Garçon

Arianna, 24

“I’m wearing a Comme des Garçons 10AW dress with a vintage slip underneath, a Bao Bao Issey Miyake crossbody bag and Nike Air Force 1. My style is influenced by shapes, texture, and volume worn in a very comfortable and practical way. I tend to like the contrast between the feminine and masculine, dramatics and practicality, natural and synthetic. I’m very drawn to mixed fabrics. I wear mostly Issey Miyake, Undercover and Comme des Garçons, but I also really like Simone Rocha, Molly Goddard and Chika Kisada.”

Sep 6, 2018 ∙ Chelsea

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WS TTP von Herr von Bödefels
Über Flickr:
Wiener Sängerknaben. Vienna boys choir, sometime in the 70s. Switch the aspect ratio of your player to 4:3 for best playback. The conductor was a comedian.

“ On s 'était rencontrés dans un bar en centre ville, il était pas très grand et coloré de teintes bleutées et roses avec une bonne musique en fond. Elle était là, assise sur une chaise penchée sur le comptoir avec sa bière à la cerise dans les mains. Elle portait un gros pull bleu marine avec un jeans et de chaussures avec des semelles épaisses, c'était pas vraiment attirant tu sais, le genre de meuf négligée, avec le maquillage de la vieille sous les yeux, les cheveux en bataille et le visage un peu rond. Et elle était là, seule, en tête à tête avec sa kriek, c'était pas beau à voir, il faisait à peine nuit et elle semblait déjà partie dans un autre monde. ”

Je sortis une cigarette de ma poche quand mon interlocuteur me coupa :

“ Tu fumes toi ? Je croyais que tu ne voulais pas ressembler à tous ces petits rebelles à la con qui se disent niquer la société. ”

Je souris doucement en même temps de glisser l'objet entre mes lèvres, attrapant mon briquet j'allumais le bout.

“ Mais je ne fume pas pour niquer la société capitaliste. Ça va bien plus loin que ça mec, c'est à cause de cette fille d'ailleurs, parce qu'elle était là et moi aussi, deux pauvres cons qui s'étaient retrouvés dans ce bar pour je ne sais même plus quelle raison. Alors j'ai demandé pareil qu'elle et je suis parti m'asseoir un peu plus loin parce que j'avais pas suffisamment de couilles pour aller lui parler. Et je la regardais comme un taré, je me souviens de tous les détails de ce moment là, de ses cheveux coupés courts marrons foncés, de ses petits yeux presque jaunes avec quelques tâches à l'intérieur, sous son œil gauche il était une veine qui avait explosée, je me demande toujours comment au passage, ses ongles noirs abîmés, je te jure en vrai c'était pas beau à voir, le corps dans ce bar et la tête dans les étoiles. J'ai dû la fixer pendant plus d'une heure comme un con, elle était pas vraiment belle, on se serait jamais retournés sur elle en ville, pourtant ce soir elle semblait être la plus belle femme au monde. À un moment elle s'est levée à mise sa veste deux fois trop grande pour elle, tu sais ces vestes de mecs qui craignent un peu, a sorti un paquet de clopes pour se diriger vers la sortie. Et tu sais pas quoi, bah elle s'est arrêtée devant moi en m'en tendant une, comme si c'était normal de proposer à un inconnu d'en griller une. Alors comme un débile j'ai bégayé un espèce de ’ oui ’ qui pu la mort et la fragilité. Quand elle l'a allumée j'ai cru comprendre la chanson de Saez Cigarette. Ouais tu dois sûrement pas connaître mais ça parle d'un homme qui fait tout au long de la musique une métaphore entre la cigarette et la femme au point qu'à la fin on ne différencie plus les deux, c'est elle qui me l'a fait découvrir parce qu'elle s'appelle Marguerite, ou dû moins c'est le prénom qu'elle a bien voulue me donner, parce que d'après ce qu'elle m'a racontée ses parents étaient de grands fans de cet artiste et ils s'était rencontré juste sur la chanson Marguerite. Enfin maintenant que je dis j'ai l'impression qu'elle ne faisait rien par hasard, tout avait un symbole pour elle, comme si elle ne voulait rien laisser au destin, un manière de se prouver à soi-même et au monde entier qu'elle était maîtresse de son existence. Je trouve ça super sexy, ça change des gamines paumées qui se disent libres sous prétexte qu'elles vont en boîtes et qu'elles se font sauter. Bref je crois que je me suis perdu, donc oui ! On était devant ce bar cigarettes dans la bouche et elle a commencé à me demander ce que je foutais là parce que je semblais paumé, et c'était le cas donc je lui ai expliqué que j'avais juste envie de me casser de la coloc un soir, parce qu'il y en avait marre de gâcher sa vie sur un canapé, et là, elle a pris un fou rire parce que mon ambition visiblement c'était donc de gâcher ma vie sur une chaise dans un bar. Elle parlait avec une aisance déstabilisante, comme si elle savait à l'avance ce que j'allais dire et avait appris ses répliques par coeur. Après elle m'a tendue son briquet et la je te jure j'ai cru que j'allais kaner mec, le goût était dégueulasse, ça brûlait la gorge, ça puait pourtant j'ai continué. Elle continuait de sourire parce qu'elle avait comprise que c'était la première fois que j'essayais cette merde, surtout qu'pour ne pas arranger mon cas j'ai sorti un ’ pourquoi tu fumes c'est même pas agréable ? ’, alors elle a poussé une chaise pour s'asseoir à tiré un grand coup avant de me répondre ’ parce que je sais l'apprécier, je sens la fumée descendre dans les poumons, remontrer dans ma bouche pour caresser mes lèvres et puis tu sais, on masque l'odeur des regrets avec qu'on a,  on rempli le vide avec ce qu'on a. La vie est triste mais c'est ce qui en fait sa beauté, fumer s'est prouver à la mort que t'as pas peur d'elle, que tu l'as défie même ! Et puis même, tu sais s'est agréable d'avoir quelque chose près de soi, si j'avais choisir entre une dernière femme et une dernière cigarette, je choisirais la cigarette : on la jette plus facilement. Disait Gainsbourg, alors moi j'ai décidé de choisir la manière de souffrir. ’ et voilà comment je me retrouve maintenant avec les poumons noirs, à cause d'une nana qui avait les mots pour faire chavirer les bateaux. Puis on a continué toute la nuit, enchaînant paroles, alcools, clopes et même quelques drogues… à la fin on est monté chez moi parce qu'elle était morte de froid avant qu'elle ne tombe de fatigue dans mon lit et me dépose un léger baiser et tu sais ce que c'est le pire ? Cette meuf a même pas vingt ans et elle a changé ma vie. ”

j'avais fini ma cigarette et je regardais maintenant les étoiles jouer avec la lune.

“ elle où désormais ? ”

me demanda-t-il.

“ j'en sais rien, le matin quand je me suis réveillée elle était plus là, le seul souvenir qu'elle m'a laissé c'est son paquet de cigarette et un numéro de téléphone avec écrit ’ appel moi quand tu auras envie de te foutre en l'air’, en attendant je pense qu'elle est occupée à bouleverser d'autres existences. Mais j’ai qu’une envie, c’est de mourir entre ses lèvres. ‘’

"Pourquoi tu marches comme un garçon ?"

Je sortais de la fac, j'allais m'acheter à manger et je marchais vite car j'étais pressée. Je devais rejoindre des amies pour préparer un exposé. Et là, je passe devant ce gars et il me dit alors que je le dépasse : “pourquoi tu marches comme un garçon ?”
Je n'ai pas relevé. J'ai continué de marcher. Mais j'étais mal, tu vois. Genre super mal. Ma féminité, c'est un truc complexe et tabou chez moi. Et là, t'as un gars sorti de nulle part, à qui je n'ai rien demandé, qui m'affiche son opinion inutile à la figure.
Déjà, petit aparté pour rappeler que le harcèlement de rue, ce n'est pas que des mecs qui vous sifflent ou qui veulent votre 06. C'est aussi ces cons qui vous font des remarques sur votre physique comme si on était supposée exister pour faire plaisir à ces monsieurs. Alors que non. Désolé, mon gars. Je n'existe pas pour toi.
Voilà, parenthèse fermée. Mais sinon, là où je veux en venir, c'est que ça fait maintenant plusieurs années que je bataille avec ce concept de féminité. C'est pas “inné” chez moi comme certains voudraient nous le faire croire. Je ne suis pas née femme, j'apprends à être ce que la société veut que je sois. Et j'ai toujours cette impression de me travestir quand je mets une jupe ou du rouge à lèvres. Alors oui, je marche comme un mec. Car je ne pense pas être foncièrement une femme. Je n'ai pas de pénis entre les jambes mais cela ne change rien à comment je me sens à l'intérieur.
J'ai souvent dit être gender-fluid ou bigendre car je change souvent d'avis. Mais je pense être plus non-binary, c'est à dire que je reconnais ni le genre féminin ni masculin. L'humain n'a rien de naturel. Tout ce qu'il a, il l'a socialement construit. C'est le cas de la théorie du genre. On a élaboré pendant des siècles sur ce qu'une femme doit être et ce qu'un homme doit être. Mais ce n'est pas LA vérité.
J'ai le corps d'une femme et je ne le renie pas mais je ne souhaite pas enfanter ni me marier, je n'aime pas spécialement les robes ni le maquillage, je marche d'une façon masculine mais je me comporte également de manière masculine, je suis ambitieuse et je veux une bonne carrière, je souhaite avoir du pouvoir. Alors, cela peut paraître réducteur hein tout ça mais il en reste que certains pourraient dire que justement tout ce que je viens de nommer, ça fait très masculin. Et c'est fort possible. Même si je ne reconnais pas cela comme étant des traits propres aux hommes.
Alors à ce cher monsieur qui ne me connaît pas et qui a réussi à m'ébranler : je marche comme un mec car je n'ai pas besoin de ces stéréotypes hommes/femmes pour exister et vivre ma vie comme je l'entends. Je marche comme ça car j'ai toujours marché comme ça et que je ne vais pas changer pour plaire à des hommes qui à mon avis ne méritent pas une seconde de mon attention. Je marche comme ça car je suis moi, tout simplement, et cela me convient.
À bon entendeur.

  • - Pourquoi tu me dis pas c'que tu ressens ? Tu ressens rien, c'est ça ?
  • - Mais pas du tout.. J'suis juste un peu perdue. Un peu paumée. J'ai du mal à me dévoiler comme ça. J'ai du mal à expliquer ce que je ressens. Mais j'suis bien avec toi. J'suis vraiment heureuse. Tu rend ma vie plus belle. J'passe des moments merveilleux avec toi. Je te l'aurais peut-être pas dit avant. Parce que j'aime pas parler de ça. Parce que ça me fait flipper de parler de ça. Mais je m'attache à toi. C'est sûr. Certaine même. T'es un garçon merveilleux. J'sais pas si je tombe amoureuse. Pas encore je pense. Mais j'sens que ça arrive. J'sens que ça vient. Alors oui, j'ai peur. Peur de m'attacher, peur de tomber amoureuse pour finalement être déçu. Mais j'ai envie de tenter. Parce que t'en vaut la peine.