Première leçon

            Mon premier contact avec Moscou s’était bien passé, tout hagard que j’étais d’avoir posé le pied sur le sol russe. Enfoncé dans le métro avec ma valise, entre talons aiguilles et hommes ventripotents torses nus, je regardais les stations défiler. Enfin, j’arrivai à destination, Belyaevo, une petite station dans le sud de Moscou, au cœur du district d’Obruchevsky.

            Un peu avant d’arriver en Russie, j’avais contacté la seule moscovite que je connaissais, afin qu’elle me serve de sherpa dans les étendues sauvages de la capitale de la Fédération. J’en avais profité pour gruger quelques informations sur mon futur lieu de résidence, les distances étant difficiles à évaluer si on se contente de regarder le plan du métro. Un fragment choisi de la discussion qui s’ensuivit :

Moi : I’ll be living in obruchevsky rayon, on ulitsa Akademika Volgina, kinda far from the center actually.

Elle : Yeah ! We call places like this “zhopa” it means ass and in this way it means faaar far away.

Moi : - Hey ! Where do you live ? - In the ass.”

Elle : Exactly ! Than you can name metro station and it’ll be enough for full answer on that question. It was the first lesson “how to live in Moscow”.

            Obruchevsky était bien un zhopa, loin du centre et résidentiel. Le quartier a des airs de paradis socialisteavec ses avenues interminables, ses espaces verts et ses barres d’immeubles à perte de vue. Vu de la fenêtre du dixième étage, il semble même tenir de la cité-dortoir chinoise. A l’opposé, vu du sol, les nombreux arbres, pelouses, jardins d’enfants et petits commerces, voire étals maraîchers dressés à même le coffre des voitures, font tous oublier l’écrasante pesanteur des barres d’immeubles, qui se dressent haut, où que l’on porte le regard, et ne sont guère cachés par les ombrageuses frondaisons.

            On m’a dit que les appartements y étaient assez confortables, sans que j’aie jamais eu l’occasion d’aller vérifier par moi-même. Des étrangères m’ont confié qu’elles se sentaient relativement en sécurité dans le quartier, qui, il faut l’avouer, n’est pas très animé. A l’échelle de Moscou, s’entend. La vue de prostituées pratiquement mineures rencontrées à la sortie d’un métro ont cependant quelque peu écorné chez moi ce portrait idyllique.

            On rencontre de nombreux étrangers dans cette partie de Moscou, notamment des africains en plus grand nombre que dans le reste de la ville (si l’on excepte bien sûr les touristes sur la Place Rouge). En effet, en plus de l’Institut Pouchkine - institut d’Etat d’enseignement de la langue russe, où je vis et étudie - on trouve aussi à Obruchevsky l’Université de l’Amitié entre les peuples, ancienne Université Lumumba.

            C’est d’ailleurs un ivoirien, étudiant à ladite université qui vint à mon aide, me voyant peiner à expliquer mes problèmes dans un russe rudimentaire aux chauffeurs de bus et techniciens présents à la sortie de la station. Sans lui, je n’aurais probablement pas trouvé mon bus. Il répondit à mes questions, m’indiqua l’arrêt et attendit avec moi, me traduisant du russe vers le français les informations importantes.

            Finalement, malgré ses airs absurdes, le coin est pas si mal.

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