S'en-aller

Dans la vie, on croise des gens précieux, qu'on voudrait garder toujours auprès de soi, mais qui, pour des raisons qui ne tiennent ni à eux, ni à nous, sont forcés de s'en aller. Ce n'est pas qu'ils nous abandonnent de leur plein gré, ni que nous soyons coupables de n'avoir pas su les retenir, c'est juste que, parfois, il ne peut en être autrement. Il m'est arrivé de chérir profondément des êtres que j'ai perdus, et c'est peut-être pour cela qu'on écrit, pour les retrouver et cheminer, l'espace d'un instant, à leurs côtés. Comme si rien n'avait changé.
—  Minh Tran Huy

Vous savez ce que j'ai compris durant plusieurs années ? C'est qu'on ne peut remplacer le vide au fond de nous en se raccrochant à quelqu'un. Parce que, quand celle-ci nous déçois ou décide de s'en aller, le vide devient plus profond, plus blessant, plus immense. La seule chose qui puisse nous réparer ce vide, c'est nous et nous seule.

©anorexiquedetesmots

Dit-moi si tu veux partir, tout laisser s'en aller, avec toi j'irai au bout du monde tu sais, tant que mes journées sont partagées dans tes bras, voir ton visage au coucher du soleil, je l'ai tant rêvé.
Quand on aime vraiment quelqu'un, on ne peut pas s'en aller. Peu importe ce qu'elle fait. Peu importent ses mensonges, ses actions, on se cramponne à la barre en faisant voeu d'être là pas tous les temps. On se laisse porter par le vent. Même si on court à la catastrophe. Même si cette relation finit par nous déchirer, par tuer tout ce qu'il y a de bon.
Tu sais il arrive un moment ou on laisse tout partir. Pas parce que ça n'a plus d'importance, mais parce que ça en a trop eu. On laisse tout ça s'en aller, parce que on s'en rend compte que certaines choses ne doivent pas être retenus mais qu'on doit les laisser partir. C'est juste comme ça que les choses doivent être. Et on doit s'y faire.
Abandonner n'a jamais été facile.
Mais s'accrocher à quelque chose qu'il vaudrait mieux laisser s'en aller peut être tout aussi douloureux.
La force d'un être ne se mesure pas à sa capacité à pouvoir retenir quelque chose, mais celle de pouvoir lâcher prise dès qu'il le faut.
—  Len Santos

Son père vient de m'appeler. Elle a eu un accident ce soir, renversée par un camion j'crois. Maintenant elle est dans le coma, pronostic vital engagé qu'on m'a dit. Et moi j'suis là j'n'ai pas dis un mot, j'ai raccroché comme si ça m'était égal. Pourtant j'entendais bien le tremblement dans la voix de son père.

Mais j'peux pas me rendre compte, j'la revois en face de moi, grand sourire, toujours les larmes au bord des yeux qu'on apprend a ne plus les voir. J'la revois avec son sac à dos et ses grosses chaussures et ses vêtements trop grands, j'la revois courir et danser au milieu des routes la nuit, j'la revois me parler, me dire combien j'suis con, me dire combien elle m'aime. Puis j'la revois aussi me gueuler dessus, me disant que j'comprends rien, que j'l'écoute même pas, que j'lui dis pas assez comment je tiens à elle.

Pourtant moi j'la regardais et ça me suffisait, de la voir un peu heureuse, de la voir arrêter d'penser. Elle devenait folle dans ces moment là, une vraie tarée, prête à tout, toujours partante pour n'importe quelle connerie. Putain j'la regardais et ça suffisait à me faire sourire, à me faire ressentir une explosion de sentiments dans mon propre corps.

Puis je cédais toujours quand elle me suppliait avec sa petite voix aiguë de petite fille battue là, ah ouais ça m'faisait craquer ça, puis elle m'embarquait dans n'importe quoi, et moi j’m'en foutais, tant que j'la voyait, tant qu'la sentais, que j'la ressentais.


Et maintenant on vient me dire qu'un putain de camion l'a shooté, non, non, non, j'ai pas eu assez de temps, j'l'ai pas assez vu, j'lui ai pas tout dis, j'n'ai pas finis, c'est pas finis. Mon chemin avec elle, il ne peut pas s'arrêter ici, on a encore pleins de conneries à faire, elle doit encore m'engueuler, me bouger le cul, j'n'ai pas finis de la voir énervée. C'est pas un camion qui va arrêter ça, c'est pas possible, hein.

Et comment je fais moi sans elle ? Moi sans elle c'est pas moi, ça n'existe pas, c'est elle qui me fait vivre, vous pouvez pas la faire partir, j'peux pas la laisser s'en aller. J'ai encore besoin d'la serré dans mes bras et d'avoir peur de la casser si je sers trop fort, j'ai encore besoin de lui mettre des sucres dans ses interminables tasses de café, j'ai encore besoin de l'entendre grogner le matin parce qu'elle veut pas s'lever, parce qu'elle est fatiguée à l'idée d'une nouvelle journée, parce qu'elle ne voulait plus affronter les heures de cours avec leur routine sans fin. Elle, elle voulait passer sa vie la nuit, parce qu'elle est libre d'être qui elle veut, de faire ce qui lui plaît quand le soleil n'est pas là.

Ouais, et maintenant elle est allongée dans un lit d'hôpital avec des fils qui lui sorte de partout et des plaies qui font peur à voir, et qu'elle aimera quand elle se réveillera, si elle se réveille.

J'peux pas m'empêcher d'imaginer la folie de c'qu'elle a ressenti quand c'camion est arrivé droit sur elle, elle a du savourer cette adrénaline, cette excitation de voir la mort de si près et de l'attendre jusqu'au dernier moment. Et putain ça me fou la rage qu'elle est pu aimer c'moment, j'me dis qu'elle est vraiment désespérée pour aimer le risque autant, pour ne pas avoir peur de mourir à ce point. Ouais, j'me dis que j'lui suffis pas, que j'n'y arrive pas, à combler totalement ce vide qui se creuse en elle, j'n'arrive pas à la faire ce sentir vivre, alors qu'elle, elle me fait exister.


Putain, faut que j'la vois, que j'prenne sa main, que j'la serre, faut que j'lui dise tout avant qu'elle s'endorme à jamais, faut que j'trouve les mots, pour qu'elle est la force de revenir, ah ouais faut qu'j'sois convainquant, parce qu'elle a trop rêver de mourir déjà pour avoir l'envie d'revenir.

Alors j'vais y aller, et merde, j'vais chialer, j'vais lui dire toute la vérité qu'elle voulait entendre quand elle respirait encore toue seule, puis j'vais lui gueuler dessus aussi, j'vais lui hurler que c'est impossible, qu'il faut qu'elle reste, qu'elle revienne, qu'on est trop à avoir besoin de son rire de merde là. J'la tuerais si elle pars, j'la retrouverais, et j'la tuerais. J'vais tout défoncer bordel! J'savais pas à quel point j'ai besoin d'elle.

Elle m'a fait tomber amoureux pour la première et pour la dernière fois aussi, et j'dois la remercier, elle m'a fait tomber amoureux moi, un pauvre gars d'cité qui volait les sacs des grands-mères pour nourrir sa mère. Et elle l'a rendu heureuse, ma mère, en remettant un sourire sur le visage de son fils. Alors j'vous jure qu'elle peut pas partir.


Mais j'peux pas, j'peux pas prendre le volant, j'vais me planter dans un arbre, puis j'vois flou j'sais pas c'qui m'arrive, c'est ça des larmes, ouais. Alors j'panique putain, faut que j'appelle un frère, que j'lui gueule dessus, qu'il m'emmène a sa chambre blanche, putain.


«Ouais gros, qu'est ce qu'il se passe, c'est une heure du mat?

-Putain, prends ta caisse prend moi chez moi, on va à l'hôpital putain, elle s'est pris un camion, j'vais tout péter, faut que j'la vois, faut qu'tu viennes.

-Vas-y essaye de te calmer, j'arrive mon frère, j'arrive!»


Reprends le contrôle, reprends le, prends le dessus!


J'descends d'la caisse, j'cours, j'vois son père à l'entrée de l'hôpital, il avait le regard vide, encore plus qu'à son habitude, et machinalement, il m'a juste dis, «à gauche, réa». Et j'cours, j'cours, j'traverse des couloirs, j'lis des panneau, j'ouvre des porte, puis j'y étais, j'l'ai vu.


Sa mère m'a pris dans ses bras, elle pleurait, elle hurlait, elle m'a remercier, j'sais pas trop pourquoi, puis y'a son petit frère derrière, le visage effacé, pâle. Ils sont partis, marchant comme dans le couloir de la mort, comme si tout s'était éteint ce soir, comme si les corps erraient sans conviction aucune, sans vie, aucune.


Alors j'suis allé vers elle, et si proche de la mort elle en était toujours plus belle. J'me suis assis sur une chaise qui traînait là, qui avait du supporter toutes les mères en panique, en pleurs, en deuil. J'ai pris sa main, bandée, on voyait le sang à travers ce pansage provisoire, j'ose pas trop serré, vous savez, j'ai peur d'la casser. Puis mon cerveau a crée la cadence, mon coeur a écrit les paroles, et maintenant, mes lèvres remuent, ma voix danse :


«Eh, ma chérie, j’t'ai pas assez dit, j’t'ai pas assez vu, j’t'ai pas assez aimer encore, et pourtant j'avais jamais aimer vraiment, j'avais jamais aimer autant. Tu m'a rendu ma vie et tu dois reprendre la tienne maintenant. J'peux pas sans toi, tu sais, je faisais le malin, je savais pas, j'savais pas qu'on pouvait avoir peur comme ça, qu'on pouvait parler seul, perdre le contrôle sur son esprit, sur son corps. Je contrôlais toujours tout jusque là, mais je me rends compte que contre tout, j'pourrais jamais contrôler c'que j'ressens, et c'que je ressens, ça me tue autant que ça me maintiens en vie ce soir, Alba j'ai compris maintenant, alors faut que tu m'écoutes, faut que tu l'entendes, j'ai besoin d'toi, j'vais pas tenir sans toi, sans toi ça se prononce même pas, j'peux pas le concevoir. Alba ce soir, je te supplie, je t'en supplie, reste, reste sur cette putain de planète, oui, je sais, l'occasion de mourir sans soi-même mettre fin à ses jours se représentera peut-être jamais, mais on apprendra ensemble a supporter cette société, et je t'apprendrais à t'aimer, on fera ce à quoi la vie rime pour toi, on donnera un sens à ton existence, on niquera les politiques même si tu l'veux! Faut que tu comprennes, je supporterais tout pour toi, je ferais tout, je donnerais tout ce que j'ai pour passer tout le temps qu'il me reste à te voir heureuse. J'veux pas perdre le son de ton rire, puis j'veux que les fausses notes quand tu chantes résonnent encore dans mon crâne jusqu'en devenir dingue.

Allez, c'est pas cette fois, c'est pas ton heure encore, c'est pas maintenant, et toi qui voulais tant dire au-revoir, tu vas le regretter Alba, si tu pars sans dire tout ce que tu a encore à gueuler, t'as des choses à accomplir qui ne s'accompliront certainement jamais sans toi, faut que tu y ailles, dans cet orphelinat au Kenya, donner des peluches au enfant, leur emmener des centaines de conserves, et des rires, des sourires à n'en plus finir. Faut que t'y ailles en Argentine, dans ces putain de bidonvilles, distribuer des bouteilles d'eau et des sandwich au poulet. Tu te rends compte, t'as encore jamais eu l'occasion de placer tout ton argent dans des œuvres caritative, et tu peux pas mourir maintenant, dans ton compte y'a peut être même pas assez d'argent pour une seule association, toi t'as beaucoup trop de causes à défendre, alors tu restes ici, et tu réalises tes rêves, le monde a besoin de toi pour sauver des vies! Putain j'ai encore besoin de toi pour que tu sauves la mienne. J'suis amoureux d'toi Alba bordel…»


Et là les sanglots prennent le dessus sur mon débit de phrase. Alors j'allonge ma tête dans le creux de ces flans, et j'me laisse allez, a rythme de sa respiration artificielle.


Puis j'vois Mehdi qui s'tient debout, le souffle couper. Il vient me relever.


«Allez mon frère, faut la laisser se reposer, on revient demain, allez lève-toi, faut que tu dormes, elle a besoin de toi, allez..»


Alors comme le disait Mehdi, on est rentré, puis faut qu'j'vous dise, elle n'a pas passé la nuit.


©letempsnaimerajamais

J'en avais remarqué un paquet de mecs mignons, je peux vous le garantir. Mais lui, c'est la première fois que je faisais attention à lui alors que j'avais sûrement dû le croiser une dizaine de fois. C'est dingue, quand j'y repense, mais c'est avec lui et pas un autre que j'ai passé ma soirée. On a parlé de tout et de rien, c'est bizarre j'aime pas faire ça d'habitude. Mais par sa façon d'agir il rendait tout ce qui est basique en quelque chose de meilleur. C'est hyper niais ce que je dis, mais c'est la vérité alors que veux-tu que j'y fasse? Je me rappelle plus de nos premiers mots échangés, peut-être à cause de l'alcool ou juste parce que c'était insignifiant mais je me souviens de son ton quand il me charriait à propos de mes cours de maths particuliers ou encore de mon inaptitude à faire à manger. Bref, moi je lui rendais la pareille en me moquant de son verre de grenadine ou de sa nullité à la course. Il avait ce ton moqueur qui pourtant n'avait aucune once de méchanceté. Il en faisait jamais trop, juste ce qu'il faut. Grâce à lui j'arrivais à me sentir bien et j'arrive pas à l'expliquer. Et puis, il a dû s'en aller et moi je suis montée me coucher, car la soirée n'avait plus aucun intérêt.

Et merde je crois qu'on dirait vraiment le début des romans d'amour tout bidons là, sauf que comme toute mes histoires, elle s'arrête avant d'avoir vraiment commencé et je suis désolée mais il n'y aura probablement jamais de suite.

—  Royalumos
rouge écarlate.

jamais, dit-elle.
il y a dans ses expressions, son regard, quelque chose. vous ne savez pas le nommer. il y a dans ce mot, une force qui vous bouleverse. elle prend une grande inspiration, vous regarde. elle ne dit rien. il y a dans ses yeux, une vague d'émotions, que vous ne connaissez pas. le vent frôle ses cheveux. ils caressent votre joue. silence, puis un bruit. celui d'une vague, qui se fracasse contre la Terre. dans ce désespoir fuyant, vous fermez les yeux, entendez, écoutez, les hurlements d'une Nature que vous ne connaissez pas. à la fin, vous ouvrez vos yeux, puis vous la voyez. elle est là, toujours là.
elle pleure. devant ces larmes, vous approchez votre main, et essuyez ses larmes. elle ne réagit pas, elle pleure toujours. vous lui demandez pourquoi. elle vous répond qu'elle entend le dérèglement de la Nature, de votre cœur. elle inspire, expire. puis continue, en disant que vous ne pouvez pas entendre votre peine, que vous êtes comme les gens. aveugles. vous ne rétorquez pas, vous entendez, avec grand regret, une vérité dans sa voix qui vous transcende. elle rajoute, après ce silence.

- c'est triste, d'être vous.

cette phrase se termina en même temps qu'une vague. dans vos battements vous sentez, l'écho de la tristesse, grandir en vous. sur votre peau, vous sentez quelque chose, de mouillé. vous approchez votre main.
vous pleurez.
rien en vous ne vous indique pour quelle raison. rien ne sort de votre bouche, aucun son, aucune parole. le vide. elle vous contemple, puis dit.

- vous êtes beau, lorsque votre tristesse touche votre visage.

elle se tait. dans votre état de tristesse, elle embrasse vos lèvres. elles sont jointes, votre cœur frôle la crise, le désastre. vous sentez vos larmes se perdent dans votre baiser. elle retire sa bouche, vous regarde et pleure.

- vos lèvres, ont le goût des éclats de sanglot.

vous ne dites rien, vous êtes bouleversé. vous pleurez, et voyez qu'elle tremble. vous lui demandez si elle a froid. elle répond que non, que c'est le Monde, qui la déchire, que c'est votre main dans la sienne qui érafle son âme.
le vent se lève, le soleil se couche, il devient rouge écarlate. elle le regarde, et crie que le ciel saigne, que c'est l'arrivée de la Nuit qui le tue. elle pleure, ses tremblements sont de plus en plus fréquents. elle ajoute qu'elle doit s'en aller, que la nuit égorge son être, qu'elle est tellement ébranlée par celle-ci, qu'elle meurt à chaque fois. elle se lève, puis s'en va. vous essayez de retenir sa main, dans un dernier effort. sa main vous échappe.
elle n'est plus là.
vous partez.

Finalement, je préférais l'océan aux êtres vivants. Les vagues finissaient toujours par revenir, alors que le propre de l'Homme était de s'en aller sur la pointe des pieds avec des bouts de ceux qu'il a laissé. Pas étonnant qu'on soit si nombreux à se sentir incomplets.