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Interview Ariana Grande by M'Rik [Skyrock]

A l’heure des révolutions, chacun cherche son jasmin : ses jeunes

Ma chronique sur France Culture du 26 avril 2011

Avant d’être l’année de la fin du monde selon les Mayas, 2012 sera l’année de toutes les élections. D’ici là, attendez-vous à voir dégainer des cadeaux de dernière minute par des élus briguant un second mandat. Genre cadeau de la dernière chance en forme de prime pour les salariés. Attendez-vous à des diatribes bien léchées contre « les méchants marchés », le nucléaire et « l’euro-calamité » ; pour l’environnement, l’éducation pour tous et l’économie locale. Elles finiront sans doute en G20 de perlinpinpin et autres Grenelle de dupe. Attendez-vous à des opérations séduction, notamment à l’attention des « jeunes ».

D’ailleurs, qu’elle a été pathétique la danse du ventre de nos politiques autour de la radio Skyrock ces dernières semaines. François Hollande, Rama Yade, Jean-Luc Mélenchon, Jack Lang, Benjamin Lancar se sont tous unis contre Axa Private Equity, le méchant capitaliste propriétaire de la 1ère radio nationale indépendante qui, faute de résultats et suite à une gestion douteuse, s’est mis en tête de débarquer le PDG et fondateur, le fringant Pierre Bellanger. C’était, pour ces politiques, une atteinte à la liberté d’expression, une attaque contre les jeunes. Cloitré dans son bureau, Bellanger a mobilisé ses troupes. Il a pris en otage l’antenne sur laquelle le message suivant passait en boucle: « Skyrock, radio libre en danger de mort. A tout moment, Skyrock peut disparaître et sans Skyrock, plus de rap, plus de radio libre. La liberté tout entière de toute une génération est menacée à tout jamais. Il faut absolument sauver Skyrock. Plus on sera nombreux, plus on a de chance de réussir. Skyrock a besoin de toi, de vous tous. Dépêche toi, chaque minute compte ».

On connaît la suite : le Crédit Agricole laisse monter la sauce puis débarque en sauveur : il libère Bellanger du méchant Axa, se place en défenseur de la liberté. Sous les applaudissements de Jean-Luc Mélenchon, le 3ème groupe bancaire mondial met la main sur le 1er media de jeunes : Skyrock c’est 600 000 amis sur facebook, 28 millions de skyblogs et plus de 4 millions auditeurs par jour. Cela valait bien une intox en bonne et due forme et une opération de com’ au relent révolutionnaire.

Les politiques français draguent les jeunes et ils ne sont pas les seuls. Barack Obama a lancé sa campagne pour 2012. Et à nouveau il pose la tendance en annonçant sa candidature par un clip dans lequel … il n’apparaît pas. Il laisse la parole à une classe populaire aux couleurs de l’Amérique : une mère de famille forcément Latina, un retraité forcément pas content, une noire américaine à l’accent forcément de Brooklyn, un jeune forcément devant son ordinateur. Ils égrènent raisons de leur engagement, espoirs, et quelques critiques contre Obama pour faire plus « vrai ». Puis le slogan claque : it begins by us ; « tout démarre de nous ». A l’heure des révolutions, chacun cherche son jasmin.

La première élection d’Obama s’est faite dans les campus et sur les réseaux sociaux. Il a profondément déçu les jeunes depuis et il veut les reconquérir. Il a reçu la semaine dernière une délégation du rassemblement Power Shift qui se tenait à Washington. Power Shift, c’est dix mille activistes et militants de 50 états bien décidés à ne pas se laisser berner une seconde fois. Leur message au Président ? « Nous ne sommes pas que des gosses avec des pots de peinture travaillant sur un vague projet artistique ». Ou encore, « quand je lis le discours d’Obama sur la sécurité énergétique, j’ai l’impression que la multinationale BP l’a écrit ». La reconquête sera rude pour Obama. Pourtant, même s’il s’est assis sur à peu près chacune de ses promesses - transparence du gouvernement, rupture avec l’Etat sécuritaire de Bush, justice face aux marchés financiers – il reste, selon les jeunes de Power Shift, “le meilleur des clowns”.

Quitte à faire le clown, Obama ne lésine pas sur les moyens : il s’est rendu mardi dernier dans les locaux de Facebook, à un débat organisé et animé par Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, lui-même. La discussion était réservée aux employés de la- compagnie-des-amis-du-monde-entier mais il a été retransmis sur Facebook en direct. Carton plein pour cette opération en forme d’aveu, jugez plutôt : « rien n’est plus simple que de résoudre un problème sur le dos des pauvres car ils n’ont pas ni lobby ni vrai pouvoir », puis plus loin « j’espère que vous ne deviendrez pas cynique ni frustré par la démocratie ».

Conclusion : la politique est une grande désillusion, surtout vis-à-vis de soi même. Mais si l’on veut à peu près s’en sortir, peut-être faudrait il commencer par cesser de prendre les électeurs et notamment les plus jeunes pour des idiots.

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Interview Azealia Banks by M'rik - Skyrock

Pierre Bellanger un pionnier de la radio libre, le fondateur de Skyrock, l’homme qui revendique 31 millions de skyblogs (!), a créé une communauté unique, dont peu de médias ou de marques peuvent se vanter. Grâce à un pilier, l’omniprésent Difool, David Massard de son état civil. Le dernier des mohicans, les grands animateurs pour jeunes, avec sa Radio Libre. Beaucoup ont cherché à l’imiter (Maurad, Max, Cauet…). En vain. Difool, autant l’avouer tout de suite, c’était le compagnon de route de mon adolescence. Tous les matins de la semaine, en route vers le lycée (privé), on se réunissait au fond du bus pour refaire l’émission de la veille comme d'autres refont le match. Et aujourd’hui encore, mon jeune cousin et plus d'un million d’auditeurs se relaient de 21 heures à minuit, selon Médiamétrie. Presque autant de filles que de garçons. Quatorze ans après son lancement (en 1997), Radio Libre est la première émission du soir, toutes radios confondues, quasi-monopolistique sur les 13-19 ans. Elle fait de Skyrock l’incontestable leader des moins de 25 ans, la reine des territoires urbains.
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“Génération Skyrock” par Mathieu Grégoire sur Slate (April 15th, 2011)

Contrairement à Max ou à Maurice qui sont entrés dans la légende, Difool reste ce lien vivant vers notre adolescence. L'écouter, c'est entrer dans une faille spatio-temporelle et se retrouver, instantanément, dans sa chambre d'enfance en train d'essayer de finir ce putain d'exo de maths pour le cours du lendemain. Qui d'autre aujourd'hui peut procurer cette expérience-là ?