement n’est pas une mode, les chiffres restent stables (aux environs de 220 000 par an en France) alors que la population augmente… on baisse donc en proportion.

Une Française sur 3 a avorté. Il est essentiel que cet acte qui relève d’un quotidien (et non d’une banalisation !) lié à la sexualité soit le plus sécurisé possible et se passe dans des conditions psychologiques, avec un accueil le meilleur possible. Les plannings familiaux sont essentiels.

Je rappelle en outre que si Marine Le Pen a vaguement recadré sa nièce suite à cette sortie, elle est celle qui employa la terminologie « d’IVG de confort » et qui vota CONTRE le rapport Tarabella le 10 mars 2015 au Parlement européen, rapport insistant sur l’accès des femmes à la libre contraception et à l’avortement.

La boucle est bouclée.

C’est bien de la liberté à disposer de son corps, dont on parle, mais aussi de santé publique.

Le Front national n’est pas et ne sera jamais l’ami des femmes. Si vous votez dimanche, faites-le en toute connaissance de cause.

 


Texte : MGBV