Comtesse contre Le Comte de Bouderbala

                                                 J’AIME LES VIEUX !

image

Ce modeste biglietto fut rédigé en son temps en réaction à une chronique dite humoristique d’un petit gars non pas de la marine, mais de chez France Inter. Voici un lien vers la vidéo (forme très utile de produit dérivé de la radio…) de la chôse.

 http://www.dailymotion.com/video/xf3qkm_la-tele-realite-des-vieux_fun

Si cette vidéo venait à disparaître, je vous prierais de vous représenter, mentalement, une blague géante sur les vieux, tout ce qu’il y a de plus classique, mais d’une durée de 5 minutes, le temps donc d’user de toutes les images subtiles et fines variations sur le thème.

Jeux de mots foireux en folie (« Séniles de la tentation »), images usées ad nauseam (la pisse, le déambulateur, les vieux qui baisent c’est dégueu), rien de très nouveau ni de très choquant. Le problème était le lieu et le moment. C’est souvent ça, le problème, d’ailleurs. Sans doute tolérable dans la cour d’un collège, ou même sorti de la bouche de Cauet (le pauvre), ce chapelet merdeux fut égrainé aux environs de 9 heures am sur France Inter, au rythme des rires confondants de l’équipe. AU-SE-COURS. Je sais bien que cette bonne vieille radio n’est plus ce qu’elle était blablabla, mais quand même ! Il ne s’agit pas de dire qu’on ne peut pas rire de tout, bien au contraire, mais le rire jaune et l’humour noir, ça se travaille !

Interview réalisée par voie de schizophrénie pragmatique.

 

Mais tout de même, Comtesse, pourquoi tant de haine ?

Vous avez raison, après tout, ce n’est très grave si ce n’est juste pas drôle. L’humoriste médiocre, c’est un peu le nouveau fer de lance de France Inter qui a dû, je pense, se fixer comme défi pour la saison 2010-2011 de recruter puis de virer le plus de mecs possible pour faire oublier les premiers de la série.

 Non, le problème, c’est le sujet, et le Comte ne sera donc pour moi qu’un prétexte pour vous parler d’un sujet qui m’est hyper cher (plus encore que la vie à Paris) : LES VIEUX.

Pour ceux qui ne me connaissent pas, les croûtons, c’est mon dada. Petit un, in a bad way, petit deux, in a good way. Petit un, donc, je me soucie des vieux par un mouvement d’empathie excessive. Comprenez, « c’est horrible, on va tous vieillir, et puis après, on va tous mourir ». Cet état d’âme fort pénible et dérangeant est néanmoins assez répandu pour que je ne m’étale pas davantage sur la question.  Je m’imagine donc la vieillesse comme quelque chose de très moyennement cool et me dis qu’il n’est pas nécessairement utile d’en rajouter en éreintant ces pauvres vieux à gros coup de blagues moisies.

Ensuite, comme si ça ne suffisait pas d’être au bord de la mort, et pas forcément en grande forme, le malaise réside dans le sort que l’on réserve aux vieux dans notre bonne vieille Europe. Seuls, infantilisés, réduits à leur inutilité marchande et abandonnés face à la mort, qui rode toujours plus près, ils sont écartés des centre-ville et entassés dans de répugnants mouroirs à 3000 le mois. Et les cons rient, éhontément, inconsciemment, alors qu’ils y finiront eux aussi s’ils ne meurent pas avant, et que ça, contrairement au fait d’être un corps à durée de vie limitée, ça peut se combattre, surtout quand on a du talent et 5 minutes d’antenne à 9h du matin sur Inter. Si quelques phrases du Compte commencent bien, laissant à penser qu’il va justement aller au front et soulever les vrais problèmes (le tabou du sexe après 60 par exemple), il s’engouffre, au contraire, tête baissée dans la redite vulgaire d’un cliché parmi d’autres. QUEL GÂCHIS!

 

Bon, alors d’accord, on a compris, vous aimez les vieux comme vous aimez les faibles, car vous êtes magnanime. Mais est-ce donc tout, Comtesse ?

Merci pour cette transition. Assez tartiné sur la misère d’être vieux, passons aux réjouissances ! J’aime aussi les vieux pour ce qu’ils sont, voilà ! Et là, je m’insurgerai une dernière fois contre le bouffon Bouderbala (aucune insulte, il se présente comme ça) et consorts. Non, tous les vieux ne sont pas cons, ni chiants, ni tristes, ni gâteux, ni fans de Feu Sevran. Les vieux aussi sont révoltés, indignés même, si vous voyez ce que je veux dire. Ils se marrent, ils pensent droit, ils ont des trucs à dire, des histoires à raconter, et même des drôles, des conseils à donner, des trucs à nous apprendre et des trucs à apprendre, des coups de mou mais des hauts aussi (jeuli hiatus). Ne me poussez pas à écrire que la bêtise, la mollesse et les idées rances sont équitablement réparties dans toutes les couches, classes, strates de la société et périodes de la vie ! Il y a autant de petits fachos merdeux ou de réacs en herbe chez les 20-30 ans que chez les 65-95 et les geignards n’attendent pas les premiers rhumatismes pour nous livrer leurs jérémiades à plein temps !

 

Bien, calmez-vous maintenant, rangez vos points d’exclamation, et dites-nous plus précisément ce qui vous plaît tant chez vos amis les vieux.

J’aime les vieux

- parce que nos rapports sont sans équivoque ;

- parce qu’ils ont ce côté exotique des étrangers, qui peuvent nous parler d’autres coutumes et d’autres temps, avec d’autres mots ;

- parce qu’ils me rassurent sur mon éventuel état futur, les non-délabrés, les funs, les érudits, les engagés, les créatifs, les agités ;

- parce qu’ils représentent autant de parents, grands parents et tuteurs de substitutions quand les originaux font défaut ;

- parce qu’ils ont la peau super douce et que souvent ILS SENTENT BON LA CREME, LE SAVON À BARBE, L’EAU DE COLOGNE, ET LA LAQUE, pas la pisse ;

- parce qu’ils me donnent la mesure du temps, de la durée, et rendent ma vie moins absurde.

Auriez-vous dans ce cas quelques vieux à conseiller à nos lecteurs pour conclure cet entretien ?

Bien sûr. Dans la famille Pas Morts j’en citerai quatre, cinq, à la va-vite :

Stéphane Hessel of course, Régis Debray et mes grands-parents (Paulette et Moïse, BIG UP !).

Puis, chez Les Morts, à lire et écouter encore et encore :

Lucien Jerphagnon, spécialiste de philo antique grecque et romaine (a malheureusement changé de catégorie il y a peu), Louise Bourgeois.

Paul Léautaud, mon vieux préféré. Drôle, vif, mal luné, misanthrope, génial. Une compilation de ses entretiens radiophoniques et mirifiques avec Mallet et, toujours extrait de ces entretiens, une discussion sur l’amour et les sentiments pas piquée des vers ni des hannetons.

http://www.youtube.com/watch?v=MAVVqX0DeyA

http://www.youtube.com/watch?v=Cq6mPhe7Jd4&NR=1

 

Eh bien, merci Comtesse, et au plaisir de nous entretenir à nouveau.

++
Comtesse

Loading more posts...