Un jour je me battrai pour que des enfants comme mon neveu, un peu plus fragiles, un peu moins rapides que les autres, qui souffrent de cette petite marge de différence comme un fardeau sur leur existence. Ces enfants qui s’en sortent à leur rythme seront toujours un peu stigmatisés par les autres, foulés aux pieds du système, car le commandement des éducateurs sera toujours à des kilomètres de la réalité. Tant que l’efficacité, la productivité, le jeu des élites et la compétition acharnés seront ce qui prime, des petits génies invisibles seront laissés sur le côté, et perdront confiance en eux. Or il arrive parfois que cela change entièrement la vie d’un être méritant, dès l’enfance, en lui faisant imaginer qu’il est un moins que rien, ou en lui montrant qu’il ne pourra pas y arriver.

Crédit photo © Edouard Boubat

Un enfant
Ça vous décroche un rêve
Ça le porte à ses lèvres
Et ça part en chantant

Un enfant
Avec un peu de chance
Ça entend le silence

Et ça pleure des diamants
Et ça rit à n’en savoir que faire
Et ça pleure en nous voyant pleurer
Ça s’endort de l’or sous les paupières
Et ça dort pour mieux nous faire rêver.

Un enfant
Ça écoute le merle
Qui dépose ses perles
Sur la portée du vent

Un enfant
C’est le dernier poète
D’un monde qui s’entête
A vouloir devenir grand

Et ça demande si les nuages ont des ailes
Et ça s’inquiète d’une neige tombée
Et ça croit que nous sommes fidèles
Et ça se doute qu’il n’y a plus de fées.

Jacques Brel pour Petula Clark