Pourquoi tout le monde pleure?

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Pourquoi tout le monde pleure ?

On les partage, on les conserve, on les exhibe,
 on les déguste même: jamais les larmes n’auront été autant au centre de nos sociétés. Notre enquête pour mieux comprendre cette hype lacrymale.

Le 13 avril dernier, à l’aube, alors que touche à sa fin la soirée d’entre- ouverture du Palais de Tokyo, des membres de l’Académie des larmes
(voir encadré) en récoltent quelques-
unes parmi les happy fews présents et les scellent dans un des piliers du bâtiment. Ce collectif d’artistes et d’étudiants de l’école des beaux-arts d’Avignon multiplie les expériences lacrymales : quand ce n’est pas le chef étoilé Jean-Claude Altmayer
qui leur concocte un sorbet au goût de larmes, c’est le vigneron Vincent Durieux qui vient comparait le trajet des larmes à celui du vin – de même que la saveur d’une larme varie selon la joue sur laquelle elle coule, celle du vin change en fonction du sol où le raisin pousse. Un an auparavant, on a pu admirer au MoMA PS1 (New York) le catalogue de larmes de l’artiste Laurel Nakadate. Vous en voulez encore ? Dans son clip Cold War, la sublime
Janelle Monae en verse une aussi sexy que poétique. Plus bling, l’appli éphémère Prada, lancée l’hiver dernier, permettait de customiser sa photo de profil Facebook en posant une larme en diams’ sur son faciès.

Expérimentation individuelle ?
Pas du tout puisque le phénomène s’est répandu sur Internet : 5 852 personnes ont ainsi ressenti le besoin de liker la page Facebook « Tears » qui se contente de reproduire la définition Wikipédia
des larmes. Plus étrange, Webcam Tears, un Tumblr créé par Dora Moutot, la fondatrice de la Gazette du mauvais goût, est un Chatroulette des pleurs qui regroupe depuis janvier 2012 les vidéos et photos d’internautes en ayant gros sur la patate, le tout immortalisé par leur meilleure amie : leur webcam. Sortez vos mouchoirs : après avoir longtemps coulé dans l’intimité,
les larmes sont désormais partout.

Tous des pleureuses ?

En 2009, le site de Libération rapportait un sondage réalisé en Allemagne selon lequel les hommes pleurent moins que les femmes. La quantité d’eau versée n’a pas forcément changé en trois ans mais une chose est sûre : aujourd’hui, les hommes n’hésitent plus à s’afficher la larme à l’œil. C’est le cas de Pascal Ito, qui consacre une exposition entière aux larmes des mâles (voir ci-contre) : « Alors que j’étais à table
avec mes parents, mon père s’est soudain mis à pleurer devant nous, raconte l’artiste. C’était la première fois que je le voyais en larmes. C’était émouvant et très perturbant.

J’ai eu envie de reproduire ce moment avec lui et d’autres hommes, face caméra, pour transformer ce sentiment vécu en expérience esthétique. »
Les personnages masculins des films et séries y passent aussi : même Don Draper, le héros taiseux de Mad Men, se laisse submerger devant Peggy lorsqu’il apprend la mort de sa vraie femme, Anna (saison

4, épisode 7) – et on ne vous parle pas
de George Clooney en père éploré dans The Descendants. Quant aux politiques, le journaliste Patrick Barkham consacrait le 11 avril 2012 un article dans le Guardian consacré à « l’ignoble tradition » des chagrins publics des politiques : depuis Reagan, tous les présidents américains auraient versé une larme ou deux de manière stratégique. Personne – et encore moins Ségolène Royal – ne semble donc échapper à cette propagation de pleurs médiatiques. Histrionisme lacrymal, egotrip mouillé
ou véritable don des larmes moderne ?
Un peu des trois sans doute, mais
pour un monde meilleur. Si, si.

Pourquoi on pleure

« Bien sûr que c’est narcissique, nous sommes la génération du narcissisme, explique la vingtenaire Dora Moutot à la tête du site Webcam Tears évoqué plus haut où des adolescents balancent leurs vidéos sanglotantes. L’idée de vouloir enregistrer son image dans un moment de faiblesse relève à la fois de la curiosité de soi-même et du narcissisme. Pleurer était une des seules actions pas clairement représentée sur le Net. La preuve : c’est presque plus insolite de se montrer en train de chialer sur le web que de s’y masturber. » Allons plus loin : et si ces petits miroirs sur nous-mêmes prétendaient à plus de grandeur ? Dans les textes bibliques, les larmes sont en effet le téléphone rouge
qui relie l’homme à Yahvé : « Elles sont entendues par Dieu, même quand elles restent invisibles », écrit Catherine Chalier dans son ouvrage Traité des larmes (Albin Michel). Pour les sages d’Israël, ces gouttelettes de rien du tout, loin de révéler un « abandon sans noblesse », « indiqueraient le chemin d’une alliance immémorable avec Dieu ». Ainsi, selon Rabbi Nahman, les larmes auraient, « le pouvoir d’alléger, pour un temps en tout
cas, le poids excessif de la matérialité ». Pleurer serait donc « un mérite », voire « un don.»

Rejoignant Catherine Chalier sur
le sens du don des larmes mais pas sur l’origine, Alain Finkielkraut, dans Nous autres, modernes, écrit que « cette expression humble et sublime nous vient de la tradition mystique du catholicisme. Dans cette tradition, pleurer était considéré comme une grâce. C’était même, souligne le philosophe Jean-Louis Chrétien, “un charisme de l’Esprit saint”, un bienfait qui libère notre vie de son égoïsme. » L’égoïsme et la matérialité, voilà deux thèmes d’actualité. Bien que visibles
de tous et adressées autant aux autres hommes qu’à l’infini trop plein d’Internet – et non plus à un Dieu supérieur –, nos larmes restent le symptôme d’une quête de transcendance dans l’immanence.

Aveu d’impuissance

Quand, philosophe, Victoria Beckham se remémore son effusion lacrymale après avoir remporté l’hiver dernier le Best Designer Brand aux British Fashion Awards, ça donne ça :
« J’ai pleuré trois fois, je n’ai pas remercié
les personnes que je voulais remercier…
J’ai été nulle mais je pense que les gens ont vu mon vrai moi. » Son vrai moi est-il naze
ou bien sensible ? Ce n’est même pas
la question : grâce à ces gros sanglots ridicules, l’ex-Spice Girl a enfin prouvé qu’elle n’était pas un robot. Ça tombe bien, on commençait à en douter. Et, une fois de plus, les Beckham montraient la voie vers une vie meilleure : alors qu’on nous demande d’être superperformant partout et tout le temps, se montrer minable revient en fait à être honnête sur ce que nous sommes. Dora Moutot ne dit d’ailleurs pas autre chose : « Se montrer sur Webcam Tears, c’est dire : “Je pleure, je suis faible et alors ?” J’ai complètement déconstruit la notion de honte liée à cette action. Etre triste, ce n’est pas grave. » Effectivement, ce n’est pas grave. Les pleurs ne sont plus tabous parce qu’on sait que tout le monde pleure, même papa. C’est d’ailleurs ce point commun qui permet de créer le lien avec autrui. Après tout, pleurer est une expérience partagée par tous et qui appelle à l’empathie. Normal, les larmes des autres ne nous dégoûtent pas, même si elles jaillissent d’un inconnu obèse, édenté et suant. On ne peut pas en dire autant des autres formes de sécrétions humaines. Bref, la larme est perçue comme pure : rien de tel pour se rapprocher les uns des autres. Et si tous les pleureurs du monde se donnaient la main ? A la manière des narcotiques anonymes, tous ces individus qui déversent leur trop-plein émotif face à leur webcam entérinent
la première des « douze étapes » : l’aveu d’impuissance. Un bon début pour un nouveau départ ? Plutôt un nouvel élan qui commence par un nouveau regard.

Œil neuf

Victor Hugo disait : « Qui ne pleure pas ne voit pas. ». Cette affirmation trouve une résonance chez les sages d’Israël qui, nous apprend Catherine Chalier, reconnaissent une « véritable vision par le biais des larmes ». Comme le montrent les photos de Pascal Ito, l’œil post-pleurs est limpide. Les larmes lavent le regard
et permettent de mieux voir. Oui, mais voir quoi ? Notre mascara dégoulinant de manière esthétisante ? Nos yeux rougis ? Notre nez morveux capté par notre chère webcam ? Oui, dans un premier temps. Mais – et c’est là qu’il faut transformer l’essai – cette montée des eaux généralisée n’a de sens que dans la mesure où l’on
ne reste pas rivé sur notre propre reflet mouillé et plus ou moins flatteur. Dans la saga Harry Potter, J.K Rowling a imaginé « la pensine ». Ce processus magique permet, grâce à une larme, d’avoir accès à des souvenirs qui ont
du sens, qui disent quelque chose de la personne chez qui cette larme est née.

Nos larmes contemporaines permettent ainsi de jeter un œil neuf sur notre époque, sur nos vies et, remplies de nos souvenirs et de notre expérience, de couler tranquillement vers un futur plus soudé avec le reste de l’humanité sans être embrumé par notre égoïsme et notre matérialisme. Le 25 novembre 1963, John Kennedy Jr. saluait le cercueil de son père. Vêtu d’un adorable petit manteau, il restait digne et les yeux secs face à une Amérique qui, elle, chialait sans retenue. Si la scène avait lieu aujourd’hui, l’enfant hoquetterait-il entre deux sanglots ? Probable, puisque les larmes n’ont jamais été autant signe d’espoir.

Marie Salomé Peyronnel

 

Le meilleur des larmes :

La précurseur

Laurel Nakadate a 35 ans et se sent seule, très seule. Son truc ? Photographier sa solitude et ses larmes. L’été dernier, on a pu voir à PS1 (New York) sa série de photos «365 Days: A Catalogue of Tears», soit elle avant, pendant et après ses pleurs quotidiens.

Le site

Après avoir vu l’expo de Laurel Nakadate, Dora Moutot lance Webcam Tears, le premier blog où tous les chialeurs sont bienvenus. Le principe ? Se filmer ou se photographier en train de pleurer grâce à sa webcam. Esthétique discutable, résultat unique.

Le livre

Dans «la Protestation
des larmes» (Capricci), le philosophe Stanley Cavell décortique quatre grands mélos du cinéma hollywoodien et définit par la même occasion un nouveau genre cinématographique: le mélodrame de la femme inconnue. No woman no cry.

L’expo

Pascal Ito a demandé
à des hommes s’ils acceptaient de venir pleurer devant son objectif. «J’ai été très surpris d’obtenir autant de succès (40 modèles en tout), comme si ce projet résonnait naturellement en eux». Bientôt à la Maison de la Photographie de Lille.

La chanson

Ecrite par les Rolling Stones, «As Tears Go By» est leur première ballade pétrie d’émotion. Tout y est: les larmes, le crépuscule, les enfants. A tel point qu’ils la font d’abord chanter par une fille (Marianne Faithfull) en 1964. Face à son succès, ils la reprennent en 1965.

Les enfants

Dans sa série «End Times», la photographe américaine Jill Greenberg fait pleurer des bébés, en vrai. Un brin sadique, il paraît qu’elle leur aurait carrément arraché leurs doudous pour parvenir à ses fins. Ultraréalistes,
les clichés brisent votre cœur en un instant.

 

-article publié dans le Technikart de Septembre 2012 -

 

 

 

 

 

Els que som no-nacionalistes.

Molts volem la independència per poder ser antinacionalistes:

Aquest senyor ho explica molt bé.

Em fa gràcia que els espanyols es pensin que som nacionalistes, o ens vulguin fer aparèixer com a tals. I no, Espanya té un problema greu, i és que treballa posant-nos pals a les rodes. I sí, tenim nacionalistes entre nosaltres, però els cansats d’Espanya per altres motius som molts més. N’estic segur.

Sense anar més lluny tenim la prohibició de El Prat de ser un hub internacional (amb tot el que això implica per Catalunya a nivell econòmic i de turisme), també podem fixar-nos amb els pals a les rodes al corredor mediterrani (no cal mencionar on està la major part del PIB espanyol, oi?), podem recordar a les elits espanyoles dient frases de l’estil “¿Endesa? Prefiero que se la queden alemanes antes que catalanes” (Esperanza Aguirre, després de la opa de Gas Natural), el “desequilibri fiscal”, o els insults continuats per part de sectors de la població espanyola (a algú li sona “Pujol, enano, habla castellano” a Génova després de la victòria d’Aznar?)… i bé, la llista es pot anar allargant.

Voler divorciar-se de la influència nefasta dels espanyols a la nostra terra no significa ser nacionalista. I fent honor a la “tercera vía” seguirem federats a l’Estat Espanyol mitjançant Europa (quan ens readmetin, doncs si hi ha veto d’Espanya, podrem afegir un motiu més a la llista, i malauradament tots sabeu que l’afegirem, pq no ens aprecien).

Molts no creiem en banderes, en himnes ni en tonteries similars, i ens sentim profundament europeus, bilingües i amics dels espanyols que són amics nostres. Però continuar vivint lligats a un estat que no busca el millor per nosaltres… és una tonteria. I com diuen a Mediamarket “Yo no soy tonto”.

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