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Sign up to find more cool stuff to followLes objets sont des choses merveilleuses. Ils se donnent totalement à vous. Ils ne rejettent jamais l’amour que vous déversez sur eux. Ils ne sont pas sexués. Ils nous rassurent sur notre identité, quand on les accumule. On peut faire par eux le seul autoportrait qui feigne une logique : la collection. Ils sont les seuls à se soumettre à notre égocentrisme. Ils se laissent devenir supports, et ne disent jamais « Jamais »… Peut-être que si on aime des objets, c’est par impossibilité de trouver l’amour et la compréhension dans les êtres. ………………………………………. …………………………………………. ………………………………………… ………………………………….. ……………………………. …………………………………..
Ceci était un hors-sujet préalable et un peu « capilotracté » pour en venir au fait : j’aime les objets, j’aime les mots que les écrivains posent dessus lorsqu’ils n’enferment pas trop les choses.
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J’aime la façon dont Francis Ponge se penche sur les choses minuscules : allumettes, pain, verre d’eau. Ces mots ne nous éloignent pas de la chose, ils restent à la surface, là où se pose le regard.
« L’huître, de la grosseur d’un galet moyen, est d’une apparence plus rugueuse, d’une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C’est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l’ouvrir : il faut alors la tenir au creux d’un torchon, se servir d’un couteau ébréché et peu franc, s’y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s’y coupent, s’y cassent les ongles : c’est un travail grossier. Les coups qu’on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d’une sorte de halos. »
Il y a quelque chose de brutal et de direct dans ce regard sur les choses, en même temps que quelque chose de doux et d’attentif dans ce don de l’œil à l’objet.
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Nathalie Sarraute, dans « Enfance » : plus sensible (parce que son matériau, c’est la mémoire). Les objets flottent dans le texte et le souvenir. Poêles Gaudin, Jouets, Images aimées. Mais, cette fois, ce sont vraiment les mots qui sont au premier plan. La chose apparaît seulement au travers d’un filtre. C’est presque érotique, en fait. « Cette image immuable, j’ai envie de la palper, de la caresser, de la parcourir avec des mots, mais pas trop fort, j’ai si peur de l’abîmer. »
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Yves Bonnefoy. C’est peut-être une écriture plus humaniste. Dans « La Maison Natale », Bonnefoy part à la recherche de ses souvenirs d’enfance. Il recherche le regard qu’il avait enfant sur les objets qui demeurent : ” une pierre/ un arbre, un fruit, / La treille sous le toit, / L’oiseau qui s’est posé sur la grappe mûre, ce regard originel que Dieu espère : / Non, Dieu ne cherche pas / L’adoration […] / il cherche, simplement, / A voir, comme l’enfant voit” … Peu importe d’avoir créé. Le regard recrée, le fait de voir les choses nous humanise. Par le regard sur les choses infimes, l’enfant se hisse au-dessus du créateur. …………………………………………………………………… ………………….. …………………….. ………………………. …………………… ……………. …………………………… ……………………. ……………………… …………………………… …………………………. …………………………….. ……………… ……………………… …………………………… On pourrait donner une kyrielle d’exemples, mais maintenant je sais mieux ce qui me plaît dans cette écriture des choses. C’est que le regard qui s’affirme sur eux est profondément humain, commun à tous. Je suis humaine parce que je peux me plonger dans le regard de l’autre, je suis humaine parce que je regarde les mêmes choses que l’auteur. Je suis un sujet parce que je prends en objet. Et peut-être que j’aime ces auteurs parce que je m’identifie à ceux qui restent un peu hors du réel, dans le monde des objets, et assez peu dans celui des choses.