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@oceapvr

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prpzivt
- C'était en avril… En avril 2014 ? Je crois. C'était à Ledru Rollin, rue Charles Baudelaire… Tu sais au coin de la rue, là, devant la banque. L'endroit où je passe 400 fois par semaine, maintenant. - T'allais où ? - Je rejoignais ma pote et donc, ses potes. On allait à un anniversaire. Je sortais ce soir-là parce que j'avais besoin de me changer les idées, je venais de me faire larguer…  - T'avais quel âge en 2014 ?  - J'avais 17 ans, j'étais en terminale… J'étais une enfant… Tu sais, c'était l'âge où… Enfin, je suis prétentieuse, ce n'était pas si longtemps que ça et pourtant… C'est l'âge tu vois, où je pensais que l'amour existait pour sauver les gens. Donc, j'allais me changer les idées… C'est la formule polie pour dire que je sortais pour boire comme un trou, pour finir ivre morte sur le trottoir parce que l'on venait de me faire un mal de chien. - Et donc ? - Donc, il était là. Posté devant la banque entre deux mecs. Je me souviens de tout. Je me souviens de l'endroit exact, du degrés de sa position par rapport à la route, de la mathématique qui se dégageait de sa personne dans un espace aussi minime. Je me souviens de sa posture, il avait l'air si arrogant, si hautain. Il m'avait regardé de haut, avec ses yeux de salopard ! Il avait une voix nonchalante, un peu je m'en foutiste sur les bords… Je me souviens de ma première pensée… Je me suis dit, c'est le genre de mec qui ne voudra jamais de moi… Puis je m'étais dit, que je ne devais pas penser comme ça, que c'était encore un mec qui d'apparence avait l'air parfait mais qui dans le fond n'avait rien dans le bide… Comme le mec qui venait de me jeter autour de qui j'avais construit une idéalisation, une vénération ultime… - Donc, il t'a plu malgré l'image qu'il te renvoyait ? - Ouais ! Je me suis dit, c'est un salopard… Il sentait les cadavres de tous les coeurs qu'il avait brisé… Tu vois, j'étais stupide, j'étais jeune, je n'avais jamais vu un homme aussi beau et il m'avait provoqué, il m'avait cherché. J'ai passé la soirée à le chercher des yeux, à l'observer, le scruter. Il m'avait tendu une bière alors que j'avais l'air apeurée par le monde autour de moi que je ne connaissais pas et nous partagions un bouchon de bière en guise de cendrier. - Vous n'avez pas parlé ? - Non, j'étais trop triste, trop déçue, j'empestais la détresse. Je n'avais même pas envie de boire, de rentrer tard, au bout d'une heure ou deux, j'ai décidé de partir. Mais je me souviens… Je me souviens de l'ambiance de la pièce, je me souviens il y avait cette chanson qui passait… Rachid Taha… “Je sais bien que tu l'aimes… Tu lui as donné ton âme…”… Je l'ai toujours écouté en pensant à lui… Toujours. J'ai quitté la soirée et à mon étonnement, je l'ai trouvé en bas avec ses deux potes. En passant à côté d'eux, je me suis sentie observée. Le dos tourné, j'ai prié qu'il dise quelque chose… Je m'en souviens, je me suis dit “Pitié, qu'il me parle ! Qu'il dise quelque chose !”. Je ne sais pas, c'est bête, non ? En réalité, c'est bête, mais il l'a fait, car la seconde après ma demande, j'ai entendu un “Bonne soirée, rentre bien hein !”, un peu moqueur, un peu sincère. Il pleuvait. Je l'ai remercié et j'ai marché. J'ai même couru, je me souviens, j'ai beaucoup pleuré. - Cette rencontre ne t'avait pas donné envie de passer à autre chose ? - C'était trop frais. J'étais coincée dans une idée fixe, je venais de me faire larguer, ce n'était pas possible, mon histoire avait été trop parfaite, ce n'était pas la fin, le déni quoi. Mais la vie ne m'a laissé que deux mois de répit ou plutôt de calvaire, je n'en sais rien. - Comment ça ? - J'ai passé deux mois à pleurer, à me battre, à être un déchet ! J'avais un baccalauréat à passer, je me remettais petit à petit de cette histoire en changeant de couleur tous les deux mois, en chouinant à droite et à gauche, mais aussi en cherchant en permanence une compagnie masculine. Puis, j'ai passé mon bac, puis j'ai eu mon bac. Qu'est-ce qu'on fait quand on a son bac ?  - On boit ? - Exact. C'était en juillet 2014 toujours. On fête les résultats du bac. Canal Saint-Martin. Devant la Poste ou devant chez Prune, je suis incapable de m'en souvenir. La soirée était sur le point de se terminer, on cherchait quelque chose à faire. Soudainement, on m'interpelle.  Ma pote qui fêtait son anniversaire était entrain de lui parler, je me souviens, elle m'a dit, viens je vais vous présenter, je t'ai déjà parlé de lui. Je me suis levée et j'ai commencé à ricaner, j'ai dit mais on se connaît ! On se connaît ! On s'est vus à son anniversaire. Il rigole, il est mignon. Je le regarde, il a une bouteille de Sobieski dans la main. Il me dit qu'il est désolé, qu'il ne souvient pas de moi. Je continue de ricaner, je commence à lui dire que ce n'est pas gentil. Je prends sa bouteille, je commence à boire, je ne lui demande pas, je ne lui demande rien. Je lui dis, tu sais c'est dangereux d'avoir de la Sobieski en face d'une polonaise, il rigole, je me répète, je lui parle. Il commence à dire, mais si ! Mais si je me souviens de toi ! Bien évidemment ! Je pourrais même te dire comment tu étais habillée !  Je souris, je lui dis, dis-moi. Il me décrit, il se souvient de moi, j'ai le coeur qui prend feu. Je lui parle, on continue à parler, il s'en va, je lui dis, rappelle-toi de moi, il m'a dit je ne t'oublierai pas, il s'en va. Je pense à lui toute la nuit, j'ai des papillons dans le ventre, je me sens ridicule, j'ai l'impression d'avoir été touchée par la foudre, c'était la première fois… La première fois que je me sentais comme ça. - Ensuite ? - Ensuite, c'est naze. - Vraiment ? - Non… (Rires). J'en ai parlé à ma pote, qui m'a arrêté directement, elle m'a dit, non ! Ne fais pas ça ! Il a une copine ! Tout se passe très bien entre eux, ne fais rien… - T'as fait quoi alors ? - J'ai fait quand même. Tout a commencé avec les réseaux sociaux évidemment et un message osé de ma part une nuit, “Sur une échelle de 1 à 10, combien serait déplacé de te proposer un café ?”. Il a accepté sur le champ, on s'est vus quelques jours après, la veille aux alentours de 4h du matin, sûrement éméché il me disait que je lui plaisais. J'apprenais entre temps que sa copine s'en allait un an, donc je ne voyais plus d'obstacles. On s'est vus et j'ai écrit ensuite à ma meilleure amie que ce café était comme une cigarette après un moment d'abstinence. - Puis ? - Après, c'est devenu compliqué. - Pourquoi tu me racontes tout ça ? - Parce qu'on s'est quittés lui et moi hier, on était à Ledru Rollin et il m'a dit qu'on s'était rencontrés trop tôt.

(via prpzivt)