Hommage à Jean d'Izieu

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Jean d’Izieu - Paul Rey de son vrai nom - est né à quelques mètres de la Place Nationale, au cœur de ce 13è arrondissement dont l’esprit populaire l’enchantait, et où il puisa plus d’un modèle de ces gavroches au grand cœur et aux poings solides dont il fit les héros de ses livres.

Élève des Frères de la rue Domrémy, puis au Lycée Henri IV de Paris, il vit intensément les événements de 1934 puis de 1936, il voit déferler les taxis à toit ouvrant de l’époque portant deux drapeaux rouges encadrant un drapeau tricolore. Il entend parler politique et charité : Marx et Jaurès, Sangnier, Jésus-Christ et Saint Paul.
L’ambiance familiale, faite de générosité, d’affection, de souvenirs de guerre, lui fait envisager un avenir militaire. Il entre au Prytanée Militaire de La Flèche en 1937, se comptant immédiatement parmi les scouts du Prytanée.

Après la débâcle et la défaite de 1940, il rejoint son père à Versailles et reprend ses études au Lycée Hoche.

Il regimbe souvent sous la botte de l’occupant, ce qui lui vaudra en de nombreuses occasions de se trouver en difficultés : tel jour où il admoneste son jeune frère, de sept ans plus jeune que lui, qui, sans penser à mal, faisait une partie de boules de neige en compagnie de plusieurs camarades contre plusieurs feldgrau. Tel ce jour où, secouriste pendant un bombardement, il entendait faire évacuer des blessés par camions militaires de l’occupant.

Il retrouve les routiers clandestins de l’époque, fait de la J.E.C. ; c’est le moment où il raconte ses premières histoires, inspirées des canevas édités par l’Union des œuvres, où il participe à la rédaction d’un journal ronéotypé pour les jeunes du patro, écrit des contes, compose des histoires en bandes.

L’idée d’une vocation chemine en son esprit. En 1941, il se décide et, pour étudier le latin, entre au séminaire des Vocations tardives de Montmagny ; de 1942 à 1947, il fréquente le grand séminaire de Versailles. Il poursuit toutes ses activités avec les jeunes, sort durant les nuits de bombardement pour secourir les victimes, particulièrement à Trappes et St-Cyr l’Ecole.

Le 28 juin 1947, il est ordonné prêtre par Mgr Roland-Gosselin. Vicaire à Vigneux, il est chargé des jeunes : Cœurs

Vaillants, chorale, enfants de chœur, J.O.C.,…


C’est à Vigneux que naît son premier roman : Lumière sur la piste (Fleurus) réédité à Alsatia dans la collection Signe de Piste Junior sous le titre Baldur de la forêt, et les Onze de Thorslingen devenu Les Frères du Rhin.

Août 1949, son évêque le nomme aumônier du collège Jules Ferry à Versailles (n’étant pas admis à l’intérieur du collège technique, Paul se présentait alors « aumônier du trottoir devant Jules Ferry »). Il exercera cette fonction durant sept années consécutives. Nombreux furent les jeunes de Versailles et des environs qui le connurent alors. Comme l’aumônerie fonctionne en dehors des heures scolaires, il dispose de temps libres dans la journée, temps qu’il utilise à préparer ses cours et activités et aussi à coucher sur le papier les romans que la vie des jeunes lui inspire. Ainsi naissent SOS Châtillon, Les Champions de la 443, Le Héros sans visage, Opération préludes, L’Equipe des Quatre Nations, Signé Catherine. Son nom de plume, il l’a choisi en prenant le nom de ce village de Bugey, berceau de la famille Rey, proche de Belley (Ain) : Jean d’Izieu. 

Septembre 1956 : Paul est nommé à l’équipe des Missionnaires diocésains de Paris. C’est alors une succession de missions, paroissiales, décanales, de toute une ville ou d’un quartier, de Saint-François-Xavier à Paris, à Toulouse et en passant à Gif-sur-Yvette.

Il y est souvent chargé du monde scolaire et c’est toujours avec plaisir qu’il va vers les jeunes qu’il connaît bien et à qui il veut parler d’un Jésus-Christ actuel et d’un Evangile à vivre chaque jour à l’époque des « spoutniks ». Il veut leur offrir le visage d’une Eglise jeune er dynamique.

Septembre 1964 : Paul quitte les missions diocésaines, il est nommé aumônier d’une institution de jeunes filles de Sarcelles, Notre-Dame du Saint Rosaire. Pendant trois ans, et en contact permanent avec la paroisse du vieux Sarcelles, il enseignera dans ce collège de la sixième à la philo, y organisera la J.E.C., incitera les jeunes filles à se sentir « responsables » dans leur classe.

Il n’abandonne pas pour autant une activité entreprise pendant son précédent ministère : La Centrale Catholique du Cinéma aux travaux de laquelle il participe activement : vision des films au fur et à mesure de leur sortie sur les écrans, cotation, commentaires, présentation en ciné-clubs.

Le ministère de Sarcelles devait lui servir de recyclage en vue d’une fonction paroissiale. Sur sa demande, Paul Rey, qui craignait d’avoir trop rapidement la responsabilité d’une paroisse est nommé vicaire à Franconville La Garenne, particulièrement chargé d’un lieu de culte tout récent implanté dans le quartier de Noues. C’est une communauté chrétienne qui doit naître ; tout est à susciter, organiser.

Le 12 juin 1970, Paul est nommé curé de Montigny-les-Cormeilles.

Tout en accomplissant un travail intense et conforme à son passé, il ressent les premières atteintes du mal qui doit l’emporter. Resté l’ami des jeunes, il entretenait une abondante correspondance avec nombre de ceux qu’il avait connus et aidés, n’oubliant ni l’Autriche (où il avait participé au Jamboree de Bad Ischl), ni l’Allemagne (où il avait souvent été au titre du mouvement Pax Christi au temps de son aumônerie à Jules Ferry), ni l’Italie, ni l’Espagne, ni l’Angleterre.  Les lettres adressées à l’auteur Jean d’Izieu empliraient un énorme carton.

A l’heure de sa mort, il arrêtait à la page 12 le nouveau roman qu’il avait promis à Signe de Piste et qui aurait eu pour titres La Côte rôtie.  Hélas, nous ne lirons pas cette œuvre qui devait être de joie, de foi en la vie, et d’humour. Mais nous relirons sans doute l’un ou l’autre de ses grands romans. Nous nous rappellerons alors les paroles de son testament spirituel « Ne soyez pas tristes. Avec moi soyez dans l’action de grâces pour ce que le Seigneur a bien voulu faire par mon intermédiaire ».

Serge Dalens et Jean-Louis Foncine.
Texte paru dans La Fusée Signe de Piste, 1974

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