A plus d’un titre, les études postcoloniales ont joué un rôle fécond. Elles ont contribué à l’essor de la production littéraire dans les pays du Sud. Dans la régression intellectuelle qui a marqué les années 1980 et 1990, elles ont ravivé la flamme de l’anticolonialisme et redonné du crédit à la critique de l’impérialisme. Leurs attaques contre une certaine arrogance eurocentrée n’ont pas eu que des effets malsains, loin s’en faut.

Mais la contrepartie est lourde : au moment même où le capitalisme ragaillardi répand de plus belle sa force destructrice, la théorie en vogue dans les universités américaines consiste à démanteler certains des appareillages conceptuels qui permettent de comprendre la crise et d’ébaucher des perspectives stratégiques.

Les ténors du postcolonialisme ont gaspillé des hectolitres d’encre à combattre des moulins à vent qu’ils ont eux-mêmes édifiés. Et, chemin faisant, ils ont puissamment alimenté la résurgence du nativisme et de l’orientalisme. car leur propos ne se borne pas à privilégier le local sur l’universel : leur valorisation obsessionnelle des particularités culturelles, présentées comme le seul moteur de l’action politique, a paradoxalement remis au goût du jour l’imagerie exotique et méprisante que les puissances coloniales plaquaient sur leurs conquêtes.

—  Vivek Chibber - L’universalisme, une arme pour la gauche - Le Monde Diplomatique - mai 2014
Babar

Hier j’ai relu « Histoire de Babar le petit éléphant » par Jean de Brunhoff, un livre que j’aimais quand j’étais petit éléphant moi-même. Et j’aime encore Babar. Je l’aime malgré la critique postcoloniale, avec laquelle je suis d’accord, que Babar est le visage de colonialisme. Il est le « sauvage » qui a besoin des vêtements achetés par la Vieille Dame, qui acte avec l’hégémonie de « civilisation » , et les vêtements portent la même suprématie, donnant à Babar la légitimité d’une vie « convenable » et « autorisée » par le pouvoir du conquérant.
Mais à mon avis, Babar est un guide pour des enfants. Les enfants, ils ne savent pas comment être dans le monde des adultes. Et les vêtements, par exemple, font plus que couvrir la nudité, ils marquent les petits avec des symboles du monde adulte. Les vêtements présentent des méthodes d’être.
L’importance de Babar, pour moi, est son charme. Il me parle doucement d’un monde dangereux. Donc Babar m’offre la joie de découvrir le monde parce qu’il est étonné lui-même d’essayer des nouvelles choses.

Alors il s’achète: une chemise avec col et cravate, un costume d’une agréable couleur verte, puis un beau chapeau melon, enfin des souliers avec des guêtres.

Il est « très content de ses achats et satisfait de son élégance » . Je voudrais faire des courses avec Babar!
Ah, ah! Tiens! Babar est un signe avant-coureur de la commercialisation du monde!

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