Le-Rouge

Pete: I wrote you a poem.
Mikey: Fucking sap…
Pete: I had some help with it. Wanna hear?
Mikey: O.K…
Pete: *clears throat* Les roses sont rouges, les violettes sont bleues. J'aime dick, et vous aussi.
Mikey: What does it mean?
Pete: I’m not too sure. But, it’s in French so it’s probably romantic.
Patrick: *turns to Gerard* Should we say something?
Gerard: No, this is just getting good…

J’ai vu beaucoup de posts ici ou sur Facebook qui en gros disent que certes, Le Pen, c’est la violence xénophobe et identitaire, mais que Macron, c’est la violence économique et sociale, et que c’est tout aussi dangereux. Et vous savez quoi, je suis complètement d’accord ! Croyez-moi, j’ai eu une histoire assez intime avec la pauvreté et les problèmes sociaux et je sais à quel point l’Etat Providence et les droits salariaux sont importants.

Je suis littéralement ce qu’en France on appelle gentiment un “cassos” (ou “cas social”). J’ai été placée à l’Aide Sociale à l’Enfance en 2006 à quinze ans pour fuir la violence de mon père, et neuf ans plus tard en 2015 quand j’ai dû aller habiter chez ma mère (entre temps divorcée de mon père) brièvement après être revenue d’Angleterre, je me suis retrouvée SDF moins d’un mois plus tard pour fuir la violence de mon beau-père. (L’alcool c’est fun.)

Entre mon placement ASE, mon suivi jeune majeur, et mes six mois en CHRS, j’ai passé six ans et demi dans le système. Quand j’ai repris mes études en septembre 2015, une erreur du CROUS a fait que j’ai dû vivre un an sans bourse à cumuler trois jobs payés des clopinettes car non-déclarés pour pouvoir payer mon loyer et manger un jour sur deux. J’ai la CMU, cette année je suis boursière à échelon 7 (le plus haut échelon), et des tonnes d’autres trucs. C’est plus simple pour moi cette année car je suis en Erasmus en Estonie et que la vie ici est carrément moins chère et le salaire minimum carrément plus bas, et que les 550 euros de ma bourse du CROUS qui me casent sous le seuil de pauvreté en France me rendent hyper riche. 

Mais ça veut pas dire pour autant que j’ai oublié mes galères, et j’ai bien conscience que mon retour dans la France de Macron sera brutale. Tout ça pour dire que la violence sociale et la violence économique, je connais, donc ça sert à rien de me marteler avec cet argument. 

Le problème, quand on réduit le débat à “Le Pen, c’est la violence xénophobe et identitaire, mais que Macron, c’est la violence économique et sociale, et c’est tout aussi dangereux,” c’est qu’on semble dire que Le Pen, certes elle va être une vraie connasse avec les réfugiés syriens, certes elle va être une vraie connasse avec les Français un peu trop basanés pour elle, certes elle va nous isoler du reste du monde, mais au moins on sera pas dans la merde économique. Et c’est juste pas du tout vrai.

Passons sur son protectionnisme économique (dont on sait tous qu’il ne marchera pas, demandez à l’Espagne de Franco d’avant le Plan de Stabilisation Economique de 57), si vous ne pensez pas qu’elle aussi elle va complètement niquer l’Etat Providence et détruire les droits des salariés, vous vous fourrez le doigt dans l’oeil jusqu’au coude. Des élus FN locaux aux quatre coins de la France ont expulsé tantôt le Secours Populaire, tantôt la Croix Rouge, tantôt les Restos du Coeur des locaux qu’ils louaient, ont supprimé la gratuité de la cantine pour les gamins pauvres, ont supprimé les financements d’associations de quartier vitales à l’insertion des habitants dans la société. Le simple fait que Marion Maréchal-Le Pen milite pour que les réfugiés n’aient pas accès à des soins gratuits me dit qu’ils en ont rien à foutre des familles pauvres avec des gamins immuno-déficients qui ne peuvent pas être vaccinés. 

Faut arrêter de dire que  “Le Pen, c’est la violence xénophobe et identitaire, mais que Macron, c’est la violence économique et sociale.” Faut dire “Le Pen comme Macron, c’est la violence économique et sociale, mais au moins y en a un des deux dont le parti n’a pas été fondé par des putains de collabos nazis.”