Munster… Livarot… Époisses… Chèvres, Roquefort, Brie, Camembert, Bleu, St Nectaire, Beaufort, Gorgonzola, Maroilles ! Où êtes-vous, compagnons de mes papilles aux noms si doux ?
Où êtes-vous, frères de Bourgogne et de Bordeaux, frères des coteaux du Layon et de la vallée du Rhône ?
Où êtes vous, mes frères de sang, Cognac, Armagnac, et vous mes sœurs chéries Poire Bénédictine, Chartreuse et Mirabelle ?
Où êtes-vous, ô compagnons de Tarte, fiers buveurs et amis du Tonneau ? Je n’aperçois plus au loin la bannière de la Confrérie qui claquait fièrement autrefois sur les Cent Prairies !
Où êtes-vous, Chevaliers de la Grande Levure, Cavaliers de Malt, preux Guerriers de Houblon, Compagnons du Grand Marnier, Hussards d’Ethylie, Dragons du Tanin, invincibles ivrognes ?

Ô Terre de France…

Ma gorge s’assèche, mon foie se délite. Venez à mon secours, preux compagnons et buvons ensemble jusqu’à plus soif ! Que nos forêts retentissent de chants de joie, que les feux crépitent dans les clairières, et que pas un ne voie debout les premières lueurs du soleil !

—  Nabu Chansonnier
啊 – Aaah !

Qui ne parle pas chinois peut s’exprimer en 啊aaa et se faire comprendre du premier autochtone venu. Exercice pratique :

  • Exprimez la surprise (啊 !),
  • l’interrogation, sourcil froncé (啊 ?),
  • le mécontentement (啊…),
  • l’hilarité (啊啊 !),
  • la compréhension fulgurante d’un concept (啊,我明白了 ! Aaah, wo mingbai [1] le, Eurêka, j’ai trouvé / Bon sang mais c’est bien sur !
  • L’affirmation ou la confirmation de quelque chose (啊!?!)
  • La joie (啊,我吃饱了 ! aaah, wo chi bao le ! Ben mon vieux, j’ai bien mangé !)
  • La colère interrogative, prendre un accent guttural (啊 ?)
  • La compassion envers un être souffrant (啊…)

Dans une prochaine rubrique, je vous ferai la liste des onomatopées chinoises qui sont légion et d’autant plus drôles qu’elles s’écrivent idéographiquement.

Prononcer “minngbaille”

子曰:「弟子 , 入則孝,出則弟,謹而信,凡愛眾,而親仁。行有餘力,則以學文。」 (孔子,論語,I,6)
— 


Le maître dit : “Un jeune doit être respectueux, chez lui envers ses parents, en société envers ses aînés. Il est sérieux et digne de confiance . Sa sympathie s’étend à tous les hommes, tout en privilégiant ceux qui pratiquent la vertu d’humanité. Et s’il en a encore le loisir, il peut le consacrer à apprendre la culture.” (Confucius, Entretiens, I, 6, trad. Anne Cheng)

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Récit d’un petit tour dans le sud.
  • Le HSR qui relie la côte ouest

De Taipei à Tainan, comptez une heure et demie par le HSR, ce train rapide que l’on ne trouve que dans l’ouest de l’île ! Joli cheval de fer, franco-japonais d’après ce que j’ai entendu. Spacieux, silencieux, mais un peu cher (1500 NT). Attention, la gare HSR est à 20 minutes de navette de la gare de Tainan centre (coût 23 NT).

J’ai trouvé à l’arrivée deux de mes étudiantes de français qui se sont gentiment proposé de me faire la visite et me faire goûter les nombreuses spécialités de Tainan qui rendraient fou le moindre amateur de gastronomie.

  • Fort Anping

Le fort Anping (安平古堡 ānpíng gǔbǎo) a été construit par les Hollandais lorsqu’ils occupèrent Taiwan (1624-1662) avant de se faire proprement bouter hors de l’île. Récupéré par les japonais, il est aujourd’hui visité par de nombreux touristes qui en profitent pour se régaler dans les petites rues environnantes.

  • Koxinga, un héros national !

Koxinga, de son petit non chinois 鄭成功 Zhèng Chénggōng n’était pas un rigolo. Son père, pirate venant du Fujian connut sa mère à Hirato, ville où il vécut jusqu’à ses sept ans avant de repartir pour la terre natale paternelle où il reçut un enseignement confucéen classique afin de passer les examens impériaux.

Lorsque la dynastie Ming s’effondra en 1644, remplacée par la dynastie mandchoue, certains princes du sud lui restèrent fidèles. Parmi eux, le prince Tang qui tenait la région de Fuzhou prit le jeune Zheng à son service. Aidé par son père, il continua à ferrailler avec les Qing dans le Guangdong, le Fujian et le Zhejiang, allant même jusqu’à Nankin d’où il se fait virer manu militari.

Un peu vexé, il décida donc de dégager les Hollandais qui étaient tranquilles à Taïwan pour se faire une base arrière, assiègea le fort décrit plus haut qu’il finit par prendre en 1662. Magnanime il fit main basse sur tous les biens de la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales en accordant la permission aux civils, aux fonctionnaires et au militaires survivants de quitter l’île avec leurs biens. Depuis son nom est prononcé non sans quelque exaltation sur l’île de Taïwan !

  • Les chaussures qui font chouic-chouic

La mode a changé. Fini les petites sandalettes et les escapades. Pour les bambins qui voudraient faire le mur, un brillant père de famille, las sans doute de perdre contre ses pioupious à cache-cache, a inventé une paire de baskets révolutionnaire qui permet de suivre ses enfants au son.

Sur le rivage non loin de Tainan, seul nuisance troublant cette fin de journée, on pouvait ainsi entendre le bruit obsédant d’une paire de chaussures qui pleurait, surveillée de près par sa mère. Qu’est-ce qui se passe dans la tête d’une petite fille de trois ans, qui dès qu’elle marche est suivie par un canard de bain ?

  • La photo obligée

Le coucher de soleil sur Tainan est un spectacle qui vaut le coup. Les amoureux se regardent avec des yeux éperdus, un petit vieux l’attend une bière à la main et la clope au bec. A Taïwan, l’oisiveté n’est pas la mère de tous les vices, on l’appelle poésie.

  • Lions … et dragons au temple de Confucius

Confucius, c’est un peu le Socrate national. Je ne m’attarderai pas sur sa vie et sur son œuvre, puisque je compte lui consacrer un article dès que j’aurai un peu approfondi sa pensée.

Toujours est-il que le temple de Confucius (孔子廟 Kǒngzi miào) est un monument à ne pas rater si l’on passe à Tainan. Ce qui frappe tout d’abord, c’est son austérité par rapport à d’autres temples que l’on peut voir. Entouré d’un jardin aux arbres couplés, les étudiants y viennent et notent sur de petits feuillets leurs désirs de réussite aux examens. Dans la Salle du Grand succès, le maître y est représenté entouré de tablettes portant le nom de ses disciples et de « quatrains » écrits par les empereurs qui se sont succédés (suivis par les présidents) à la tête de l’État. 

  • Ma tanière

Si j’habitais à Tainan, ça serait ma tanière. Une petite rue, pas plus large qu’un bras menant sur une maison de thé dont les murs jaunes étaient éclairés doucement par le soleil couchant. Lieu idéal pour lire au calme, pour prendre rendez-vous, pour travailler…

C’est le genre d’endroit dont j’espère qu’il ne sera jamais recensé par le Lonely Planet, tant le peu de fréquentation est ce qui lui donne tout son caractère. Connaissant l’endroit par bouche à oreille ou par pur hasard, les nouveaux clients arrivent un peu timides, se demandant dans quel monde ils sont tombés ou tout heureux d’être des pionniers. C’est bien la caverne d’Ali Baba du promeneur solitaire.

Mais chhht !

  • Une école bâtie dans le style japonais

Si l’on demande aux taïwanais, certains diront qu’ils apprécient beaucoup les japonais, d’autres moins. Cette école à deux pas du temple de Confucius a une architecture caractéristique. Lorsque partout l’on nous impose des immeubles en béton, comme chez nous, horribles et vieillissant mal, l’œil se repose à admirer ces toits délicatement courbés et cette architecture naturelle.

  • Scène de la vie taïwanaise

L’art de vivre à la taïwanaise est avec les plaisirs de la table ce qui les rapproche le plus des français. Lézarder à la terrasse d’un café dès que les beaux jours reviennent, bavarder tranquillement autour d’une tasse de thé. Dans l’atmosphère chaleureuse du sud, le moindre de ces moments prend une coloration toute particulière. J’ai retrouvé ici la même tranquillité que celle qui régnait autour dans le quartier au nord du lac Beihai de Pékin, assistant silencieux à une partie de mah-jong. Le temps se suspend, reste l’instant.

消息 Xiaoxi - Nouvelles

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Taïwan, au climat chaud et humide s’est rafraîchie ces derniers temps. Le vent sec du Nord nous oblige parfois à sortir un pull ou un manteau pour affronter les rigueurs du froid, particulièrement lorsqu’une sortie en scooter s’impose ! Les grosses chaleurs reviennent parfois, lorsque le ciel est bleu et que le vent est tombé. Il fait bon alors aller se promener un peu, et aller voir la mer, magnifique et démontée.

J’ai à présent passé mon permis deux-roues. Pour quelques centaines de yuan, et une matinée d’examen, je peux donc aller où bon me semble sans craindre de gyrophares. L’amende en cas de contrôle est assez salée et me mettrait sur la paille pendant quelques temps. Les policiers sont assez cool avec les étrangers, et feindre l’ignorance du chinois m’a permis un jour d’éviter de manger du riz blanc pendant un mois !

Les étudiants n’ayant que trois heures de français par semaine avancent lentement mais sûrement. Leur prononciation se précise de jour en jour, et leur vocabulaire devient suffisant pour qu’ils puissent utiliser la langue française pour certaines choses de base. Chose étonnante que d’être prof. Il y a encore un an, j’aurais grogné comme eux à l’annonce du troisième examen du semestre. Passé de l’autre côté de la barrière, ça me paraît être une nécessité. Et lorsque l’on me demande des nouvelles, je pousse les mêmes soupirs que certaines personnes que je connais très bien en répondant sur un ton tragique : “Si tu savais, j’ai quatre paquets de copies à corriger…” L’enseignement c’est un sacerdoce. Maintenant je plains tous mes profs qui en lisant mes devoirs retrouvaient les mêmes fautes, les mêmes erreurs, les mêmes imprécisions que mes camarades et qui d’un même trait rageur de stylo rouge rayaient mes innommables âneries.

La vie à Hualien, paisible ville de l’Est, s’écoule tranquille. Je n’en demeure pas moins assez actif. Mes onze heures de cours par semaine m’occupent beaucoup, ainsi que la préparation des examens, et la correction des copies. L’autre principale occupation concerne l’apprentissage du chinois. Au bout de deux mois et demi, j’ai à présent pris mes marques et suis à peu près autonome sur le plan linguistique. Les cours particuliers que les étudiants me donnent plusieurs fois par semaine, ainsi que la très bonne méthode de l’université 師大 Shida m’ont permis de renforcer une grammaire que huit mois de travail solitaire à Shanghai avaient rendu vacillante.

Perdue entre les montagnes et l’Océan Pacifique, Hualien est une jolie ville secouée assez souvent par des tremblements de terre. La plupart sont si légers qu’on les sent à peine, mais parfois les vitres tintent un peu ! La semaine dernière, les étudiants sont tous sortis des dortoirs, surpris par une secousse de magnitude 6. Ça commence à faire pas mal, on l’a senti de Taipei. Et les baignades ? Impossibles ! Au bout de quelques mètres (zone en bleu foncé sur la photo), le sol se dérobe sous vos pieds et tombe à pic. Un petit somme, et hop on se réveille au Japon ! Occasion rêvée me direz vous pour aller saluer nos amis Nippons. J’y songe…

Mais, et vous ?

Près de deux mois et demi ont passé, et je pense pouvoir à présent actualiser ce blog un peu plus souvent ! Certains articles sont déjà en cours de rédaction !

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En haut : La campus de 東華大學 l’université de Donghua au milieu des montagnes.

En bas : l’Océan Pacifique !

慶祝過年 qìngzhù guònián - Les fêtes du Nouvel-An

Le Nouvel-an est la plus importante des fêtes chinoises puisqu’elle marque le premier jour du premier mois lunaire. A cette occasion, tout le monde ou presque est en congé et afflue vers le sud du pays pour retrouver sa famille, ses parents, ses enfants et célébrer dignement le passage d’un animal à l’autre.
Selon le calendrier chinois, chaque année porte en effet le nom d’un animal, dont le cycle a été défini voici des siècles par les astrologues chinois qui avaient en leur temps une avance de plusieurs siècles sur l’Occident en matière d’observation des étoiles. Cette année, nous passons dans l’année du lapin, plus connu en France sous forme de civet, et réputé dans le monde chinois pour son calme, son raffinement intellectuel son empathie et sa fragilité qui en font une petite bête ma foi très sympathique.

La veille du Nouvel-An, la ville retentit de coups de pétards lancés par les enfants, et les familles se rassemblent. La tradition veut que l’on offre une enveloppe rouge (紅包 hóngbāo) contenant un peu d’argent, ou deux pièces de dix kuai en symbole de prospérité et que l’on se réunisse, autour d’une table mais sans doute l’aurez vous deviné. J’ai eu la chance de passer les fêtes du Nouvel-An dans une atmosphère familiale et très chaleureuse, chez une amie taïwanaise. Loin des siens, ça a été une grande source de joie que de retrouver une ambiance familiale pour quelques jours. À cette occasion, j’ai appris à taper le Mah-Jong, l’un des jeux les plus célèbres d’Asie qui peut vous tenir éveillé des nuits entières et essayé de comprendre certaines de ses nombreuses règles, un prochain sujet d’article sûrement.

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La période du Nouvel-an prend fin à la fête des lanternes (元宵节 yuánxiāojié), célébrée hier. Fête très importante dans le calendrier chinois, elle est aussi appelée “petit nouvel an” (小過年 xiǎoguònián). À l’origine du monde, lorsque le mythe se confondait avec la légende, un dieu particulièrement peau de vache menaça d’incendier la capitale le 15ème jour du 1er mois lunaire. Un petit type malin eut alors l’idée de faire sortir les gens dans la rue une lanterne rouge à la main et d’en accrocher aux portes des maisons afin que le dieu, trompé, rentre dans sa tanière satisfait. Un autre récit, témoignant du côté profondément romantique de l’âme chinoise, dit que cette menace fut inventée par un conseiller impérial afin de permettre à une servante du palais de pouvoir sortir du palais pour un soir retrouver sa famille.

Hier soir à Hualien, familles, jeunes et moins jeunes se pressaient sur le rivage pour lancer vers le ciel comme des montgolfières, de jolies lanternes de papier rouge sur lesquelles étaient inscrits les vœux pour la nouvelle année, vœux d’amour, de joie, de réussite financière et scolaire.

Dans quelques jours, c’est la rentrée des classes. Les étudiants après cinq semaines de vacances, vont reprendre le chemin de l’université, et rallier nos classes de français où nous accueillerons ce semestre 45 petits nouveaux, intéressés par la langue de Molière ! Au programme, un groupe de discussion franco-taïwanais, de nouvelles méthodes d’enseignement et un semestre de folie à Hualien, ville dont je découvre au hasard des rues les richesses cachées.

八月的電報 - Brève aoutienne

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最近在法國,大部分的人(除了商人)在休息一下。年輕人習慣跟朋友一起到夏令營去,也去海邊、山上或外國去旅行。但是我的感覺就是很多臺灣的年輕人感受不同的習慣…

À l’heure où l’herbe jaunit dans les jardins désaffectés par les familles françaises, parties trouver ailleurs un coin de sable ou un bout de montagne, pendant que les petits français sont sur leur vélo ou devant leur console, beaucoup de taïwanais vivent une tout autre expérience…

我昨天搭捷運,有位高一的學生跟我講話。他問我很多外國人時常會碰到的問題。你從那裡來?法國人是不是很浪漫?法國很漂亮嗎?巴黎呢?然後,我看他穿著制服。所以我問他:“你為什麼穿這樣的衣服呢?你不是在放假嗎?“。他回答我:”暑假還有課“。這幾天,我常常看到學生在寫作業,但是他們很累通常在打瞌睡!太辛苦了。

我已經開學了,每天都教法文。我這一班很好。他們認真學習、很熱情。是所有老師夢想教到的學生!如果下學期的氣氛跟這兩個禮拜一樣,我一定會覺得運氣很好!他們很努力。每天都來跟我學法文。我很佩服他們。

今天早上,我發現我瘦了很多。所以我決定去”Subway”吃美式的食物,好讓我變胖。本來沒有位子,但我在一個媽媽帶著小孩的旁邊找到空位。他們三個吃飯的時候一直在練習英文。不要虛度光陰!

你們一定知道我很喜歡薹灣的食物。不過有的時候我會夢到法國菜:法式香腸在一起跳舞,法國起司一起討論哲學… 有時候麥當勞就像大麻的代替品:溫暖人心但同時帶來罪惡感!那麼,算了!既然我已經吃了麥當勞,所以我又能繼續發表評論!

有一天,我在麥當勞吃牛肉漢堡 (I’m loving it)。然後呢,有個太太跟她的兒子來我旁邊吃Happy Meal。他們兩個在討論開學的事。去哪一間補習班? 晚上怎麼辦?媽媽要選最好的補習班,最好的學校。我住花蓮的時候,家附近有很多補習班跟珍珠奶茶店。小朋友們都到晚上十點多下課才能回家休息。第二天很早又要去上課。很辛苦,不是嗎?

我的童年生活很不一樣。放假的時候到布列坦尼玩水、去鄉下散步、參加各種夏今營、看書,整修百葉窗。什麼都做,就是不用去學校。念書歸念書,假期歸假期。我曾經野心勃勃地想要看完普魯斯特寫的“追憶逝水年華”,或是重讀柏格森的作品,但是美麗的陽光戰勝了“斯萬”跟“少女花“,柏格森的哲理輸給了海灘跟餐前酒!其實我看到薹灣的學生在夏天頂著大太陽去上課,心裡很為他們抱不平,但也許我自己也該這麼努力。


Hier, un jeune collégien m’a abordé dans le métro. Il faut bien pratiquer un peu l’anglais… En fait on a discuté en chinois. Après les questions d’usages, on a parlé scolarité. Pourquoi portait-il un uniforme en plein mois d’août ? Parce qu’il avait des cours supplémentaires et consacrait son été à l’étude. En pratique, ça donne souvent des enfants ou des étudiants assoupis sur les tables des bibliothèques. Mais quand même, le pauvre chou.

Ayant commencé à donner quelques cours à l’Alliance Française, j’ai été béni. Groupe sympathique, sérieux et travailleur, uni et solidaire. Si l’année prochaine est à l’image de ces deux premières semaines, alors je peux me réjouir : cela promet d’être extraordinaire ! Il n’empêche que, comme ces collégiens, mes treize étudiants ont consacré deux mois d’été à apprendre une troisième langue, pour certains juste comme ça. Je suis admiratif.

Ce matin, après avoir constaté que j’avais perdu des kilos en moins, j’ai décidé de retaper mon IMC (celles qui lisent Elle et Cosmo me comprendront) en allant bouffer américain au Subway du coin de la rue. Après avoir lutté pour trouver un siège, j’ai fini par trouver une place à côté d’une maman taïwanaise et ses deux enfants qui… parlaient anglais, sérieux comme des papes. Pratiquer, pratiquer, courir contre le temps.

Vous l’aurez compris, la nourriture taïwanaise bien que délicieuse, n’empêche pas mon sommeil paradoxal d’être peuplé de saucissons qui font la java, de steaks qui sautent à la perche dans une poêle et d’un camembert qui cause philo avec une époisses. À l’étranger, le Mc Do est parfois ce que la méthadone est à l’héroïne : une saloperie qui soulage. Maintenant que j’ai fait mon coming-out ronaldien (whouf, je suis soulagé), on peut passer à la dernière anecdote.

Un jour que je dégustais un cheeseburger dégoulinant de cheddar (I’m lovin’it), une dame et son jeune fils de dix ans sont venus prendre les places à côté de moi. En dégustant un Happy Meal, ils parlaient avenir et rentrée des classes. Il était question d’organiser les soirées du petit après l’école. Il fallait lui trouver la meilleure 補習班 bǔxíbān du quartier, minuter et rentabiliser son temps, ses soirées. Il devait diner avec sa sœur et repasser du temps le soir à étudier. La rue dans laquelle j’habitais à Hualien est remplie de ces bǔxíbān et de petits restaus qui vendent à la pelle ce “thé aux perles”, le 珍珠奶茶 zhēnzhūnǎichá qui fait depuis plusieurs décennies le délice des étudiants. Les enfants en sortaient vers neuf ou dix heures du soir épuisés et rentraient chez eux dormir avant de commencer une nouvelle journée d’étude.

Je vous parle d’un temps que les plus de vingt ans ne peuvent pas connaître. Moi en ces temps là, je faisais des pâtés en Bretagne, des balades dans les marais salants, animais des colos où l’on faisait tout sauf bosser ou alors passais mon été je ne sais plus comment, à lire ou à peindre des volets. J’ai eu un moment le projet ambitieux de m’enfiler la Recherche ou de relire Bergson, mais le soleil a eu raison de Swann et de la Duchesse de Guermantes, la mer et les apéros des données immédiates de la conscience ou des théories lumineuses dudit quidam sur l’intuition. Même petit, les devoirs de vacances ont toujours été un vœu pieux, une lointaine résolution. Au fond de moi, je ne peux pas m’empêcher de plaindre ces jeunes qui passent un été dans la chaleur moite de Taipei à étudier au lieu de faire des randonnées dans les montagnes… même si c’est peut-être ce que j’aurais du faire.

開學 kāixué - La rentrée des classes

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我覺得當老師是最好的職業。為什麼?原因是可以放假!所以我一直以為當老師很有趣。可是,放假以後怎麼辦?開學以前大概有一點著急,自己問自己:教學方式好不好?學生覺得法文怎麼樣?老師不會無聊,學生們就可以了!

但開學後就很開心!我覺得學生很認真,超好奇、喜歡學新的東西、總是問我很多問題。他們也進步很多了!另外,我們這學期多迎接三十幾個學生。他們看起來很聰明!寒假再變美成麗得的回憶, 日子在變得比較重要。我現在比較習慣教書,比較習慣中文,所以越來越感覺很舒服。

花蓮真是很漂亮得城市。我發現了很美麗得房子,超漂亮的地方可以去散步,一家日本式的書店可以去學習。還有星巴克,星巴克的咖啡,星巴克的音樂我聽得受不。其實星巴克真看起來像太美式的,我比較喜歡薹式的差點 !

新的學期,新的學生,新的見面,新的事情,新的發現!聽起來很棒,不是嗎?

Le principal avantage de l’enseignement, me disait quelqu’un que je connais comme s’il m’avait fait, c’est les vacances. Effectivement, c’est pour cela que la profession m’a toujours paru éminemment intéressante. Cependant, la tension monte toujours un peu avant la rentrée : les méthodes de travail sont-elles les bonnes ? les cours plaisent-ils aux étudiants ? S’il est dur pour un professeur de s’ennuyer, c’est toujours plus facile pour son public !

Mais passés les premiers instants de déprime, on se lance dans un nouveau semestre, et les vacances deviennent un heureux souvenir alors que la vie quotidienne nous absorbe de plus en plus. La bouteille venant en enseignant, et l’oreille commençant à s’habituer aux sonorités chinoises, je suis de plus en plus à l’aise. Ainsi, j’ai retrouvé avec grand plaisir mes étudiants pour ce nouveau semestre. Les groupes ont un peu changé, certains sont partis, les meilleurs sont restés, une trentaine de petits nouveaux sont arrivés et m’ont l’air bien parti pour crever le plafond.

J’ai découvert également Hualien sous un jour nouveau. De jolies maisons cachées dans des petites rues, des endroits un peu reculés où il fait bon se promener et une librairie vieillotte construite dans le style japonais où je peux m’arrêter travailler. Il y a aussi l’habituel Starbucks avec son café Starbucks et son jazz Starbucks que je ne supporte plus. Tout est trop américain, je préfère de loin les maisons de thé taïwanaises !

En bref, nouveau semestre, nouveaux étudiants, nouvelles rencontres, nouvelles occupations, nouvelles découvertes. Ça cartonne non ?

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  • 淡水 Danshui

Au Nord de Taipei se trouve la petite ville de Danshui où l’on peut trouver des vestiges d’un passé colonial désormais révolu. J’y ai passé quelques jours chez un de mes amis. C’est une petite ville tranquille et sympathique, au bord de la mer. Évidemment, elle a ses spécialités culinaires, comme des boules de poisson fourrées à l’ail (hum !), les “œufs de fer” cuits à multiples reprises dans un mélanges d’épices et séchés à l’air, et des beignets à la crevette. Chaque ville a ses spécialités, un jour, je ferai un “Tour de Gaule”. Gaulois, ce sont vos dernières bêtises !

À quelques kilomètres de Taipei, c’est la montagne, verdoyante. Et partout, la mer, qui fait bouillir mon sang breton.

  • 貓空 La vallée de Maokong

La vallée de Maokong, située au sud-est de Taipei est célèbre pour ses jardins de thé (茶園 cháyuán), accessibles en téléphérique. Après avoir survolé pendant une vingtaine de minutes cette vallée enchanteresse et avoir profité d’une vue imprenable sur Taipei et ses environs, nous quittons la ville et profitons du silence

Parfois la Lettre à Élise annonce au loin le passage des poubelles (charmant rituel dont je vous parlerai plus tard, photos à l’appui).

Dans le monde chinois, le thé est comme le vin, et possède ses grands crus notamment le Oolong que je bois à longueur de théières. Le préparer demande de se plier à un rituel immuable. Après avoir fait bouillir l’eau, il faut la laisser tiédir afin de ne pas faire brûler les feuilles, la verser dans la théière pour les laver et jeter la première eau. La durée et la quantité des infusions varient selon le thé. Il parait que la deuxième est la meilleure, mais je préfère la troisième et la quatrième, peut-être plus fortes et adaptées à mon palais d’occidental. Plus le thé est bon, plus il est possible de le réutiliser, parfois une feuille suffit !

Mort de Jacques Dars

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Jacques Dars est décédé le 28 décembre à l’âge de 69 ans. Grand érudit et connaisseur de la culture chinoise, nous lui devons plusieurs excellentes traductions, dont celle du classique chinois Au bord de l’eau (水滸傳 shuǐhǔzhuàn) publié en Pléiade et qui fut en même temps que mon premier contact avec la littérature classique chinoise une expérience de lecture unique. Je dois à Jacques Dars dans une certaine part mon intérêt pour cette partie de la culture chinoise que j’espère bien pouvoir pratiquer un jour.

Polyglotte, il parlait plus d’une vingtaine de langues (certains ont de la chance). Directeur chez Gallimard de la collection “Connaissance de l’Orient”, il a notamment publié parmi de nombreux ouvrages “Aux portes de l’Enfer”, “Comment lire un roman chinois”, “Les carnets secrets de Li Yu”. Pour aborder ce monde fascinant qu’est le monde chinois, en effet rien de mieux que la littérature ! À cet égard, l’apport de Jacques Dars à la sinologie française a été précieux et elle a perdu en 2011 l’un de ses principaux et de ses meilleurs contributeurs.

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