Les Manifestants de la liberté

Quelque part au Canada, ils sont venus un par un, en couple, en famille. Dans le froid, dans le vent, cachés sous leur capuche, ils ont tenu leur pancarte au regard des automobilistes. D’ailleurs on les repère d’abord au nombre anormalement élevé de coups de klaxon qu’ils suscitent. Ils sont l’expression de la liberté, celle qui permet à chacun de s’adresser aux autres pour exposer ses convictions. Ceux-là portaient un message « Abortion kills children » - «L’avortement tue des enfants ». S’agissait-il de convaincre de ne pas recourir à l’avortement ou de demander son interdiction ? Cela reste obscur, mais utiliser la liberté pour interdire, ne serait-ce pas contradictoire ? (06.10.2011)
Personnalité de l'année 2011 : Le manifestant
The Protester ou encore Le Manifestant…La Personnalité de l’année 2011
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15. Les coups de matraque du 25 avril 2012, Léa y était.
Le rassemblement nocturne visant à exprimer notre mécontentement face à l’expulsion de la CLASSE à la table des négociations a débuté calmement hier soir. Nous étions des milliers à marcher pacifiquement. Pa-ci-fi-que-ment comme dans tranquillement, doucement, flegmatiquement, froidement, paisiblement, posément, sagement, sereinement. Nous étions souriants. Oui, ai-je bien dit souriants. Souriants malgré l’impasse de la journée, souriants malgré toutes ces semaines de non-ouverture, souriants malgré, malgré et malgré.
Mais le chaos a débuté sans crier gare. Nous avons alors arrêté de sourire. Un chaos parmi d’autres? Un chaos de trop créé artificiellement par le SPVM. Cette violence légitimisée (ah oui ?) était adressée à l’endroit de jeunes manifestants.
Je récapitule pour ceux qui n’y étaient pas : nous marchions pacifiquement sur la rue Ste-Catherine quand plusieurs bombes lacrymogènes ont été lancées dans la foule. Incompréhension ? Certes, une incompréhension profonde devant une telle provocation alors que la calme régnait parmi nous.
Pas d’avertissement clair de notre point de vue de la manifestation. La violence policière s’est alors fait sentir par les gaz et ce, trop rapidement.
Résultat ? Un amoncellement de manifestants pacifiques agressés par les bombes lacrymogènes, entassés comme des sardines et cherchant désespérément leur souffle. L’air était empoisonné. Les uns pleuraient, les autres toussaient. Bref : la routine ingrate.
***
Permettez-moi cet aparté un peu plus personnel, une historiette parmi des centaines d’autres hier soir.
Laurent-Christophe de Ruelle est un ami, un garçon de vingt ans, un jeune comédien, un travailleur supportant les étudiants. Il m’accompagnait lors de ladite manifestation. Après avoir été étouffés par les gaz, nous marchions sur la rue Ste-Catherine lors du dispersement. De loin, nous avons pu voir l’anti-émeute arriver rapidement. Nous avons alors tenté de quitter la rue. Dommage. L’anti-émeute s’est mise à courir trop vite. Après la foule. Après nous.
Nous avons alors été isolés près d’une église par quelques policiers. Laurent-Christophe a été pris d’assaut par ceux-là. À terre, sous mes yeux, il s’est fait battre violemment, sans raison particulière, à coups de matraque par ces «supposés agents de la paix». J’ai alors imploré le policier de le laisser tranquille. À son tour de me répondre en me pointant sa matraque violemment: «Décalisse ostie de conne!» Les policiers ont alors quitté les lieux nous laissant en plan.
***
Je vous l’ai dit, nous étions des milliers à marcher pa-ci-fi-que-ment. Hier soir, le SPVM a agi de manière inacceptable. L’arrogance du gouvernement actuel a raisonné une fois de plus par de violents coups de matraque adressés à des citoyens pacifiques. Madame Beauchamp, j’ai hâte que vous condamniez les violences abusives des brigades anti-émeutes du SPVM qui font preuve de provocation vraiment très peu subtile.
18. Le 25 avril à Montréal, votre voisin y était.
Ceci est un témoignage, subjectif, d’un individu ayant participé à une manifestation spontanée ce soir, 25 avril à Montréal. J’entends par ce biais agir en tant que relai médiatique, parce que je considère qu’aucune des manifestations auxquelles j’ai participé n’a jusqu’à date, été couverte de manière libre, vraie. J’avoue cependant ne pas avoir le temps de faire une revue de presse chaque matin. Mais passons…
Ce soir, quelques milliers d’êtres humains ont, comme moi, décidé de se rassembler pour contester les décisions iniques, collégiales, du Gouvernement Charest, de la ministre Beauchamp et de tout l’appareil politique au pouvoir. Contester la volonté délibérée de ridiculiser des opinions, de les rendre marginales, de les moquer et pire, de les envoyer ”au Nord”, là ou personne ne pourra plus les entendre. Ça ne vous rappelle rien ?
Ce soir, nous marchions, emplis de l’excitation mobilisatrice et captivante qui caractérise les mouvements sociaux et populaires ; quelque chose se passe. Une ”convocation” spontanée, un rassemblement provoque l’arrivée de milliers de personnes. Est-ce négligeable ? Parlons-nous d’une défaite de hockey sur glace ? D’une célébration de l’anniversaire de la reine Elisabeth II ?
Quelques pétards, deux trois cailloux contre des vitres ; personnellement, j’ai vu, de mes yeux, des personnes essayer de briser une vitrine. Ils n’y sont pas parvenus. Pendant toute la manifestation, je n’ai rien vu de répréhensible. Je suis un légaliste. On nous parle de violences : je vais vous parler de violence.
En route pour revenir à notre point de départ, -en criant notre opinion -, sur la rue Sainte Catherine, la police décide soudainement de nous disperser : je n’ai entendu aucun préavis, aucun avertissement déclarant mon illégalité. Je vois simplement des explosions, 50 mètres devant moi, une, deux, puis trois… et soudain, un mouvement de recul de la foule. La milice charge. Quelques uns ne pouvaient plus fumer leurs cigares en paix, quelques uns ne pouvaient plus siroter leurs profits immoraux et leurs gains usurpés. Mais vous, chez vous ? Légitimiseriez-vous une charge de policiers forcenés, arnarchés comme des soldats, organisés comme des troupes colonialistes, missionnaires, prêtes à tout pour que l’ordre de leur République bananière perdure ? Contre des jeunes. Vos filles, vos fils ? où sommes-nous ? La violence n’est pas le fait de mes camarades durant cette manifestation. Je veux que vous en preniez conscience. On vous ment. La violence est arrivée de l’État. De vous ? Accepteriez-vous de prendre cette charge sur la conscience ? On ”joue” au chat et à la souris… disent-ils. Qui ”joue” ? Je ne voulais pas me prendre une autre bouffée de gaz. Je ne voulais pas me faire arrêter. Je ne mérite pas un tel traitement. Qui oserait me dire dans les yeux, que ce que j’ai fait est moralement, légalement, démocratiquement répréhensible ? Assurément, pas vous. Je ne veux pas y croire, chers voisins, collègues, connaissances et amis.
Ceci est mon témoignage. Il vaut la parole d’un homme. Cependant, soyez au fait de ce qui s’est réellement passé, pour ma pomme et quelques autres personnes m’accompagnant.
Il est temps de faire comprendre à notre gouvernement, qu’il nous appartient. Et qu’il nous représente. Honteux soyez-vous. Faites-le leur sentir. La démocratie ne se résume pas à un bulletin de vote, mais ce vote peut crissement la soutenir. Exigez les têtes de ceux qui se moquent et qui vous font passer pour des suivistes, corrompus, collaborateurs, moutons.
Il ne peut y avoir de négociations sur la hausse des frais de scolarité : le Québec se fait berner. Il ne peut y avoir de négociations sur le Plan Nord ; considérons à qui profite les crimes… Pas à vous, ni à moi. Vous êtes devant des choix de société, nous le sommes et pour une fois, gagnons l’indépendance véritable : celle de décider de ses choix.
Bien cordialement,
Votre voisin.
