Du droit à l’avortement, encore et encore.

 

Le 10 mars dernier, le Parlement européen a adopté le rapport Tarabella en séance plénière.Il s’agit d’un texte sur l’égalité entre les hommes et les femmes.

Les articles 45/46/47 de ce rapport insistent sur l’accès des femmes à la libre contraception et à l’avortement.

Or, 205 eurodéputés ont voté CONTRE ce texte. Le 10 mars 2015, donc. Pas en 1956, …

Aujourd’hui, alors que nous bénéficions en France de la loi Veil – depuis le 17 janvier 1975 –, la législation maltaise interdit totalement le recours à l’avortement. L’Irlande le permet, si et seulement si la vie de la mère est en danger (ce qui n’est donc pas déterminé par elle-même mais par le corps médical). La Pologne et Chypre ne l’autorisent qu’en cas de viol « avéré ». Quant aux Espagnoles, elles ont risqué gros l’an dernier, un projet de loi voulant se mettre à l’heure polonaise, était en discussion. Elles se sont mobilisées pour un semi-échec. Elles y ont beaucoup perdu même si le pire a été évité.

 

Le droit à l’avortement n’est pas négociable, ni discutable : il est inhérent à une réalité biologique. Par exemple, est-ce que l’on se pose la question de légiférer ou non sur les touchers rectaux en cas d’examens préventifs des cancers de la prostate ? Je n’en ai pas connaissance.

 

Le rapport Tarabella a été adopté. 405 votes pour, contre 205 Cro-Magnon à majorité masculine. Aujourd’hui beaucoup se réjouissent de l’avancée d’un texte symbolique (les États de l’UE restent souverains sur les questions génésiques).

Personnellement, je me demande comment on peut encore en être à s’interroger sur la liberté des femmes à disposer de leur corps.

 

Bonne journée à tous.

Que les 205 aillent au diable.

 

Texte : MGBV

Dessin : James.

Êtes-vous déjà tombé enceinte, M. le ministre?Pas plus tard que ce matin, celles d’entre nous qui sont assez naïves (ou optimistes) pour ne pas l’avoir vue venir s’étouffaient avec leur céréales en apprenant que le ministre québécois de la santé, Gaétan Barrette, avait l’intention de limiter le nombre d’avortements au Québec.
Pourquoi diable ferait-il une chose pareille?
Y a-t-il une épidémie d’avortements au Québec? Y’a-t-il, au contraire, trop d’offre pour une demande insuffisante? L’avortement est-il coûteux? Bien sûr que non. Cette nouvelle nous confirme, plus clairement que jamais, que l’austérité n’est pas une logique économique, mais plutôt un choix idéologique qui sert de prétexte pour s’en prendre aux femmes. Souvenons-nous que le ministre s’était déjà attaqué au droit au choix de la maternité des femmes en limitant, et même en interdisant pour certaines, le recours à la procréation médicalement assistée.
Si ‘libre choix’, ‘droits des femmes’ et ‘égalité’ sont des expressions indéciffrables pour notre cher ministre, permettez-moi d’utiliser une expression qu’il saura comprendre : la pilule ne passe pas. Il est hors de question que les femmes québécoises (et leurs compagnons trans* d’infortune) acceptent un tel affront, alors que nous habitons l’un des endroits du monde où l’accès à l’avortement est le plus aisé. Nos corps sont les premiers terrains de conquête, et nous savons donc que ce droit restera toujours fragile, d’où la vigilance constante à laquelle nous invite Simone de Beauvoir : ‘N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devez rester vigilantes votre vie durant’.
C’est ce que nous ferons, Monsieur Barrette. Les chaleurs d’un nouveau printemps n’appelleront plus uniquement le gel des frais de scolarité. L’écho de nos casseroles résonnera comme les cris déchirants que vous nous inspirez depuis des mois, alors que, du haut de votre poste bien masculin, vous nous écorchez vives de ces droits pour lesquels nos mères et grand-mères ont risqué leur vie. M. Barrette, lorsque vous nous aurez enlevé notre corps, il ne nous restera plus rien – et c’est pourquoi nous ne nous laisserons pas faire.
Oui, les femmes se battront, et je serai près d’elles. Mais permettez-moi de tenter un instant de vous faire entendre raison. Êtes-vous déjà tombé enceinte, M. Barrette?
La maternité forcée est une forme d’esclavage. Ce qui peut être la source de bien des joies devient alors un cauchemar, une prison, un frein à toutes nos ambitions. Regarderez-vous dans les yeux la femme qui ne sera pas, comme vous, devenue ministre, parce qu’une grossesse indésirée l’aura fait trébucher?
Il ne vous revient pas d’évaluer les raisons pour lesquelles les femmes choisissent d’avorter. Elles sont multiples et surtout toutes valides. En tant que ministre de la santé, votre travail est de constater combien essentiel est l’accès à l’avortement. Il en va de notre santé. Il en va de nos carrières. Il en va de nos corps. Il en va de toute notre vie.
Combien de fois encore nous faudra-t-il le rappeler aux hommes de ce monde, nostalgiques d’une époque où nous étions vos objets, vos incubateurs, vos esclaves?


L’innovation invisible

Je participais cette fin d’après midi à la rencontre des compagnies et théâtres conventionnés par la Région Rhône-Alpes, à l’invitation de Jean-Jack Queyranne, pour réaffirmer la politique en faveur de la création (et peut-être pour rappeler les prochaines élections de novembre ?). Tout ceux qui comptent étaient là : des vieux qui ne veulent pas mourrir aux jeunes qui pointent dans les lignes d’attente du conventionnement, des maxi-lieux syndiqués aux poils à gratter.

Quelques commentaires à l’issue de cette rencontre.

On a pas mal tapé sur les élus locaux, trop selon moi : les élus régionaux ont-ils une conscience plus haute des enjeux des politiques culturelles que ceux des communes ? Farida Boudaoud insistaient sur la nécessité de former les élus et la nécessaire solidarité du secteur. Et elle a raison. Mais l’entendons-nous ? Elle parlaient également de l’Education Populaire, concept qui fait son retour dans les politiques culturelles et dont se re-revendiquent de nombreux acteurs. J’avais offert le livre de Cassandre/Horschamp Education populaire, une utopie d’avenir aux services de la région et j’espère qu’il fait son chemin à la Confluence.

Vincent Bady intervient sur l’urgence des temps, le besoin de décentrer notre regard sur la société qui nous porte et à laquelle nous participons, de ne plus s’envisager au sommet de la pyramide. Vincent a raison et il ne semble pas compris par l’assemblée. L’action culturelle à bon dos, les enjeux dépassent nos approchent corporatistes.

Je visitais un peu plus tôt le site internet sur la politique d’innovation de la région. A la question Pourquoi innover, on y répond : 

“Assurer de bonnes conditions de vie et d’emploi. Réduire l’exclusion. Renforcer la sécurité sanitaire, environnementale et alimentaire. L’avenir impose de relever dès aujourd’hui de grands défis technologiques et humains. L’innovation est la clé pour y parvenir. C’est tout l’enjeu de la stratégie régionale d’innovation de Rhône-Alpes et de l’engagement des entreprises du territoire”

mais la culture n’a pas su y trouver sa place. 

Pourtant Vincent Bady, la compagnie les 3-8 et le NTH8 (”le théâtre comme poétique de la relation”) ont inventé beaucoup de formes de coopération entre équipes, de formation de jeunes artistes avec le Compagnonnage, de formats originaux de programmation, de relations aux publics, aux amateurs, aux jeunes, aux vieux.

En région Rhône-Alpes, nous sommes nombreux à essayer, chercher, à nous envisager autrement, et particulièrement les équipes artistiques. Leur force de transformation, leur acharnement, leurs liens aux territoires et à l’international, leurs tentatives de dialogue avec les politiques, d’invention avec la population, leur capacité à mener des projets en dehors des agendas, malgré les vents contraires, sont-ils entendus ? L’innovation culturelle est là, dans des structures légères, des relations parfois informelles.

Dans le TER qui me ramène dans mon petit Marineland des bords de l’Ain, je lis ceci :

"En soulignant la nécessité d’une forme de « convergence culturelle » des immigrés, ce framing de la politique de l’intégration répond à une pression politique croissante pour qui les caractéristiques culturelles de certaines populations immigrées sont, au mieux des freins à l’intégration, et au pire, une menace pour l’identité de la France (Lochak, 2006). Lorsqu’elle exige que les étrangers s’acculturent pour s’intégrer, l’action politique se trouve devant l’obligation de définir un contenu culturel de référence, une sorte de benchmark. “

Je lis cet article sur les politiques d’immigration et d’intégration et je pense aux droits culturels qu’évoquait Vincent, je pense à ce que notre secteur a du mal à envisager et aux visions que nous devrions initier avec nos élus pour aller de l’avant.

– Nicolas

« Que croyez-vous que soit un artiste ? ...

… Un imbécile qui n’a que des yeux s’il est peintre, des oreilles s’il est musicien, ou une lyre à tous les étages du coeur s’il est poète, ou même s’il est boxeur, seulement des muscles ?
Bien au contraire, il est en même temps un être politique, constamment en éveil devant les déchirants, ardents ou doux événements du monde, se façonnant de toute pièce à son image. »

Pablo Picasso