50-ans

    Cher Monsieur,

    Ce matin un peu avant 9h, tu m’as croisée en pleine rue avec ton ami. Et ce matin, pour aucune raison apparente et certainement pas valable, tu as décidé que tes mains, seraient mieux sur mes fesses que dans tes poches. Oui, sur MES FESSES. Vous vous êtes même fendus d’un large sourire narquois et grivois ton copain et toi (désolée pour les mots difficiles, je suis prof de français tu vois). Sourire qui, au passage, s’est tout de suite envolé lorsque j’ai sorti mon téléphone et que je t’ai demandé de saluer la caméra, histoire qu’on ait quand même un chouette souvenir de ce moment. Envolé, c’est le terme puisque tu t’es aussitôt volatilisé en proie soudain à une irrésistible et puissante passion pour la course à pieds. Je suis sure qu’un jour, le « marathon koekelbergeois » sera une discipline olympique et nous nous souviendrons de toi avec émotions. Parce que courir comme ça à 50 ans, chapeau !

    Cher Monsieur, – oui, comme tu peux le voir je continue à rester polie malgré tous les noms d’oiseaux qui me viennent en tête et j’en connais un paquet (je te l’ai dit, je suis prof de français) – aujourd’hui, je me suis sentie en colère, perdue, humiliée, frustrée, faible et dépassée. Je suis arrivée en pleurs sur mon lieu de travail et j’ai été incapable de donner le seul cours de ma journée à mes élèves de 13 ans qui attendaient ce cours de latin depuis plusieurs jours parce que je leur avais vendu du rêve. J’ai pleuré parce que tout se bousculait dans ma tête. Le film passait et repassait, les si, les verbes au conditionnel se précipitaient et me faisaient revivre ces quelques minutes en boucle. J’aurais dû faire ça, j’aurais dû dire ça… Des conneries en fait tout ça, je devrais arrêter de conjuguer « devoir » à tous les temps et espérer qu’un jour tu comprennes simplement la notion de « devoir le respect aux autres ».

    Parce que tu vois Monsieur, aujourd’hui, j’aurais pu rester victime, me morfondre, ne plus oser mettre ces belles bottes à talon préparées hier et que je me réjouissais de porter, j’aurais pu me sentir sale et humiliée, j’aurais pu décider de ne plus m’habiller qu’en sac à patates. J’aurais pu. Mais c’était sans compter sur l’incroyable soutien de mon compagnon, de mes collègues et de mes proches qui ont eu les mots qu’il fallait, qui m’ont empêchée de culpabiliser et qui se sont chargés de sortir ces fameux noms d’oiseaux à ma place. Je te promets qu’ils étaient très beaux, expressifs et fleuris.

    Aujourd’hui Monsieur, tu as fait de moi une femme et une professeure encore plus convaincue que jamais de l’importance de mon cours sur le sexisme, l’exclusion et la dignité. Je témoignerai et je continuerai à éduquer mes élèves (désolée, encore un mot compliqué), à leur dire que non ce n’est pas normal, à leur parler du consentement, à les éveiller aux concepts de culture du viol, au respect de la personne humaine, au sexisme, au racisme, bref à toute ces choses qui ont manqué et qui manquent encore dans ta misérable vie.

    Sache également qu’une plainte a été déposée à la police et que, même si on ne te retrouve jamais, j’aurais au moins cette conviction de ne pas être restée seule dans mon coin à accepter tacitement cet acte. Tu as aujourd’hui rejoint le club des pervers qui rendent cette société laide, bravo à toi. J’espère que des gens liront ce texte, peut-être même le partagerons et j’espère également que cela leur fera prendre conscience de l’importance d’en parler, de l’importance de ne pas banaliser ce genre de phénomènes et de porter plainte.

    Et je te fais la promesse que le jour où je serai mère je te prendrai en exemple et tu deviendras ma motivation première à leur éducation et j’espère qu’ils deviendront tout le contraire de toi, à savoir… des gens respectables.

J'ai toujours hésité dans tous les choix de ma vie.
À 5 ans, j'hésitais entre les coloriages ou la pâte à modeler.
À 9 ans, j'hésitais entre les différents paquets de bonbons colorés pour mon goûter d'anniversaire.
À 12 ans, j'hésitais pour choisir mes vêtements, chaque matin.
À 16 ans, j'hésitais pour le choix de mon lycée et de mes options.
À 18 ans, j'hésitais sur ma vie entière, petit copain, étude, appartement, tout.
À 23 ans, j'hésitais sur ma vie amoureuse.
À 25 ans, j'hésitais pour faire un prêt à la banque, histoire d'acheter cette maison où je fonderai ma famille.
À 27 ans, j'hésitais sur le prénom de ma fille.
À 31 ans j'hésitais sur ma carrière.
À 35 ans, j'hésitais sur l'éducation que je donnais à mes enfants.
À 40 ans, j'hésitais sur ma vie.
À 50 ans, j'hésitais sur ma vie.
À 60 ans, j'hésitais sur ma vie.
À 70 ans j'hésitais sur ma vie.
À 80 ans j'hésitais sur ma vie.
Et à 96 ans, je suis morte, après hésitation.
J'ai passé ma vie à hésiter, et c'est ainsi qu'elle s'est terminée.
—  sublimedouleur
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Dix divagations graphiques et éditoriales en post-lecture des aphorismes de Stanislaw Jerzy Lec. Recueil de textes glanés ça et là, accompagnés d’illustrations personnelles, réalisé à l’occasion des 50 ans de la mort de l’écrivain Polonais. 

112 Pages, 17.5x12.5 cm 

« Quel ignoble chemin parcouru des Celtes à Zazou ! de Vercingétorix à Gunga Diouf ! Tout y est ! Tout est là ! Le reste n’est que farces et discours. La France brûle de finir nègre, je la trouve fort à point, pourrie, croulante de métis. Encore 50 ans, plus un seul français qui ne soit métis de quelque chose en « ide »: araboïde, arménoïde, bicoïde, polonoïde… Et « français » bien entendu, cent mille fois plus que vous et moi.
On a appris à l’européen à se détester, à haïr d’instinct tout ce qui l’empêche de se livrer aux nègres.
En l’aidant à éplucher ses pommes de terre, au sous-sol, j’entends encore sa voix et l’entendrai tant que je vivrai : “La révolution"… Mais nous y assistons tous les jours… La seule, la vraie révolution, c’est le facteur nègre qui saute la bonne !
 Dans quelques générations, la France sera métissée complètement, et nos mots ne voudront plus rien dire… que ça plaise ou pas, l’homme blanc est mort à Stalingrad.”

Louis-Ferdinand Céline, Souvenirs de Pierre Duverger

Quand j'étais gosse, j'étais la grosse tête de service. Je n'avais pas d'amis, mais j'avais des bonnes notes. Alors j'achetais l'amitié des gens de ma classe, en leur faisant leurs devoirs. Je faisais de la prostitution intellectuelle, en quelque sorte. Le soir, je faisais mes devoirs. Le week-end je travaillais mes cours. Plus j'y repense, et plus je me dis que je vivais uniquement pour bosser. À l'époque, sans travail, sans devoirs, ma vie n'avait aucun sens.
Au collège, ça a pas beaucoup changé. Je me suis fait un ami, que j'ai encore à mes côtés aujourd'hui, et que j'espère pouvoir serrer dans mes bras dans 50 ans. À part lui, j'étais seul. On me brimait. On me volait mes affaires. On se moquait de moi. J'étais livré à moi-même, incapable de demander de l'aide. Mes parents, mes professeurs… Aucun adulte n'a jamais rien vu. Aucun n'a jamais rien fait. Pourtant, ils étaient eux-mêmes témoins de ce qui m'arrivait, parfois.
C'est à cette époque que j'ai trouvé mon rêve. Je lisais beaucoup, et j'ai découvert les mangas. Je me suis plongé dans plusieurs d'entre eux, et il y en a un qui m'a particulièrement marqué. Great Teacher Onizuka. Dedans, on suit un ancien loubard, devenu professeur dans un collège, aux méthodes d'enseignement très discutables. C'est le genre de prof qui fait subir aux tortionnaires d'un élève les mêmes sévices qu'il a subit. C'est le genre de prof qui prend tous les risques pour ses élèves, même s'il doit se battre contre cent yakuzas. C'est le genre de prof qui affirme qu'il aurait aimé avoir un enseignant qui se souciait de lui et de son futur, quand il était au collège, et que c'était pour ça qu'il faisait tout pour ses élèves.
Voilà ce qui m'a fait rêver. Un professeur prêt à tout pour m'aider. C'était égoïste, et je le savais. Mais j'ai fait évoluer mon rêve. Maintenant, je ne veux pas avoir un prof comme lui. Je veux devenir un prof comme lui. Je veux marquer mes élèves, les protéger et les aider. Je veux qu'ils se souviennent de moi comme le professeur qui agissait comme s'il était leur meilleur ami. Je veux devenir un être exemplaire, un soutien à toute épreuve, pour éviter de laisser qui que ce soit dans la situation dans laquelle j'ai été au collège, et dans laquelle beaucoup sont encore actuellement, et seront dans le futur. Je serais un Great Teacher Onizuka dans la vraie vie.

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Cinéma: Où sont les femmes de 50 ans? Le billet de François Morel