Je Suis Venu Te Dire Que Je M'En Vais
Serge GainsbourgGainsbourg : Je suis venu te dire que je m’en vais
L'aube
Nature indulgente s’éclaire au matin.
Les arbres, les figures, haut le ciel
Se relèvent en chantant leur vérité :
Cette joie, cette joie dure à cuire au réveil.
Ma place parmi l’univers tombe sous la poursuite
Et je déploie en riant mes draps comme les rideaux.
Mes pieds respirent des plantes le souffle du noyau.
Du spectacle m’attend devant des yeux qui m’aiment.
Dehors, il fait toujours envie. Il tourne des étoiles
Dans le monde en travaux d’où s’envolent les rêves.
Je n’ai pas foi en dieu, les questions font pitié
Et le jour monte en moi, fable de sang, refrain des airs.
Je vais parmi la profusion des milliards de matières,
Je vais me balader dans les cheveux du temps ;
L’amour pour les insectes et pour les rayons jaunes
Qui pleuvent de la voûte chatouille mes viscères.
Que l’on est bien sur terre dans notre essor de peau,
Aucun geste ne finit, la poussière au soleil
Et les brumes pâles sur l’herbe sculptent des visages
Que je rencontrerai bientôt, qui deviendront mes frères.
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La colonne (pour Jean-Baptiste Garnaud)
J’ai rencontré un oiseau qui parlait notre langue.
C’en était une autre pourtant bien qu’elle lui ressemblât,
mais je comprenais sous les mots.
Je l’avais vu passé dans les rues ;
il avait comme le visage du vent,
apparaissant dans une traînée :
un fantôme ou une rafale ?
Il m’avait ravi puisqu’il existait.
Quand nous nous approchâmes, j’ai dû lui sourire
et il m’a raconté :
“J’étais un enfant presque vieux.
Il fallait faire très attention à moi.
Je voyais déjà le monde d’en haut,
toutes les formes qui le traversent,
et je me voyais moi.
Il m’arrivait d’entendre de longs vents glacés
gémir non loin de la maison.
Lorsque je m’en suis plaint, l’été m’a contredit.
On ne m’a pas cru.
J’avais cet immense besoin des gens,
et je l’ai nommé amour.
Du milieu du ciel, j’observais
la circulation des autres,
et les mailles infinies que tissent leurs chemins.
Mais une fois descendu de ma colonne,
le prix de cette beauté se comptait en solitudes.
Alors je suis parti
où personne
ne me demanderait de ne plus être moi.”
Fred 17 Tous droits réservés ©