Ailleurs-Ici

J'me sens si seule, vous pourriez me mettre au beau milieu d'une foule, j'ressentirais toujours cette sensation de trop, j'suis pas à ma place ni ici ni ailleurs, y'a cette impression constante qui m'fait sentir comme si je gênais le monde entier, puis les voix qui hurlent sans cesse “t'es pas assez bien ni pour lui ni pour eux”, “tu trouveras jamais ta place”, “tu seras toujours au milieu, entre deux chaises, deux mondes, t'auras pas de juste milieu, tu sauras jamais c'que tu veux”.

J'aime 
ce qu'il y a de peu conforme en toi
ce qu'il y a d'exilé
de profond et de différent
j'aime que tu regardes ailleurs
Ici du côté des petites choses
aux émotions immenses
Un geste un regard un mot de toi
me rassemblent
me traversent
me caressent
et m'éblouissent
j'aime que tu te ressembles
chaque jour tant et plus
—  jacques dor
Humour et lâcheté

Hier, j’écoutais d’un oreille distraite l’émission D’ici D’ailleurs sur France Inter en faisant le repas du soir. À un moment, l’invitée de l’émission a parlé de “l’humour” utilisé par les médias mainstream et autres vedettes à la mode à l’encontre des immigrés. Et là, elle a dit un truc auquel j’avais jamais vraiment pensé mais que j’ai trouvé très juste. Elle a qualifié ce genre d’humour de lâche, parce que si on pouvait rire des migrants devant autant de monde, eux ne pouvaient pas rire de nous, car ils n’étaient pas aussi écoutés. Pas aussi médiatisés. Leur parole avait beaucoup moins de poids.

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Je l'ai regardée toute l'après-midi. Elle faisait des allers-retours sur le Pont Mirabeau, le regard hagard. Par élans, elle se dressait à nouveau face à sa toile blanche, un pinceau à la main.
Elle cherchait quoi peindre, elle cherchait les couleurs de sa douleur, elle paraissait anxieuse, chuchotait frénétiquement des paroles inaudibles. Elle cherchait, la couleur des nénuphars, les couleurs du cancer, pour déverser son âme de cette absence maladive.
La toile demeurait vide.
Les passants s'arrêtaient parfois pour observer eux aussi la gamine barge, aucun de nous n'osait rien dire, personne ne savait que faire et comment l'approcher, on ne savait de quel pied entrer dans son monde, nous étions ébahi face à tant de métaphysique. Elle exerçait autour d'elle une pression qui nous l'interdisait. Elle était ailleurs, loin d'ici, dans une autre réalité. Peut être dans aucune. Elle semblait marcher tiraillée entre le vide et le néant. Insaisissable, nous étions condamnés à être les spectateurs de sa vie. Elle se mourrait à petit feu sur la scène de son existence, et nous ne savions pas comment interrompre cette tragédie et allumer enfin les lumières de la salle comme pour signaler la fin d'une malheureuse pièce de théâtre.
Elle a glissé une clope entre ses lèvres et a demandé du feu à un jeune garçon planté bêtement devant elle.
“ Qu'il se rende au moins utile ce crétin. ”
Il lui a tendu un briquet en lui glissant quelques mots d'une voix qui semblait douce et calme, comme les dernières notes d'une symphonie qui s'éloigne.
Elle s'est stoppée nette. En suspens sur deux bribes de phrases.
Les flots de la Seine coulaient paisiblement sous le pont d'Apollinaire. C'était une belle et sereine journée, à en chanter des balades romantiques. C'était une belle journée, avec un ciel bleu mélancolique. Son regard était l'océan avant la tempête, il retenait les dramatiques.
Un long silence et un ange passe. - le sien ?
Et d'un seul coup. Une voix qui retentit. Une voix qui déchire la mascarade infernale de Paris. Sa voix. “ Mort ! ” Un souffle entrecoupé. “ Il est mort. Mort ! Crevé ! Fini ! Regarde ! ” Elle braque son téléphone sur le misérable garçon, un message défile. Elle porte ses mains tremblantes à sa bouche puis se décide à donner des coups de pied sur sa toile qui tombe, sur sa vie qui s'effondre.
Ce jour là, elle est restée des minutes entière recroquevillée sur elle-même, sa tête percutée contre le sol.
Elle a pleuré son décès jusque minuit.
Quelques heures plus tard, il a plu. Ce jour là, Paris aussi a versé des larmes pour la mort de leur amour.
—  25 décembre 2015, 15:03.
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Un genre de parenthèse dans le temps, de suspension, un ailleurs ici même, un toujours dans le jamais. La beauté dans ce monde.

Erik Satie (1866-1925), Gnossienne n° 1 (1890).  

26/11/2016 3
Avec pixels
Ça y est
J'ai trouvé
Je vais me confondre

Et bien avec les autres
Ah tu as compris
Malgré tes dents
Et tes griffes
Sage décision
Ainsi dit fleur
Je repousserai
Ici où ailleurs
Fin de l'histoire
Sylvie López 🗻

Aucun de nous n'osait rien dire, personne ne savait que faire et comment l'approcher, on ne savait de quel pied entrer dans son monde, nous étions ébahi face à tant de métaphysique. Elle exerçait autour d'elle une pression qui nous l'interdisait. Elle était ailleurs, loin d'ici, dans une autre réalité. Peut être dans aucune. Elle semblait marcher tiraillée entre le vide et le néant. Insaisissable, nous étions condamnés à être les spectateurs de sa vie. Elle se mourrait à petit feu sur la scène de son existence, et nous ne savions pas comment interrompre cette tragédie et allumer enfin les lumières de la salle comme pour signaler la fin d'une malheureuse pièce de théâtre.
—  01:15.