La mode au combat

Soldat, bidasse, marine, et autres militaires, uniformes des armées. La mode homme s’inspire de nouveau cet hiver de tenues de combat. Depuis quelques saisons, il y a une forte tendance aux motifs camouflage, sur toutes sortes de vêtements. Ces motifs sont le plus sovent retravaillés et stylisés. Là, c’est différent, il s’agit de coupes de vêtements inspirées des habits militaires avec des chemises et manteaux à pattes, des treillis, des rangers, des accessoires – par exemple des montres -, des tons kaki, et parfois des motifs camouflages, mais repris au premier degré cette fois-ci.

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The Kooples (mannequin : Norman Theuerkorn)

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hiver 2014 : Mode militaire La mode au combat Soldat, bidasse, marine, et autres militaires, uniformes des armées. La mode homme…
Section Jean Jaurès

F. regarde depuis sa voiture le paysage défiler. A 7 heures du matin, la campagne lorraine ne ressemble pas vraiment à une carte postale, mais plutôt à un jeu d’ombres où le soleil étend son empire sur les pavillons, en arrivant dans la ville. Une ville, c’est tout juste un bourg. F. est ingénieur chez Tréfil-Industrie, une usine de treillis soudés qui avait connu son heure de gloire à l’époque où le pays se reconstruisait. Ses parents habitaient déjà là, et ses grands-parents aussi. L’usine avait bâti et fait sortir de terre ce paysage si particulier. Les pavillons s’étaient montés, tous sur le même plan, accolés, formant presque un quartier réservé. Ils rompaient totalement avec l’ancien village et ses façades alignées en pierre. Il faut dire que l’usine avait attiré du monde en son temps.

Cette usine, elle est posée là, presque incongrue à proximité des champs. Mais ce n’est pas le seul détail incongru dans cet amas de tôles, de briques et de bassins d’acides hauts comme des silos. Après les grèves de 1976, le grand-père de F. et d’autres avaient monté « la section ». L’union de la gauche aidant, les sections d’entreprises que les affiches du Parti socialiste vantaient alors se montaient ici ou là, dans un moment presque fou. Les temps changeaient, la vie changeait aussi. 1976, l’année de naissance de F., son père venait d’entrer à l’usine.

Pourquoi F. ressent-il une vague nostalgie à chaque fois en repensant à tout cela ? L’usine avait perdu de sa superbe, ils n’étaient plus que trois cents, trois cents survivants disaient certains, pour une usine qui en a accueilli deux mille. Mais toujours ce vivier de militants. En s’arrêtant chaque matin sur le parking, F. prenait toujours un quart d’heure pour aller voir la permanence de la section, un local de tôles que les ouvriers avaient monté sauvagement, en rabiotant des pièces dans les réserves. On entrait, il y avait toujours un « gars » de permanence, et du café chaud. La section fonctionnait comme l’usine sur un modèle un peu machiste. Il y avait quelques femmes, mais jamais elles ne se mettaient en avant, parce que la tradition le voulait, les convenances. Pourtant rien ne tenait sans les femmes, celles qui soutenaient quand la grève arrivait, qui travaillaient souvent quelques années avant d’élever les enfants pour « payer » la maison. Même dans cette bastille du socialisme, on avait des coutumes un peu rétrogrades.

Mais ce fut une femme qui baptisa cette section du nom de Jaurès, une institutrice tarnaise perdue en Lorraine, exilée disait-on parce que trop turbulente aux yeux des autorités académiques. Madeleine avait déjà cinquante ans, et un passé de militante du Sud-Ouest qui s’accommodait bien mal du climat de torpeur locale. Elle avait porté un peu de son enthousiasme dans le cœur des Lorrains, elle racontait Carmaux, les verriers d’Albi, l’affaire Dreyfus, la lutte pour la paix, tout ce qu’on lui avait appris. Elle transmettait sa mémoire jaurésienne, faisait des cours d’histoire ouvrière. On ne se prenait pas au sérieux, c’était souvent dans l’arrière-salle du café du bourg, entre deux cigarettes maïs et un demi : on venait entendre Madeleine. En 1976, elle fut la passionaria de la grève, Marianne bondissante contre un énième refus d’augmenter les salaires et d’assurer la protection des ouvriers avec ces foutus bains d’acide. Une institutrice si tranquille en apparence donna une unité à ces ouvriers qu’on avait si souvent divisés, entre « jaunes » et « rouges ». Quand Madeleine partit en retraite et s’en retourna dans le Tarn à Bessoulet, là où Jaurès passait tous ses étés, les vieux racontent que l’usine ferma pour une journée. F. se souvenait d’avoir pleuré son instit’ ce jour-là.

Le local ne payait pas de mine, le panneau en vieille ferraille portait fièrement son inscription repeinte chaque année : « Section socialiste Jean Jaurès – Usine de Tréfil-Industrie ». En arrivant, on voyait le portrait du tribun. Oh, pas une photo, mais un portrait retravaillé comme une sanguine, réalisé lors d’un évènement, édité par le parti dans les années 1980. Jaurès affiche toujours comme chaque matin une mine un peu triste, le menton trop soulevé, le chapeau un peu disproportionné sur sa tête, le geste très mécanique par rapport à la photo originale. Mais il y avait un côté réjouissant, le côté brut du portrait donnait presque le sentiment d’avoir en face de soi une œuvre originale et sans âge, comme une relique vénérée. La section faisait le coup de feu à toutes les élections, avec à chaque fois le même espoir et souvent des déceptions. Mai 1981 fut comme une décharge d’adrénaline pour le boxeur sonné qui renverse le match, d’un coup droit à l’adversaire. Mai 2012 se passa dans un frémissement léger, le retour d’un vieux champion pour un combat.

F. était entré à l’usine assez facilement avec son diplôme d’ingénieur, son entrée dans la section fut beaucoup plus ardue. Il fallait bien être descendant d’un militant de la première génération, pour être accepté. Accepté, parce qu’on ne manie pas l’acide, parce qu’on n’utilise pas de fer à souder, parce qu’on ne charrie pas des charges lourdes. Le socialisme se vivait et se vit toujours, dans ce petit coin perdu, comme un effort physique, une épreuve pour les braves, un exercice de courage contre la désespérance, la déception, la lassitude. Travailler, tracter, marcher, débattre, manifester. F. avait appris très tôt cette rythmique si particulière.

Demain, ils seront encore quelques uns à célébrer Jaurès, ce Jaurès qu’on leur avait offert, non comme un héros, mais comme l’exemple d’un combattant, d’une vie, d’une voix de l’insurrection contre la misère. Demain, 31 juillet 2014, on se réunira devant le monument aux morts, dans ce bourg de Lorraine où tant d’hommes furent fauchés par la guerre. En sortant de la section, F. se souvint alors de cette phrase, lue sous la plume du tribun : « Les gloires du passé ne sont vivantes que pour les pays vivants. »

Thibaut, 26 ans

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