Une lecture comme un coup de poing
Je me souviens encore ado,17 ans je crois, en plein ennui profond, je me mets à lire Voyage au Bout de la Nuit de Louis Ferdinand Céline paru en 1932. (Céline n’est qu’un pseudo , c’était le prénom de sa grand mère, son vrai nom était Destouches.)

Et là, une chose arrive, le livre m’envahit je n’arrive pas à le lâcher. Je vous assure que la littérature peut avoir un pouvoir assez impressionnant de vous emmener en voyage, meilleur que n’importe quel voyage touristique, le voyage de l’esprit dans le temps et l’espace d’une lucidité impitoyable.”La vérité, c’est une agonie qui n’en finit pas. La vérité de ce monde c’est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n’ai jamais pu me tuer moi.”
Vraiment c’est un livre d’une puissance rare„ sur la pourriture de notre monde, une vérité brute sur la bêtise et l’absurdité de notre monde. Avec les mots de Céline c’est mieux: ”l’existence, ça vous tord et ça vous écrase la face”
Ce livre commence par une scéne hallucinante sur le front de la guerre en 14 puis cela se poursuit avec frénésie. Un voyage à travers la banlieue avec un médecin soignant le peuple misérable, un Voyage à travers la France encore meurtrie par la première guerre moderne mondiale,un voyage à travers l’Afrique coloniale, un voyage dans le capitalisme déshumanisant des usines Ford aux Etats Unis, l’alcool, la prostitution,
J’ai même trouvé une citation qui m’a fait penser à internet et ces blogs, (attention je ne pointe pas le doigt du jugement vers les autres je m’inclus dans ce constat) :
“Autant pas se faire d’illusions, les gens n’ont rien à se dire, ils ne se parlent que de leurs peines à eux chacun, c’est entendu. Chacun pour soi, la terre pour tous.”
Impossible de parler de se livre sans parler de son style, Céline utilise à l’écrit le langage parlé et l’argot, on a l’impression d’assister à ce qui se passe.Céline parlera de son style comme d’une petite musique
Ce livre sera celui qui me ferra chercher dans la littérature cette lucidité sur la vie. Cette puissance verbale qui sublime la vie, la rends plus profonde et plus légère.
Je n’oublie pas que Céline , fut aussi un homme qui écrit des pamphlets antisémites, “Bagatelles pour un massacre”, “Beaux draps”, etc…… Ces écrits sont ignobles, inexcusables.
Le génie n’excuse pas, mais comme chaque homme, nous avons nos zones d’ombres, nos paradoxes.
Il est difficile de croire quand on a lu “Voyage au Bout de la Nuit”, “Mort à crédit”, des livres qui sont clairement du côté du peuple, des malheureux, des damnés que le même homme écrira des livres racistes. Les mystères de la vie…….. (Voyage au bout de la nuit est entré depuis des décennies dans la bibliothèque nationale de Jérusalem…)
Donc je lus ce roman en deux jours, ensuite je devins un rat de bibliothèques souvent assis aux milieux des étales des bouquinistes pour trouver ce genre de puissance verbale et je la trouverai parfois dans un autre genre avec Dostoïevski(Crime et Châtiment) , Mickaël Boulgakov (Le Maître et la Marguerite), Kafka (Le Procès) , Elias Canetti (Autodafé), Jack London (Martin Eden) et encore bien d’autres.
La littérature est une force, ceci peut paraître cliché, un conseil d’un mec chiant, mais à l’air des écrans et les tonnes d’informations sans hiérarchie que l’on trouve sur internet, oublier cette expérience qu’est la littérature est une erreur
Ne pas connaitre la littérature, c’est ne pas connaitre une émotion qui grandit notre vision de la vie. C’est ne pas connaitre une forme de jouissance spirituel.
La littérature nous permet d’être en dehors de la monotonie, l’argent, le désordre, la haine de l’autre, l’ennui, le factice.
Pour moi ne pas connaitre la littérature, c’est comme n’avoir jamais connu la musique, imaginez l’enfer !!!
A bon entendeur salut
