tardif

RT du 17 janvier - Rire tardif

Rire tardif

Lorsque quelqu’un qui n’a pas très bien compris une blague rigole longtemps après les autres, et se tape l’affiche

So I take a lot of calls from Quebec at my job, and apparently the last name “Tardif” is not uncommon over there.

Yeah. Doctor Who fans, you know EXACTLY why I have to stop myself from giggling every time I come across it.

Dans une lettre à Jacques Jouet du 28 janvier 1998, Jacques Bens s’est expliqué sur ce refus (tardif) de se dire poète :

« La poésie des autres m’ennuie. […] J’ai dû admettre que leurs épanchements me laissent indifférent. Je saute des vers, je vais au plus court, je passe sur les états d’âme ; je veux savoir la fin de l’histoire. Et quand il n’y a pas d’histoire, j’abandonne. […]

« Naturellement, c’est en racontant des histoires versifiées que les poètes se sont rendus célèbres jusqu’à Rimbaud et Mallarmé (même Baudelaire et Verlaine et, plus tard, Laforgue et Corbière en faisaient autant). C’est cette poésie-là que j’ai appris à aimer en apprenant à lire. Plus près de nous, Aragon, Prévert et Desnos m’ont conforté dans cette vision naïve. Puis, l’exemple de Chêne et chien m’a rempli d’enthousiasme, et a déclenché l’aventure de Chanson vécue. […] »


— François Caradec, « Note », dans Jacques Bens, De l’Oulipo et de la Chandelle verte. Poésies complètes

Honte

réveil tardif (avais oublié d’éteindre chauffage)

reste de colère dans le ciel

yeux qui tombent à l’extérieur des orbites se nichent dans mes poches

écouter la cour bruire en pensant au programme décidé avec élan,

frissons, indocilité grandissante de carcasse, crispations, s’oppose ma fermeté agacée…

parce qu’il y a cela que je veux, qui est en début d’après midi cheminer emmitouflée jusqu’à la rue des Teinturiers, la maison IV du chiffre, une réunion du MRAP où voulais, cette fois, shame of me pour les autres, rencontrer, soutenir les agissants

et puis aller dans la nuit à l’opéra écouter Karine Deshayes et des mélodies françaises

vaquer maladroitement

regarder pour me conforter ce modèle, en plus jeune, la mama accueillante, solidement en repos, satisfaite, tâches fermement, rapidement, efficacement accomplies, prête à la joie d’un rayon de soleil, aux sourires et demandes à recevoir…

déjeuner tôt, crispée sur ma résolution pour partir tôt

un bout, très mal photographié d’une oeuvre que m’a offerte Alexandra Giacobazzi

le vent est mort doucement, ou presque, la lumière est superbe, et vient colère carcasse, effondrement

peut être, je ne veux pas le croire, le crains un peu, soulagement d’y céder et s’enfoncer de torpeurs en sommeils jusqu’au soir

retour à la surface, frissonnante, un peu honteuse, paisible

mais renoncer à l’opéra, ne le mérite pas (et suis pas très motivée), ouvrir le très vieux, très usé, très abimé Moby Dick qui se nichait derrière autres livres, et que j’ai rapetassé et recouvert.