Ailleurs-Ici

Certaines encres, quand vous cherchez à les effacer, c'est pire que tout : ça se répand, toute la page est gâchée. J'ai toujours pensé qu'on n'effaçait pas ce qui était inscrit en profondeur. Ça reste: que tu sois ici ou ailleurs.
— 

Janine Boissard

Si vous lisez cette lettre, c'est sûrement parce que vous cherchez des réponses à vos questions. Ou alors, vous êtes tout simplement curieux. Même si c'est maladroit, je ne peux plus rien vous empêcher de faire maintenant alors tant pis, ce n'est pas grave : ça arrive à tout le monde. 
Pourquoi j'ai fait ce que j'ai fait. C'est une question très simple avec une réponse très simple; tellement évidente que vous ne la trouvez pas. Je vais vous la dire, comme ça vous n'aurez pas à attendre durant votre lecture : le temps passe vite mais la vie est trop longue.
Je sais ce que vous vous dites : c'est stupide, je ne comprends pas. Et pourtant, c'est une phrase qui requiert toute l'attention du monde. Le temps, passant, fait affreusement mal : le passé est derrière nous, on ne peut rien y changer, réparer les erreurs qui ont tout brisé; le futur se rapproche à une allure affolante et nous en avons peur. Alors nous vivons dans nos souvenirs et nos regrets tout au long de notre vie.
Je ne voulais pas continuer. J'ai failli écrire “ne me demandez pas pourquoi”, question d'habitude. Aujourd'hui, ou hier, ou peu importe; au moment où vous lisez cette lettre, j'ai décidé d'expliquer pourquoi et de répondre au maximum à ces questions qui vous hantent. 
Ça faisait déjà un bon bout de temps que j'étais triste, et malgré mes sourires sincères, les meilleurs instants passés avec des personnes fabuleuses; ça n'a pas suffit pour que je reste. Je sais que ça aurait dû se reproduire de nombreuses fois, l'amitié, l'amour, je sais que de nombreuses relations auraient dû se tisser avec le temps. Le problème, c'est que le temps, ça faisait déjà un moment qu'il passait et que rien ne se produisait. Je sais que j'aurais dû rester, mais je n'en voyais pas l'intérêt. 
Pour tout vous dire : ça y est. J'ai réalisé mon rêve, et c'était la seule chose dans ce monde qui m'importait, qui me tenait debout. J'ai profité de ces moments de gloire que la publicité et les compliments m'apportaient. Ça m'a même fait du bien. Et puis… vous savez ce que je vais écrire. Le temps est passé… à croire que c'est la faute du temps, à chaque fois. 
Je ne sais pas si vous avez déjà ressenti cette tristesse extrême, qui vous colle à la peau comme une terrible maladie. Si vous ne voyez pas de quoi je parle, j'aimerais vous donner d'autres détails. 
Elle est là quand vous êtes “heureux”, que vous passez un agréable moment. Son meilleur allié ? La nostalgie. Elle est là, vous tient la main pour vous enfoncer dans cette pénombre, cette obscurité renversante. Elle ne vous quitte jamais. 
Elle ne m'a jamais quitté. J'étais souvent seule au collège, au lycée, je crois que je souffrais, et personne ne le voyait. Peut-être que je souffrais parce que personne ne le voyait, justement. Mais elle, elle était là : cette tristesse, qui m'aidait à écrire dans les pires moments, qui m'aidait à pleurer toute la douleur accumulée. Je reviens à moi… c'est un peu le sujet de cette lettre.
J'en veux aux autres, aux connaissances, à mes proches de n'avoir rien vu venir. Peut-être étais-je bonne comédienne. Mais à chaque fois que je voyais une voiture arriver à folle allure, je rêvais de me jeter sur la route; à chaque fois qu'un avion volait bas, je rêvais qu'il s'écrase sur moi. J'ai longtemps espéré un malheur qui aurait pu survenir. Que je sois malade, que ce soit incurable; c'est étrange. J'aurais été heureuse de disparaître de cette façon-là. Les gens ne diraient pas : “ elle est morte parce qu'elle s'est suicidée, c'était une pauvre folle, une cinglée ” mais ils auraient dit “c'était quelqu'un de bien… c'était quelqu'un”. 
Il m'auraient vu différemment, et jusque dans la mort ça comptait pour moi. 
J'ai arrêté d'espérer un accident ou une maladie. J'ai arrêté de regarder sur internet. Parce que le temps passait, et je n'avais plus le temps. 
Au début, je ne voulais pas me suicider. Je dis “me suicider”, parce que c'est important de le savoir. Je voulais mourir mais pas suicider. Oui, même si vous ne le voyez pas forcément cette phrase a un véritable sens. Je voulais disparaître, mais j'entendais dans certaines conversations que le suicide était pour les lâches; et j'avais peur surtout. Alors je me faisais souffrir, pour me préparer à partir ou pour me sentir vivante. J'avais des entailles peu profondes mais la douleur était là, sur mes jambes, mon ventre, mes bras. Le sang ne dégoulinait même pas, peut-être que je me punissais parce que j'avais essayé de vivre pour une fois, de faire ce que j'aimais. Parfois je ne mangeais plus, par dégoût ou par volonté étrange, je voulais me sentir frêle et maigre. C'était une forme de maladie et il me semblait que je voulais mourir de ça. 
J'ai sûrement fait d'autres choses qui ont fait souffrir mon corps ou mon organisme, mais je ne m'en souviens pas. Les entailles et la nourriture étaient les principales actions destructives que je m'autorisais, sans compter les médicaments que j'enfilais pour me sentir décrochée. 
Un jour on m'a dit qu'il fallait vivre un peu égoïstement. Après avoir passé tant d'années à essayer de m'intégrer, d'être généreuse, j'ai décidé de mourir égoïstement. Je sais que j'inflige de la tristesse à mes proches (je parle de ma famille, les autres oublieront), je sais que “j'offre” des années de remords, un passé qui empêche le futur. Mais ce n'est pas de votre faute. Au contraire, vous m'avez toujours encouragé dans mes projets, vous étiez les seuls sur terre à me faire sentir importante. En dehors de la maison, j'étais un fantôme errant les ruelles, une âme vide dans un corps livide. Ce n'est pas de votre faute, vous ne pouviez pas savoir; avec vous, ça allait à peu près. 
Je n'arrête pas de me dire que j'aurais dû mourir, il y a quelques années, quand j'ai essayé de me suicidé. J'aurais dû mourir parce que j'ai déclenché une avalanche de questions, une tempête sans nom. Pendant un bon moment, Maman, tu n'as pas voulu me laisser seule à la maison. Tu as vidé tout le stock des médicaments. Tu as jeté tous les rasoirs. Et jusqu'à ce que tu me vois morte l'autre jour, tu as dû penser que si j'avais arrêté mes conneries, c'est que ça allait forcément mieux.
Mais je n'ai jamais arrêté.
Pendant des mois je ne faisais rien, et du jour au lendemain je retrouvais mon rasoir. Ce n'est pas de votre faute. C'est moi. Le passé me fait affreusement mal, je revois les bleus sur ma peau. Je revois son regard plongé dans le mien et je crois que je ne guérirais pas de cet amour, je crois que je n'aimerais plus jamais une autre personne. Voilà pourquoi je fais sûrement souffrir tout ce qui bouge…
Quant au futur, je ne le désire pas. Avoir des gosses, un mari que je n'aime pas, une grande maison avec un jardin alors que je voulais une petite cabane au fond du bois, ça ne m'intéresse pas. Je veux m'arrêter ici. Tant que je n'ai pas encore passé le baccalauréat, tant que l'hiver est là. Tu voulais changer de vie, Maman ? C'est le bon moment. Partez. Vendez la maison, laissez les souvenirs ici, allez ailleurs. Si ça peut te consoler, Maman, je suis bien mieux maintenant. Je me repose de tout ce que les autres m'ont infligé. Je me repose de ces pensées qui me tourmentaient. Tout va mieux, je te le promets. Je suis enfin libre. Je vous aimes.

A tous ceux qui se sont rendu sur mon blog comme on se rend sur une tombe, à tous ceux qui me suivent depuis un moment et ceux qui viennent de débarquer par centaines:

SALUT!  

Merci pour tes messages, tes compliments, tes insultes, tes questions. (j’ai pas encore tout lu)

Quand j’ai pris la route, j’aurais jamais pensé que c’était dans ma tête que j’allais faire le plus de chemin. 

J’ai regardé le ciel, j’ai couru, je me suis enlisé, j’ai pris le train, je me suis blessé, j’ai ris, je me suis dégoutté, j’ai rencontré des terriens, je me suis perdu, j’ai rencontré des terriennes, j’ai goûté, des gens formidables, des salauds, j’ai lu, j’ai lu, j’ai lu, des sales-hopes, j’ai rêvé, j’ai pas pu, j’ai regretté, j’ai pas vu, j’ai joué, j’ai bu, j’ai bu, j’ai bu.

Faut pas que tu m’en veuilles trop fort pour toute cette absence d’accord? Le temps n’existe pas tu te rappelles? J’en pouvais plus des pixels, je voulais des rayons de Soleil. J’ai pensé à toi entre deux astres. Je me suis demandé ce que tu faisais de tout ces jours sombres et de toutes ces nuits blanches.

A Saint-Étienne pour la semaine, je quitte le pays d’ici peu. Je ne sais pas ce qui va se passer mais ne t’inquiètes pas, ici ou ailleurs, tout a déjà eu lieu.

J'me sens si seule, vous pourriez me mettre au beau milieu d'une foule, j'ressentirais toujours cette sensation de trop, j'suis pas à ma place ni ici ni ailleurs, y'a cette impression constante qui m'fait sentir comme si je gênais le monde entier, puis les voix qui hurlent sans cesse “t'es pas assez bien ni pour lui ni pour eux”, “tu trouveras jamais ta place”, “tu seras toujours au milieu, entre deux chaises, deux mondes, t'auras pas de juste milieu, tu sauras jamais c'que tu veux”.

Comment accéder aux chapitres

Si vous avez suivi les derniers événements sur ma page, vous savez que suite à une plainte pour non-respect des droits d'auteur, mes posts contenant les liens des chapitres ont été supprimés. Comme c'est la deuxième fois que ça m'arrive, la prochaine plainte signera la fermeture définitive de mon compte. Bien entendu, je ne veux pas que ça arrive!

Aussi, j'ai choisi de créer une autre page complètement privée qui ne servira qu'à partager les liens des chapitres. Cependant, je vais garder le compte eilanetranslation, qui me servira pour répondre à vos questions, partager les actualités autour de Killing Stalking ou des miennes, ainsi qu'à vous annoncer la sortie de mes traductions (sans les liens, bien sûr).

Par souci de confidentialité, je ne donnerai pas le lien direct de cette page privée ni ici, ni ailleurs. Il vous est d'ailleurs interdit de le partager si vous l'avez.

Pour rejoindre la page privée, voilà comment faire :

- Envoyer un message privé à eilanetranslation, via la page “Posez vos questions” (ici). Les demandes par messages directs seront ignorées, sinon ça deviendra ingérable pour moi.

- Votre message ne doit pas être anonyme. Vous avez donc l'obligation d'avoir un compte sur tumblr.

- Dans votre message, vous avez le droit de me demander l'accès à la page privée poliment (ce sera même apprécié).

- Dans votre message, vous devez me donner l'adresse mail rattachée à votre compte tumblr. Sans cette information, je ne pourrai pas vous ajouter à la page privée. (edit : en fait, c’est pas nécessaire, pourtant ça marchait pas sans quand j’ai testé…)

- Une fois que j'aurai reçu votre message, je vous ajouterai sur la page privée. Vous recevrez alors un message dans votre boîte mail, qui vous donnera un lien sur lequel cliquer : “Join”.

Et ça y est, vous aurez rejoint! Deux infos supplémentaires :

- Il y a des règles à respecter sur cette page. Si vous ne le faîtes pas, je me réserve le droit de vous virer. Donc prenez connaissance de ces règles dès que possible.

- Je ne sais pas combien d'entre vous prendront la peine de m'envoyer un message pour rejoindre la page privée, mais je suppose que vous serez quand même assez nombreux. Ainsi, je peux prendre du temps pour vous y accorder l'accès, alors soyez patients.

Voilà! On continue ici comme avant, et on se retrouve là-bas pour les liens des chapitres :)

Amour de ma vie, toi qui embellis mes jours,
Toi qui fais ma joie, tu es ma raison de vivre ;
Aujourd'hui et demain, je veux t'aimer toujours,
Où tu souhaites aller… je suis prêt à te suivre.

Je t'offre mes nuits, et je t'offre mon amour,
Mes plus douces caresses, mes plus doux câlins :
Aujourd'hui et demain, je veux t'aimer toujours,
Ici ou ailleurs, ou en de pays lointains.

Viens, approche-toi, viens que je te dise encore
Combien tu m'es précieuse et combien je t'adore ;
Pour le meilleur et le pire, je t'aimerai chaque jour.

Tu es ce beau soleil qui illumine mon âme
Et moi de tes rayons je brûle comme une flamme ;
Oui, ici ou en de pays lointains, je t'aimerai toujours.

Maxalexis
…🖤…

Poligny : appel à une journée d’action contre Center Parcs – samedi 17 juin

Si la multinationale Pierre & Vacances ne s’est toujours pas prononcée définitivement sur l’implantation de son infrastructure, l’Etat, la Région, le Département coordonnent la mise en œuvre du projet de Center Parcs et lui déroulent le tapis rouge. Depuis des mois, tout se passe en coulisses et il est temps de réaffirmer notre opposition à ce projet destructeur.

Rappelons qu’il s’agit pour Pierre et Vacances de raser une partie des 100 hectares de forêt publique qu’il veut s’approprier pour y bétonner des parkings et y construire l’équivalent d’une ville de 2000 habitants composée de bungalows et bâtiments que le capitalisme industriel a pensé pour nous, que l’on soit salariés en vacances, travailleurs et travailleuses précaires à son service ou habitant-e-s des zones convoitées. Alors privatisée, cette forêt serait réduite à une bulle géante avec piscine chauffée à 29°C toute l’année et espèces végétales tropicales. Le tout financé avec l’argent public que les élus et les collectivités territoriales sont en l’occurrence prêts à accorder à cette multinationale dont les dividendes reposent sur l’exploitation des hommes, des femmes  et de la Nature : conditions de travail déplorables, temps partiel subi, horaires flexibles, salaires de misère, privatisation et destruction de la forêt … Bref, que ce soit d’un point de vue écologique, social ou démocratique, ce projet est une aberration complète, et il nous empêcherait tout simplement d’accéder et de déambuler dans la forêt jurassienne.

À Roybon en Isère où un projet de Center Parcs est actuellement stoppé par une ZAD et des recours en justice. Au Rousset en Saône-et-Loire, où la menace plane comme à Poligny dans le Jura, les rêves des bétonneurs sont nos cauchemars. Nous ne voulons, ni ici, ni ailleurs, la mise en concurrence des territoires et des êtres humains.

C’est pourquoi nous appelons toutes celles et ceux qui ne se résignent pas à confier aux promoteurs de la misère, aux managers de territoires et à leurs bulldozers le soin d’aménager et « gérer » nos forêts, notre travail, nos vies,à manifester le samedi 17 juin prochain à 10 h place des Déportés à Poligny.

Envisagée dans un esprit festif et populaire, la manifestation doit permettre à chacun et chacune d’exprimer son opposition à la Bulle Center Parcs, et pourquoi pas de façon poétique et imagée.

Le repas de midi sera tiré du sac.

L’après-midi se poursuivra au cœur de la forêt de Tartaroz par des activités et animations pour petits et grands (balades à pied, en âne, jeux, photos …) et des stands…

-> Deux tables rondes se tiendront entre 16h et 18h : Center Parcs: « Travaille, consomme, tais-toi et nage ! » // « La nature époustouflante selon Pierre et Vacances »

-> La journée se terminera par un repas à prix libre puis en musique avec plusieurs groupes dont « René Binamé«

N’hésitez pas à nous aider à diffuser cette information autour de vous ! Soyons nombreuses et nombreux pour faire face à la voracité de Pierre & Vacances !

Hier, on regardait Le Prénom (qui est bien) et à un moment, Patrick Bruel (qui est plutôt bon acteur d'ailleurs), dit “Ici habite une famille d'intellectuels de gauche abonnés à Télérama mais qui n'ont pas la télé !” alors j'ai lancé un regard narquois à mon père parce que cette phrase c'est juste… nous tu vois… c'est un résumé parfait (même pour Télérama) et il a murmuré “oui, mais nous on a la télé”.

flickr

Night ride home por Jenna Post

Proud.

Ce texte a été rédigé et publié sur la page Facebook de Lesbeton à l’occasion de la Marche des fiertés parisienne.

Mes chères licornes,

Voilà un an que vous partagez avec moi vos histoires, vos témoignages, et que vous m’envoyez beaucoup d’amour et je vous en remercie. Maintenant, c’est à mon tour de partager un peu de moi avec vous.

Aujourd’hui, je vais à la Marche des fiertés de Paris. Pour certain-e-s d’entre vous, c’est peut-être bien banal. Et pourtant, ça n’a pas toujours été aussi évident pour moi. Pendant longtemps, et surtout quand j’étais plus jeune, je n’ai pas défilé. Je ne comprenais pas, je ne me sentais pas ou peu concernée, et je me disais : « Je suis juste lesbienne, je n’ai rien fait d’extraordinaire, de quoi devrais-je être fière ? » Pour l’adolescente que j’étais, ce n’était que des chars, du bruit, des banderoles et des drapeaux arc-en-ciel qui s’agitaient et dont je ne saisissais pas le sens.

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In memoriam

by Claude Vergoz 


Pierre, 56 ans, est mort le 4 août 2016, vingt jours après son épouse Françoise, 55 ans, et leur fils Elouan, 12 ans, son dernier fils, morts le 14 juillet 2016 à Nice. Pierre était psychologue et  psychanalyste, c’était un immense travailleur, c’était un homme d’éthique. Mes pensées vont vers sa fille, qui reste dans un état grave, vers Florian, qui semble aller bien mieux, et vers leur trois autres enfants,et tout particulièrement Loïc, tous présents ce jour-là.  Je veux juste, pour eux, pour les autres, tous les autres, ici, là, ailleurs, redire ce passage du discours Nobel d’Albert CAMUS, en 1957:

“Pendant plus de vingt ans d’une histoire démentielle, perdu sans secours, comme tous les hommes de mon âge, dans les convulsions du temps, j’ai été soutenu ainsi : par le sentiment obscur qu’écrire était aujourd’hui un honneur, parce que cet acte obligeait, et obligeait à ne pas écrire seulement. Il m’obligeait particulièrement à porter, tel que j’étais et selon mes forces, avec tous ceux qui vivaient la même histoire, le malheur et l’espérance que nous partagions. Ces hommes, nés au début de la première guerre mondiale, qui ont eu vingt ans au moment où s’installaient à la fois le pouvoir hitlérien et les premiers procès révolutionnaires, qui furent confrontés ensuite, pour parfaire leur éducation, à la guerre d’Espagne, à la deuxième guerre mondiale, à l’univers concentrationnaire, à l’Europe de la torture et des prisons, doivent aujourd’hui élever leurs fils et leurs œuvres dans un monde menacé de destruction nucléaire. Personne, je suppose, ne peut leur demander d’être optimistes. Et je suis même d’avis que nous devons comprendre, sans cesser de lutter contre eux, l’erreur de ceux qui, par une surenchère de désespoir, ont revendiqué le droit au déshonneur, et se sont rués dans les nihilismes de l’époque. Mais il reste que la plupart d’entre nous, dans mon pays et en Europe, ont refusé ce nihilisme et se sont mis à la recherche d’une légitimité. Il leur a fallu se forger un art de vivre par temps de catastrophe, pour naître une seconde fois, et lutter ensuite, à visage découvert, contre l’instinct de mort à l’œuvre dans notre histoire.”

(In english)

Pierre, 56 years old, died on august 2016, 4th, twenty days after his wife Françoise, 55 years old and their son Elouan, 12years old who died on july 2016, 14th, in NICEPierre was psychologist and psychoanalyst, he was a great worker, and a man of ethic. I thing to their daugther, really seriously wounded, to their son, Florian, who seems now better, and to the three others children, specially Loïc: the whole family was looking at the firework. I just want, for them, for the others, all the others, here and there, remember these words of Albert CAMUS in his 1957 Nobel’s speech: 

“ For more than twenty years of an insane history, hopelessly lost like all the men of my generation in the convulsions of time, I have been supported by one thing: by the hidden feeling that to write today was an honour because this activity was a commitment – and a commitment not only to write. Specifically, in view of my powers and my state of being, it was a commitment to bear, together with all those who were living through the same history, the misery and the hope we shared. These men, who were born at the beginning of the First World War, who were twenty when Hitler came to power and the first revolutionary trials were beginning, who were then confronted as a completion of their education with the Spanish Civil War, the Second World War, the world of concentration camps, a Europe of torture and prisons – these men must today rear their sons and create their works in a world threatened by nuclear destruction. Nobody, I think, can ask them to be optimists. And I even think that we should understand – without ceasing to fight it – the error of those who in an excess of despair have asserted their right to dishonour and have rushed into the nihilism of the era. But the fact remains that most of us, in my country and in Europe, have refused this nihilism and have engaged upon a quest for legitimacy. They have had to forge for themselves an art of living in times of catastrophe in order to be born a second time and to fight openly against the instinct of death at work in our history.”