Ailleurs-Ici

Oui je m'en fous de déménager de quitter tous ces gens. À vrai dire je suis même contente. Ouais, j'ai pas de vie sociale, je sors jamais. Ouais, je suis pas jolie. Oui, la musique que j'écoute c'est de la merde. Ouais, je suis pas drôle, je suis coincée, je suis trop gentille. Ouais, Je suis trop ci pas assez ça. Mais bordel lâchez moi, je me sens déjà assez mal, j'ai pas besoin qu'on me rappelle mes défauts à longueur de journée. J'ai pas besoin qu'on me rappelle que j'ai pas réussi à trouver ma place ni ici, ni ailleurs. Je crois que je suis pas faite pour cette vie là. C'est vrai j'ai la santé mais c'est tout ce que j'ai. J'en ai marre, je vais craquer. Enfaite, je crois que j'ai déjà craqué

J'me sens si seule, vous pourriez me mettre au beau milieu d'une foule, j'ressentirais toujours cette sensation de trop, j'suis pas à ma place ni ici ni ailleurs, y'a cette impression constante qui m'fait sentir comme si je gênais le monde entier, puis les voix qui hurlent sans cesse “t'es pas assez bien ni pour lui ni pour eux”, “tu trouveras jamais ta place”, “tu seras toujours au milieu, entre deux chaises, deux mondes, t'auras pas de juste milieu, tu sauras jamais c'que tu veux”.

À Huina, aux premier signes de vieillesse, les personnes âgées sont rééduquées, comme devenues impropres à sentir le Présent.
Si on les laissait aller, sans méthode, elles seraient avant peu totalement irrééducables.
Elles essaient bien, comme on le pense, par orgueil, de faire l’école buissonnière. Tant pis pour elles. Et même si quelque vieux exhibe un diplôme de rééduqué, obtenu par pitié ou par influence, cette protection ne le couvrira pas impunément. Qu’il vienne à donner, par inadvertance, des preuves de vieillesse, en exprimant l’opinion qu’on lui manque d’égards ou que les jeunes sont plus futiles que de son temps, il sera promptement conduit aux chambres d’oubli. La dernière discussion est close.
Beaucoup, devant cette menace, deviennent très prudents et, tenant encore plus à la vie qu’aux égards, consentent à tout, repassent jusqu’à trois fois les « examens de sensibilité ». Quand ceux-là sont recalés, c’est pour leur zèle, pour l’excès de volonté, dont ils témoignent là malhabilement (cette volonté osseuse des vieux, sorte de dureté).
Et le résultat, quand il est favorable ? Eh bien, cela fait des vieux, ma foi, fort aimables, à l’occasion secourables, se surveillant peut-être un peu trop.
—  Henri Michaux, “Ici, Poddema”, in Ailleurs, Gallimard, 1967
J'avais vingt ans et je faisais
Déjà la guerre pour nos maîtres
Ils avaient besoin de jeunesse
Je fus naïf au point de ne pas me défendre
Je recevais les coups sans songer à les rendre
J'étais fait comme tous de matière sensible
Les flammes me semblaient avoir l'azur pour cible.
—  Paul Eluard, ‘Ailleurs ici partout’, Poésie ininterrompue

trashlord-watson  asked:

Comment ? On me dit dans l'oreillette que tu ne connais pas Garnier et Sentou ??? Comment se fait-ce ???

Comment se fait-ce Comment se fait-ce ? bah je connais pas, je suis jamais passé dessus, et personne me les a jamais montré XD. Mais @a-random-fandom-girl vient aussi de m’envoyer un message énorme sur ou les trouver et par ou commencer. donc dès que le semestre se termine, je m’y mets (d’ailleurs d’ici là je vais le garder pour ne pas oublier, donc je ne vais pas te répondre, Clem. désolé ^^*).

Et ce sera grâce à vous deux. donc je reviendrais vers vous pour vous bénir ou vous maudire en fonction.

A une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité?

Ailleurs, bien loin d’ici! trop tard! jamais peut-être!
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !                                                                    Charles Baudelaire

mais moi si je pars, c'est pour ne jamais revenir. oui c'est vrai ça fait du bien de retrouver ses habitudes et son confort… mais qu'est-ce qu'une routine lorsqu'elle est accompagnée de la nostalgie du voyage et des rencontres ? lorsque les souvenirs sont là, qu'est-ce qui fait le plus mal ? savoir que c'est fini, ou qu'on n'y retournera pas ? ou les deux ? 
il était peut-être temps d'avoir de nouvelles habitudes… ailleurs, sauf ici. un jour (ou un soir), je partirai, à l'abri du regard des autres. ils ne verront rien, ils ne me remarqueront pas; j'aurais déjà pris le large, j'aurais déjà tourné la page.
—  lespiquresaines

In memoriam

by Claude Vergoz 


Pierre, 56 ans, est mort le 4 août 2016, vingt jours après son épouse Françoise, 55 ans, et leur fils Elouan, 12 ans, son dernier fils, morts le 14 juillet 2016 à Nice. Pierre était psychologue et  psychanalyste, c’était un immense travailleur, c’était un homme d’éthique. Mes pensées vont vers sa fille, qui reste dans un état grave, vers Florian, qui semble aller bien mieux, et vers leur trois autres enfants,et tout particulièrement Loïc, tous présents ce jour-là.  Je veux juste, pour eux, pour les autres, tous les autres, ici, là, ailleurs, redire ce passage du discours Nobel d’Albert CAMUS, en 1957:

“Pendant plus de vingt ans d’une histoire démentielle, perdu sans secours, comme tous les hommes de mon âge, dans les convulsions du temps, j’ai été soutenu ainsi : par le sentiment obscur qu’écrire était aujourd’hui un honneur, parce que cet acte obligeait, et obligeait à ne pas écrire seulement. Il m’obligeait particulièrement à porter, tel que j’étais et selon mes forces, avec tous ceux qui vivaient la même histoire, le malheur et l’espérance que nous partagions. Ces hommes, nés au début de la première guerre mondiale, qui ont eu vingt ans au moment où s’installaient à la fois le pouvoir hitlérien et les premiers procès révolutionnaires, qui furent confrontés ensuite, pour parfaire leur éducation, à la guerre d’Espagne, à la deuxième guerre mondiale, à l’univers concentrationnaire, à l’Europe de la torture et des prisons, doivent aujourd’hui élever leurs fils et leurs œuvres dans un monde menacé de destruction nucléaire. Personne, je suppose, ne peut leur demander d’être optimistes. Et je suis même d’avis que nous devons comprendre, sans cesser de lutter contre eux, l’erreur de ceux qui, par une surenchère de désespoir, ont revendiqué le droit au déshonneur, et se sont rués dans les nihilismes de l’époque. Mais il reste que la plupart d’entre nous, dans mon pays et en Europe, ont refusé ce nihilisme et se sont mis à la recherche d’une légitimité. Il leur a fallu se forger un art de vivre par temps de catastrophe, pour naître une seconde fois, et lutter ensuite, à visage découvert, contre l’instinct de mort à l’œuvre dans notre histoire.”

(In english)

Pierre, 56 years old, died on august 2016, 4th, twenty days after his wife Françoise, 55 years old and their son Elouan, 12years old who died on july 2016, 14th, in NICEPierre was psychologist and psychoanalyst, he was a great worker, and a man of ethic. I thing to their daugther, really seriously wounded, to their son, Florian, who seems now better, and to the three others children, specially Loïc: the whole family was looking at the firework. I just want, for them, for the others, all the others, here and there, remember these words of Albert CAMUS in his 1957 Nobel’s speech: 

“ For more than twenty years of an insane history, hopelessly lost like all the men of my generation in the convulsions of time, I have been supported by one thing: by the hidden feeling that to write today was an honour because this activity was a commitment – and a commitment not only to write. Specifically, in view of my powers and my state of being, it was a commitment to bear, together with all those who were living through the same history, the misery and the hope we shared. These men, who were born at the beginning of the First World War, who were twenty when Hitler came to power and the first revolutionary trials were beginning, who were then confronted as a completion of their education with the Spanish Civil War, the Second World War, the world of concentration camps, a Europe of torture and prisons – these men must today rear their sons and create their works in a world threatened by nuclear destruction. Nobody, I think, can ask them to be optimists. And I even think that we should understand – without ceasing to fight it – the error of those who in an excess of despair have asserted their right to dishonour and have rushed into the nihilism of the era. But the fact remains that most of us, in my country and in Europe, have refused this nihilism and have engaged upon a quest for legitimacy. They have had to forge for themselves an art of living in times of catastrophe in order to be born a second time and to fight openly against the instinct of death at work in our history.”

J'aime 
ce qu'il y a de peu conforme en toi
ce qu'il y a d'exilé
de profond et de différent
j'aime que tu regardes ailleurs
Ici du côté des petites choses
aux émotions immenses
Un geste un regard un mot de toi
me rassemblent
me traversent
me caressent
et m'éblouissent
j'aime que tu te ressembles
chaque jour tant et plus
—  jacques dor