anonymous said:

On peut même lancer une mode de dictons: "paix et amour, payes ton boulgour"... pas sûr que ça veuille dire grand chose par contre...

Richesse et prospérité, bois ta Chicorée.

Les 20 plus belles phrases d'amour | Transformez votre vie aujourd'hui


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Les 20 plus belles phrases d’amour qui m’inspirent au quotidien et qui me donnent envie de me dépasser.

Melissa Pekel's insight:

Erich Fromm

“L’amour immature dit : je t’aime parce que j’ai besoin de toi. L’amour mature : j’ai besoin de toi parce que je t’aime.”

Martin Luther King, Jr

“J’ai décidé d’opter pour l’amour. La haine est un fardeau trop lourd à porter.”

Bruce Lee

“L’amour est une amitié enflammée.”
La flamme des permiers jours,
Jolie, chaude et fière,
Ne donne pourtant qu’une lumière chancelante,
Et puis l’amour grandit, notre coeur murit,
Et notre amour brule comme des charbons,
hardement et inaltérablement.

Bernard Werber

“L’amour pour épée, l’humour pour bouclier.”

Lao Tzu

“Etre aimé profondément par une personne vous donne de la force, aimer profondément quelqu’un vous donne du courage.”

Gandhi

“Là où il y a l’amour, il y a la vie”

Thomas Carlyle

“Un cœur aimant est le commencement de toute connaissance.”

James Baldwin

“L’amour ne commence ni ne finit comme nous le croyons. L’amour est une bataille, l’amour est une guerre, l’amour grandit.”

Stendhal

“Il suffit d’un très petit degré d’espérance pour causer la naissance de l’amour.”

Charles Aznavour

“Je t’aime tant, je suis prêt à affronter dans ma folie
Tous les hasards, tous les dangers, comme un défi.”

Arouna Lipschitz

“Aimer, c’est prendre le risque de l’échec parce qu’il vaut mieux avoir souffert d’amour que n’avoir jamais aimé.”

Victor Hugo

“Le bonheur suprême de la vie est la conviction d’être aimé pour soi-même, ou plus exactement, d’être aimé en dépit de soi-même.”

Saint Augustin

“L’amour est la beauté de l’âme.”

Tom robbins

“Nous perdons du temps à la recherche du parfait amant, au lieu de créer le parfait amour.”

Peter Ustinov

“L’amour est un acte de pardon sans fin, un regard tendre qui devient une habitude.”

Rainer Maria Rilke

“L’amour consiste en ce que deux solitudes se protègent,
se complètent, se limitent et s’inclinent l’une devant l’autre.”

Euripides

“L’amour est tout ce que nous avons, la seule façon que chacun puisse aider l’autre”

Francis Cabrel

“Et quoi que tu fasses l’amour est partout où tu regardes”

Elton John

“Je crois en l’amour, c’est tout ce que nous avons
l’amour n’a pas de limites…”

The Beatles

“L’argent ne peut pas m’acheter l’amour”

ou encore

“Tout ce dont tu as besoin, c’est d’amour”

Retrouvez cet artilce sur http://www.retouralinnocence.com/2012/12/les-20-plus-belles-phrases-damour/


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Dictons ridicules

Exemple de dictons ridicules que les gens adorent répéter. Toujours pour sauver des situations périlleuses. Apporter un réconfort inexistant. 

"Mariage pluvieux, mariage heureux."

"Un de perdu, dix de retrouvés."

"Pour vivre heureux, vivons cachés."

"Femme qui rit, à moitié dans ton lit."

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LES DICTONS DES ALCOOLIQUES…
1 - Quand un verre est plein on le vide. Et quand il est vide on le plaint. 
2 - On boira du lait quand les vaches mangeront du raisin. 
3 - Conduire ou choisir, il faut boire. 
4 - Si l’alcool vous gêne dans le travail arrêtez le travail. 
5 - Boire au volant, c’est pas bien ! Faut boire a la bouteille. 
6 - L’alcool tue lentement. M’en fous je suis pas presse… 
7 - Qui boit sans soif vomira sans effort. 
8 - Vaut mieux être bourre que con, ça dure moins longtemps. 
9 - L’eau est un liquide si corrosif, qu’une seule goutte suffit pour troubler le pastis. 
10 - La sobriété est une hallucination due au manque d’alcool. 
11 - Qui boit, s’enivre. Qui s’enivre, s’endort. Qui s’endort ne pèche pas. Qui ne pêche pas va au paradis. 
Moralité : buvons !

XXIII

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23ème édition
3 octobre 2013 

ROMAN-FEUILLETON

Trois proverbes à placer (dans l’ordre qui vous convient) :
« Il faut souffrir pour être belle »
« Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse »
« Pierre qui roule n’amasse pas mousse »

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      - LILY EST SON PRENOM (chapitre 2) -


(D’un ton taquin) 

- Remarque… Je ne suis pas sûre de te la présenter. 

-…

(Faussement menaçant) 

- Arrête de dire que tu ne me crois pas ou je raccroche. Tu veux que je te dise pourquoi je ne veux pas te la présenter ? Parce qu’elle est super jolie et que tu vas me quitter pour elle !

-…

- Oui, oui, je sais : « il faut souffrir pour être belle » et bla bla bla, mais la vie est parfois injuste quand même. Mais bon, si tu promets, alors je veux bien. De toutes façons, tu ne peux pas m’échapper, je t’ai envoûté !

-…

- Désolée, mais si tu viens demain, elle ne sera pas là. Maintenant, si tu te sens de traverser tout Paris pour mes beaux yeux, alors, tu es le bienvenu.

-…

- Merci, ce n’est me faire que trop d’honneur.

-…

- Oui, je sais… Mais en même temps, pour une coloc’, on ne peut pas dire qu’elle me pourrisse particulièrement la vie.

-…

- Oui, et bien j’ai déjà eu le temps d’en connaître des colocataires « galère » et je te dis juste que Lily, ça n’a pas l’air d’être le genre. Ça ne fait deux semaines qu’elle est là et même si la plupart du temps on se croise plus qu’autre chose, je suis contente qu’elle soit là.  

-…

- Non, mais je maintiens ce que j’ai dit ; je la trouve un peu étrange, mais ce n’est pas ça : ne pas se montrer particulièrement loquace est plutôt un bon point d’après moi.

-…

- N’importe quoi ! Je ne parle pas pour deux, moi ! Le jour où nous vivrons sous le même toit, vous verrez que je ne suis pas celle que vous croyez, MON-SIEUR ! D’ailleurs, je te rappelle que tu ne vas pas pouvoir te trouver des excuses bien longtemps et que je t’ai mis d’office en haut de ma liste des futurs “coloc’” pour quand elle partira.

-…

- Je ne sais pas quand, non. Ce que je peux te dire, c’est qu’en tous cas, le jour où ça arrivera, le soir même tu es dans mon appart’, et les excuses bidon du genre “mes parents veulent que je garde un œil sur ma sœur”, ça ne prendra pas.

-…

- Oui, ok, je comprends, et je sais que tu as tout autant les boules que moi, mais moi je préfère quand même te rappeler que “tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse”. Voilà ! “Un homme averti en vaut deux !”

-…

- Et oui, c’est comme ça, mon p’tit monsieur, je suis d’humeur philosophe ce soir. Tiens, ça me rappelle ce que m’a dit Lily ce matin : “Quand tu as donné tout ce que tu pouvais, il est peut-être tout simplement temps de partir”.

-…

- Mais non, je ne sais pas ce qu’elle avait en tête, mais avoue que ça sonne plutôt bien. Moi, je lui parlais de mes embrouilles avec Dom, et sa réponse était clairement disproportionnée, mais de toute évidence elle se parlait plus à elle-même qu’à moi.

-…

- Qu’est-ce que tu voulais que je lui réponde ?! Je lui ai sorti un “Pierre qui roule n’amasse pas mousse” des familles  parce que c’est la seule chose qui m’est venue en tête et bizarrement, je crois avoir fait mouche car elle a médité ma réponse avant de me dire un truc comme quoi, j’avais peut-être raison, mais que ça méritait plus ample réflexion.

-…

- Ah, tu comprends mieux ma première impression maintenant. Tu vois que je ne délire pas ! Mais, en même temps, je l’aime bien. Elle est sympa, elle m’écoute, elle cuisine super bien quand elle est là -elle nous a fait des pâtes au brocciu hier à se damner- et elle adore les enfants elle aussi.

-…

- Je le sais parce qu’elle me l’a dit bien sûr ! Elle fait du baby-sitting tous les jours et elle a plein de bonnes idées pour occuper la petite qu’elle garde. C’est clair que je vais lui en piquer pour l’été prochain. Tu verras, elle est vraiment sympa. Rien à voir avec l’Anglaise que je me suis coltinée l’année dernière. Déjà, Lily, elle, elle ne fout pas sa zone dans tout l’appart’ et se contente de sa chambre. En même temps, on ne peut pas vraiment dire qu’elle ait débarqué avec un 15 tonnes. 

-…

- Des fringues, un seul bouquin -mais c’est Le Petit Prince alors je lui pardonne- et un vieux réveil et une photo de la petite qu’elle garde sans doute sur son chevet.

-…

- Bof, non, moi ça ne me choque pas.  Bon, écoute je lui en parle et promis, j’essaye d’organiser un repas tous les trois très vite. Allez, assez parlé d’elle, t’as bossé ton cours de socio pour demain?  


Jeanne Eymard

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      - LA VERITE NUE (chapitre 2 - les personnages secondaires) -


La ponctualité est la vertu des gens qui s’ennuient.

Quand on était jeunes, Dina répétait à l’envi ce genre de phrases définitives pour justifier ses innombrables retards. Elle la trouvait magnifique. Moi, je la trouvais horripilante. Je l’attendais une heure, deux heures, à la terrasse d’un café et à chaque fois, d’un sourire bien senti, d’un regard appuyé, d’un baiser déposé doucement sur ma joue embarbée, elle faisait voler en éclats le voile de mauvaise humeur qui brouillait mes yeux. Ma colère s’envolait au premier son sorti de sa bouche. Face à ses yeux verts, je n’étais que faiblesse.

J’ai toujours haï cette phrase.

Je la hais encore plus aujourd’hui. Le café de la mairie est quasi désert. Il est 16 heures passé, Dina devrait être là depuis une bonne demi-heure. Alex m’a servi un Perrier citron que je dégaze nonchalamment à force de tourner une longue cuiller à l’intérieur de mon verre.

Tiens, les pépins remontent à la surface.

 Comme les gérants de bar à l’ancienne, Alex a toujours un chiffon blanc posé sur son épaule. Lui, pourtant, n’a que trente ans à peine. Il jette un œil au gros livre posé devant moi. Quatre cents vingt-sept pages vaguement inspirées de l’affaire qui me hante depuis dix ans. Correction : de l’affaire qui m’accompagne depuis dix ans. Au-dessus du titre, le nom de Dina se détache en gros, lettres blanches sur fond noir.

Alex m’interroge des yeux, comprend que je n’ai envie de parler ni du livre, ni du fait que je poireaute depuis près d’une heure, visiblement à bout de nerfs. Il tente une diversion, me demande mon avis sur le prochain Marseille-Rennes. Alex a toujours vécu ici, mais il est breton de cœur, pense que l’OM peut en prendre deux ou trois demain au Vélodrome. Je souris gentiment. Depuis quelques années, on joue au loto sportif, lui et moi. On se chamaille toujours avec plaisir le vendredi soir, au moment de remplir notre grille.

C’est un fait. Le temps passe de la même façon pour tout le monde. Nos larmes coulent à la même vitesse sur nos joues. En dix ans, mes cheveux ont blanchi, mes traits se sont creusés, ma peau s’est légèrement burinée. Dina n’a visiblement pas suivi le même chemin. Quand elle entre dans le café, toujours désert, je constate, une fois encore, que le temps a ses amis. Elle en fait partie.

Sa voix n’a pas changé non plus. Mais ça, je le savais. Ces dernières années, on en a passées des soirées pendus au téléphone jusque tard dans la nuit. Je lui racontais mon mal-être, mon carnet bleu sur les genoux. En silence, elle prenait des notes afin d’accoucher de l’épais bottin posé au milieu de la table, mini-mur de Berlin dressé entre elle et moi. Elle passe discrètement une main dans ses cheveux noir corbeau, fait tomber quelques gouttes de pluie à côté de sa tasse de thé fumant. Son visage n’a pas bougé en dix ans. Pas une ponctuation ne manque. Les virgules sont bien à leur place, les douces parenthèses de ces pommettes sont encourbinées juste ce qu’il faut. Son cou est celui d’une jeune fille, orné d’un collier de femme. Elle se lève pour retirer son manteau qu’elle a conservé quelques minutes à l’intérieur du café, dévoilant une silhouette nerveuse. Elle suit en souriant le chemin de mon regard. Pas de secret, dit-elle. Quatre heures de gym suédoise par semaine. Il faut souffrir pour être belle.

Ma poche vibre depuis cinq minutes. Le commissaire doit trouver le temps long. Je lui ai dit que je m’absentais une petite heure. Ça en fait déjà deux. Je devrais interrompre la conversation avec Dina, rappeler ce grand dadais fraichement sorti d’école qu’on nous a collé dans les pattes il y a deux ans maintenant. Tiré à quatre épingles, poli pour ne pas dire mièvre, il traîne son physique d’huissier sans charisme dans un commissariat qu’il ne réussira jamais à apprivoiser. 

Bref, je laisse ma poche vibrer.

Dina parle peu dans un premier temps. Elle s’amuse à observer mes réactions. Elle s’amuse à traquer mon émoi. Quand nous étions jeunes, elle jouait déjà avec la petite lueur qui brillait dans mes yeux comme un chat avec une pelote de laine. 

Elle se saisit soudainement de son livre duquel dépasse une dizaine de post-it plantés la nuit dernière au gré de ma lecture enfiévrée.  Et elle me dit comme ça, de but en blanc, comme si elle discutait avec un de ses fans : dans un bon polar, le plus important, ce sont les personnages secondaires. C’est toujours dans cette faune qu’est caché le meurtrier. Je lui fais remarquer qu’il n’y a pas de meurtre dans son polar à elle. Elle sourit gentiment. C’est que tu n’as pas tout saisi alors, glisse-t-elle avant de tremper avec une délicatesse surjouée ses lèvres dans son breuvage.

Elle laisse décanter sa phrase, comme on laisse infuser un thé. Et face à mon incrédulité, rigole franchement. « Je sais bien qu’il n’y a pas de meurtre, merci, c’est moi qui l’ai écrit, ce livre. »

Dans son livre, Eva s’appelle Anna. Les descriptions, les détails vestimentaires, la disposition des meubles dans la chambre de l’adolescente : tout est conforme à la réalité, en tout cas à ma réalité. Jusqu’au tee-shirt à l’effigie des Rolling Stones que portait le père d’Eva le jour de l’accident de la 4L. Enfin son beau-père, comme on l’a appris quelques jours plus tard. Je ne parlerai pas de plagiat, ce mot-là n’a aucun sens dans le contexte, mais certaines phrases du bouquin sont copies conformes à des passages entiers que j’ai noircis dans mon petit cahier bleu. 

Les années passent, mais j’ai toujours mes trois cahiers au bureau, ou dans ma petite sacoche en cuir si je m’absente trop longtemps. Dans le vert, je fais le point sur les enquêtes en cours, énumère méthodiquement les pistes, en évalue les probabilités. Dans le jaune, j’écris des haïkus,  de petits billets flirtant parfois avec la poésie que m’inspire l’ambiance du moment. Dans le bleu, je résous les énigmes. J’y écris noir sur blanc les épilogues des affaires qui me tracassent en remplaçant les preuves manquantes, par mon inspiration. Parfois par mes envies. En un mot, je scénarise mes dossiers en pointillés.

Dans le cas d’Eva, alors que le vent a tourné dès le début de l’enquête, que les indices évoquant une disparition inquiétante se sont succédés, de l’accident de la 4L à la découverte de photographies d’elle nue, en passant par les traces de sang dans la penderie familiale, jusqu’aux mensonges sur l’emploi du temps de son beau-père, j’ai toujours voulu croire qu’elle était encore vivante. Au bureau, j’orientais l’enquête, multipliais les auditions, envoyais Monsieur Martinet dans le bureau du juge. Mais dans le secret de mon cahier bleu, Eva avait simplement pris la poudre d’escampette un beau soir d’été, après avoir simulé son accident de 4L, fausse piste pour lui donner le temps de mettre les voiles, d’avaler les kilomètres, de laisser sa jeunesse derrière elle et de monter sur le pont d’un ferry traversant la Manche. 

Pour moi, elle a juste filé à l’anglaise.

Dina est une écrivaine (re)connue. Elle n’a pas besoin de moi pour vendre des livres, trouver des idées de romans. Mais je crois qu’elle aime l’idée de conserver un lien avec moi, d’entretenir son mythe dans mon esprit, de rester la reine lointaine d’un royaume fantôme. 

Quand on s’est revu, il y a dix ans, à l’enterrement d’un ami commun à Paris, j’étais en pleine affaire Eva. On a passé la soirée ensemble dans un bar, et je lui ai tout raconté. Elle semblait sincèrement captivée. Alors j’ai continué. Je l’appelais à intervalle régulier. J’étais Shéhérazade quémandant une nuit de plus d’intérêt à ses yeux.

A présent, elle bouge ses doigts sur la table en formica, comme une pianiste sans piano. Ses doigts sont longs, fins. Ses ongles sont peints dans une couleur que je ne saurais définir. Est-ce cela que l’on appelle « taupe » ? Elle avance doucement sa main vers moi. Elle a dépassé la moitié de la table, franchi notre mur de Berlin. Je donnerais quoi pour la lui prendre, pour la serrer dans la mienne ? Je ne l’ai pas fait il y a dix ans. Je ne l’ai pas fait il y a vingt ans. Il y a peu de chance que je le fasse aujourd’hui. Elle le sait et sourit tristement. 

Dehors, il s’est mis à pleuvoir. Des rafales de vent jettent des seaux d’eau par dizaines contre la vitrine d’Alex. On voit à peine le trottoir. Je devine des silhouettes passer devant le café à la hâte, pressant le pas pour atteindre le marché couvert où elles pourront patienter quelques instants sous la grande halle vide, le temps que les nuages continuent leur lente migration vers le sud. Ou vers le nord. Qu’importe le sens du vent, les nuages s’en vont toujours. 

Elle parle plus fort. Elle a monté d’un octave ou deux pour couvrir le bruit de la pluie diluvienne. Dina me parle de son éditeur, de son correcteur, de la fin de son roman qu’elle a réécrit trois fois. Elle me parle de son chat, de ses voisins insomniaques, de son amant. Oups. Elle se reprend. « Je ne devrais pas te parler de ça… »

Pourquoi t’es venue ?

La pluie s’est arrêtée nette quelques secondes plus tôt. Mais je ne m’en suis pas aperçu. Alors ma voix a retenti comme une cloche dans le café désert, faisant sursauter Alex qui a manqué une nouvelle fois de renverser son plateau sur lequel il s’évertue à empiler les verres comme des enfants qui jouent au badaboum. Tant va la cruche à l’eau…

Oui, pourquoi t’es venue, Dina ? J’ai retrouvé une voix plus douce, plus adaptée à une conversation intime entre deux amis qui ne se sont pas vus depuis une décennie. 

Elle m’a dit : montre moi ta photo. J’ai sorti doucement mon portefeuille, déplié l’image comme on déplie un parchemin égyptien. Elle a examiné Eva longuement. Avec les années, les pliures de la photo ont creusé des sillons. Des striures obstruent le haut de son ventre nu. La rivière, au loin derrière, est à peine visible maintenant. 

Dina a levé les yeux, inondant de verdeur mon maigre visage. Et elle m’a dit : je crois que je l’ai retrouvée. 

Pour de vrai, elle a ajouté.


Grégory Deuzat

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      - VOIX OFF (chapitre 2) -


J’ouvre un œil, puis le deuxième et je réalise que je suis allongée sur la plage arrière de ma voiture. 

Maudit tapis ! A force de me croire intouchable, il fallait bien qu’un jour ça m’arrive. Mon premier accident, à cause d’un tapis ! Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse, aurait dit Estelle. 

***

Comme convenu la veille, au bar, nous nous sommes donné rendez-vous à la location. Effectivement, elle était bien en bord de mer, si bien que de loin on pouvait penser qu’elle flottait sur l’eau. C’était une grande bâtisse blanche au toit de chaume, une terrasse tout autour du premier étage. En suivant le petit chemin à l’entrée de la propriété, on tombait sur l’entrée de la maison. Comment faire pour annoncer son arrivée quand il n’y a pas de porte sur quoi frapper ? Un rideau de corde à nœuds  faisait office de porte d’entrée.  

- Houhou, c’est Prunelle ! Y’a quelqu’un ?

J’attendis. Aucune réponse. Mais en levant la tête vers le premier étage, j’aperçus quelqu’un qui s’approchait de la rambarde de la terrasse.

- Entre ! 

Ce que je fis sans même savoir qui me parlait.

C’était magnifique. J’étais à l’intérieur et pourtant les grandes ouvertures laissaient à penser que nous étions encore dehors. C’était Estelle. Elle m’accueillit en tenue d’astronaute, une sorte de combinaison intégrale blanche. Voyant mon air ahuri, elle me dit :

- Tu dois te demander pourquoi  je suis couverte comme Saint-Georges ! C’est une combinaison de sudation, pour  faire sortir toutes les mauvaises  toxines de mon corps. Comme on dit, il faut souffrir pour être belle !

- Les autres ne sont pas là ? demandai-je d’un ton  faussement détaché face à  la vision grotesque que j’avais en face de moi.

- Ils ne vont pas tarder à rentrer du boulot ! J’enlève mon armure  et je te fais visiter.

Bien sûr, Estelle, fille du propriétaire, n’avait pas besoin de travailler. Sa famille richissime subvenait à ses besoins. Et Dieu sait qu’elle en avait… des besoins.

La visite commença. Cuisine, salle à manger, salon, toutes les pièces étaient gigantesques, lumineuses. Chaque chambre avait sa salle de bain, son ouverture sur la terrasse, le rêve ! A ce moment là, je me disais que la vie allait être merveilleuse dans ce jardin d’Eden.

***

Le téléphone en main, je décide d’appeler… mais qui ? Je ne connais plus personne ici. J’imagine Estelle me dire : Ton roulé-boulé en voiture illustre bien l’expression pierre qui roule n’amasse pas mousse.


Virginie Boegner

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      - KOÏ NOBORI (chapitre 2) -


Quand je me suis réveillée la première fois, mon père se tenait au bout de mon lit, les bras croisés, les mains coincées sous ses aisselles. On aurait dit un acteur de kabuki, celui avec le masque furieux. 

Il m’a dit : Qu’est ce qui t’as pris ? 

Et tout m’est revenu d’un seul coup. La chambre fermée à clé, l’horloge qui tournait, le sabre accroché au mur. J’ai reposé ma tête sur l’oreiller tout doucement. 

Il m’a dit : Il n’ira plus nulle part, oublie-le. 

Après, je ne me souviens de rien. Ma mère m’a raconté que j’étais revenue à moi trois jours plus tard. Les médecins n’ont pas su expliquer ce qui s’était passé. Mais moi je sais. 

Une fois le maître d’estampes battu à mort, il ne me restait plus qu’à retenter seppuku, ou à partir. Pour consoler un peu ma mère, j’ai accepté le mariage avec Ishiguro  et je l’ai suivi  aux Etats-Unis, où mon père lui avait promis un poste honorifique dans l’une de ses succursales . On m’a tenue enfermée dans une maison de convalescence pendant trois mois et puis l’un de ses hommes nous a conduits directement à l’aéroport. 

Je me souviens de ce jour gris, ma mère ratatinée comme une vieille poupée au fond de la berline, mon père et son masque de colère, mon nouveau mari en costume sombre. Tout m’était égal, je partais vers une vie sans but, là-bas ou ici, ici là-bas, les Etats-Unis, l’avenir, sans lui sans lui sans lui. 

C’était il y a neuf ans. Je ne suis jamais retournée au Japon. Je n’ai jamais retouché un pinceau. 

Par la fenêtre de ma villa dans la gated community californienne où je vis depuis maintenant cinq ans, je regarde le gardien  patrouiller, le revolver à la ceinture. D’un côté à l’autre du Pacifique, la violence, les armes. J’ai reçu ce matin une lettre de ma mère, qui me dit qu’elle a croisé notre ancien voisin au marché. Il était debout à l’aide de béquilles, il avait les jambes toutes chantournées mais il marchait tant bien que mal. Il a détourné le regard quand elle est passée mais elle me dit qu’elle est très heureuse qu’il ait survécu. Elle n’a jamais voulu l’accident. Elle n’était pas d’accord. Mais bien sûr, mon père ne l’a pas consultée. 

Notre ancien voisin, Shoîshi. Je me souviens à peine de lui. Tout cela est si loin. Il faisait des koï nobori incroyables pour la fête des enfants. Je revois ses carpes-drapeaux en tissu multicolores, hissées sur le mât en bambou devant sa maison. Elles claquaient au vent et je levais la tête pour regarder leur oeil rond plein de couleurs, leurs moustaches mystérieuses. Il passait l’hiver à les peindre et je l’aidais parfois. J’avais 10 ans, il en avait à peine plus et ne croisait jamais mon regard. C’est peut-être bien lui qui m’a donné le goût de la peinture. J’aimais sa présence silencieuse comme un courant d’air léger. La seule chose qu’il m’ait jamais vraiment racontée, c’est le conte chinois qui est à l’origine des koï nobori : une carpe plus courageuse que les autres aurait remonté le Fleuve Jaune à contre-courant. Enfin arrivée à sa source après tant d’efforts et de persévérance, les dieux l’auraient transformée en dragon pour la récompenser. Elle aurait alors pris son envol au-dessus du fleuve.

Quand j’y repense, je me dis qu’il était fasciné par sa future histoire, en somme. 

J’avais eu vent de son terrible accident juste avant mon départ. Mais mon propre état à l’époque ne m’avait pas permis d’y accorder beaucoup d’attention. Pourquoi ma mère me parle-t-elle de lui maintenant ? Et pourquoi semble-t-elle si soulagée de le savoir vivant ? Oh mon Dieu, pourquoi dit-elle que mon père ne l’a pas consultée ? Se pourrait-il que … ? 

Le message qui l’a rendu fou ce jour-là lorsqu’il a confisqué mon portable disait juste « Je pars avec lui ». Quatre petits mots envoyés à mon amie Aoko pour qu’elle sache. Dans son immense aveuglement, mon père a-t-il cru que j’étais éprise du pauvre Shoîshi ?
Le terrible accident était-il en fait le terrible règlement de comptes pour l’honneur perdu de sa fille unique ? 

Mais alors … le maître n’est pas mort ?

 Patsy Coub

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      - CE BANAL JEUDI DU 23 AOUT 2013 (chapitre 2) -


Ce banal jeudi du 23 Août 2013 allait laisser une trace sur la sente encore fraîche du destin de la jeune Marjolaine… 

A priori, il ne s’agissait que de l’émoi causé par la fuite précipitée d’un client, embarquant du même coup, et frauduleusement, deux livres qu’il tenait à la main. Ces ouvrages « Comment dépenser en cachette » et « Pas besoin de souffrir pour être belle » de Hélène Legastelois, au demeurant fort peu onéreux, ne permettaient pas d’envisager un lien de cause à effet avec la fuite de Michel Durand… Le petit monsieur au visage rougeaud qui l’avait joyeusement apostrophé, en était resté comme deux ronds de flan, balbutiant qu’il ne comprenait pas… que Mike Erssonne état une vieille connaissance, certes un peu bizarre, mais pas du tout voleur ! 

Ce fait divers avait quand même affolé la petite troupe de touristes présente à ce moment-là dans la librairie Les Fables Blanches et l’épisode avait été hautement commenté. Le soir encore, certains venaient acheter une carte postale supplémentaire, ou même un livre de poche, cherchant à s’assurer qu’un certain Mike, qui se faisait appeler Michel Durand, était bien passé par là…

Pierre et Marjolaine, fatigués mais toujours bons commerçants, tentaient d’alimenter l’intérêt par des commentaires encore inédits, analysant l’événement sous toutes ses coutures, osant même des rapprochements –pas faciles ! - avec le roman de Stephen King ou les ouvrages de Hélène Legastelois !  

Le plus curieux dans cette affaire -et bien qu’il n’y ait à priori aucun rapport- restait la demande récurrente d’une carte postale avec un naufragé en voiture sur la mer, qui ne cessait pas ! Pierre, bien qu’ayant affirmé comme à l’habitude que la série était épuisée, ne se souvenait même pas en avoir jamais reçu. 

Ce même soir pendant la nocturne, Patrice Charrier dont les rougeurs du visage s’étaient un peu atténuées, revint :

- Bonsoir Monsieur Charrier, bien remis de vos émotions ? 

- Oui… Enfin, quand-même, ça me travaille…Vous voyez, je ne sais pas s’il s’appelait vraiment Mike, ou si c’était pour se donner un genre ! Parce que vous avez bien vu, il ne fait pas vraiment anglais…

- Euh non effectivement, ni même américain! A propos, je voulais vous demander quelque chose : la carte postale avec le naufragé que vous cherchiez, vous l’avez trouvé ailleurs finalement ?

- Ah oui, avec tout ça, j’ai complètement oublié la carte. Vous vous rendez compte ? C’est pour ma belle-sœur ; si ça continue, je vais être rentré avant. Elle aime bien ce genre de blague ma belle-sœur ; mon frère est mécanicien, alors les tapis de voiture, elle en connaît un rayon !

- Je ne vois pas complètement le lien ?

- Mais si, mon frère les collectionne ! 

- Ah oui, comme c’est étonnant… Mais figurez-vous qu’on me demande souvent cette carte ces temps-ci et tous les clients ne sont pas à la fois, mécaniciens et collectionneurs de tapis de voiture ?

- (rire de Patrice Charrier)  

- Ahhh, mais vous connaissez pas le truc !! Vous n’écoutez pas l’émission 

- «  DrawingStar ». Cet hiver, les concurrents avaient eu une épreuve vachement dure ! Le sujet c’était  « Deux photos, l’une de bateau et l’autre de voiture avec beaucoup d’accessoires à côté, puis deux proverbes « Qui veut aller loin ménage sa monture » et puis…attendez, je me souviens plus… un truc avec Pierre  « Déshabiller Pierre pour habiller Paul », je crois ! 

- Eh bien le gagnant, il avait fait ce dessin du naufragé avec le tapis en guise de voile, et y’a un éditeur de cartes postales qui a voulu l’éditer pour l’été !

- Ah  c’est drôle, je m’appelle Pierre et je connais tous les proverbes avec mon nom… « Pierre qui roule n’amasse pas mousse ! »,vous êtes sûr que c’était pas ça plutôt ; Le jeu de mot avec la mousse verdoyante et le mousse du bateau, c’est suggestif !  

- Peut-être oui, maintenant que vous le dites.. Enfin bon, pour en revenir à Mike, il a peut-être eu des ennuis sur son île : il menait une vie très précaire. Des petits boulots à droite, à gauche, une femme dans chaque port…Ah ça, on peut dire qu’il les aimait ! Et c’est sûr qu’à force de rouler…- comment on dit ? - la cruche finit par casser ! hahaha la cruche, mais attention ! pas la femme… ahahah 

Pierre commençait à en avoir marre de cette histoire, et de cet abruti, incapable de mémoriser correctement le moindre proverbe. Heureusement, le samedi allait amener de nouveaux clients et il fallait absolument qu’il se procure cette série de cartes postales si prisée, qui contribuerait à maintenir un flux régulier et continu de clients dans sa boutique.

Profitant d’un moment d’accalmie, Marjolaine prenait un bol d’air frais à l’extérieur, face à la mer, sacrifiant au banal mais néanmoins intense plaisir d’une petite cigarette. Quand Patrice Charrier sortit, avec sous le bras le livre des 100 proverbes les plus utilisés en France, il lui adressa un clin d’œil complice, assez indéfinissable, puis se dirigea d’un pas quelque peu saccadé, sûr de lui, vers le centre ville avant de s’arrêter à l’échoppe de gaufres trois enseignes plus loin.

Etonnant petit homme ! Ce hasard nourrissait les rêveries de Marjolaine qui venait d’entamer une thèse en littérature comparée, sur la récurrence dans les romans du XIX°siècle de l’intervention d’un double du héros, sous la forme d’un petit homme généralement mal fait et plutôt inculte. L’idée était de cerner les enjeux idéologiques du récit, en analysant les modes d’apparition du petit homme, son appartenance sociale et son rôle dans la conduite de la narration…

En fait, tout ce que venait de raconter Patrice Charrier à propos de Mike, était-ce bien vrai?  Commençait à germer dans la tête de Marjolaine l’hypothèse d’un couple singulier d’escrocs, qui pouvait très bien avoir monter cette mise en scène un peu débile.. Oui peut-être, mais pourquoi ? 

Attention, se dit Marjolaine, Prudence ! Pas de confusion entre la thésarde interrogeant les mécaniques narratives dans les romans du XIXe siècle avec la Sherlock Holmes en jupette de la promenade des Sables Blancs ! On écrase donc cette néfaste cigarette, on se reprend, et on termine sa journée l’esprit positif et serein. 

Mais le doute était maintenant installé…


Estelle Aire

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      - GOLGOTH (chapitre 2) -


Golgoth avançait en tête de la compagnie, son corps énorme et le crâne penché en avant pour mieux défier et fendre l’horizon, une lettre omega martelant le sol du bout de ses jambages à une cadence infernal. Il était talonné par le sautillant Super Connard, qui tentait de communiquer avec lui avec le jeu des monsieurs et madames:

- alors c’est monsieur et madame Satum-Faimal ils ont un fils. Comment l’appellent-ils ?

Scarlett discutait avec les deux silhouettes jumelles de Michelle. La neuromancienne lui expliquait la base des problèmes psychologiques que subissent généralement les morts qu’elle réveille, et comment la théorie de l’inconscient freudien peut aider à les régler. Mais Scarlett était plutôt lacanienne, dommage.

Je terminai la file avec Saint-Pierre. Il faisait de son mieux pour m’expliquer où j’étais et qui j’étais. En résumé, j’étais de passage dans ce monde, et à la demande de Marie, la Protectrice, la compagnie devait m’aider dans mon voyage. Je n’avais qu’à indiquer la direction, et en trouver le but.

Je sais ce que vous allez me dire: j’étais dans un rêve. Mais j’avais essayé des centaines de fois de me réveiller, sans succès. Alors que faire à part participer à ce délire collectif ?

Lorsque Pierre est venu m’annoncer que j’étais le Guide, la direction à prendre m’avait paru évidente. Je regardais le ciel gris qui nous surplombait, et je remarquais une lueur blanche très forte d’un côté de l’horizon, et une pénombre intense de l’autre.

- allons vers la lumière.

Je ne saurais trop expliquer comment le temps s’écoulait dans cette aventure, mais il n’était pas linéaire. Alors j’aurai bien du mal à vous dire combien de temps nous avons voyagé.

Au bout d’un moment, notre compagnie déboucha dans un paysage étrange. Deux chaînes de montagnes séparées par une vallée se dressaient devant nous, et au dessus d’elle continuait à pulser la lumière blanche. À l’entrée de la vallée nous fumes stoppés par ce que nous pensions d’abord être une immense muraille reliant les deux montagnes, et nous empêchant donc de continuer notre chemin. En tentant de la contourner, nous sommes arrivés à une porte en pierre en forme de disque épais, avec deux symboles gravés: un labyrinthe et un danseur.

- on dirait que nous sommes devant l’entrée d’un labyrinthe, conclut Michelle. Par contre pour le danseur, je ne vois pas.

- je crois qu’il va falloir prendre la porte, déclara Super Connard, tout fier de sa blague nulle.

- il n’y a pas que la porte que tu vas te prendre si tu continues comme ça, ajouta Golgoth, visiblement agaçé. Alors Guide, on rentre ?

- on n’a pas trop le choix j’ai l’impression. C’est le seul passage à travers la vallée. Allons-y !

Golgoth poussa la lourde porte en pierre pour dégager l’entrée du labyrinthe.

Après les monsieurs et madames, Super Connard décida de passer aux proverbes:

- Pierre qui roule n’amasse pas mousse !

Golgoth lâcha la pierre et le dévisagea. Je sentis un moment qu’il était à deux doigts de le tabasser, mais il prit sur lui et rentra en maugréant dans le labyrinthe.

- je sais comment trouver à coup sur la sortie d’un labyrinthe, fit Scarlett. Mon père est architecte et il m’a donné un truc.   Il suffit de tout le temps longer le mur à sa droite ou sa gauche. Ce ne sera pas le chemin le plus court, mais on est certain de trouver la sortie.

Golgoth dégaina son couteau large comme un bras d’une personne normale, le montra d’un air menaçant à Super Connard, et l’appuya  de la main droite contre le mur.

- alors allons-y, par la droite.

Super Connard se tourna vers Michelle et Scarlett, et chuchota à l’insu de Golgoth:

- mesdames, si vous êtes maladroites, allez par la gauche !

- …

Le couteau glissait contre le mur avec un léger bruit de raclement. Tandis que nous progressions dans le dédale, Scarlett continuait sa discussion avec Michelle, et argumentait qu’il n’y avait rien de Freudien dans le fait que les zombies adorent par dessus tout manger des cerveaux humains. À côté de moi Saint-Pierre avait l’air pré-occupé:

- j’ai l’impression que j’ai déjà entendu parler de cet endroit. Notamment du danseur.

Quant à Super Connard, je sentais qu’il commençait à s’ennuyer, et profiterait de la première occasion pour dire une super connerie.

Devant moi Scarlett posa un talon sur un caillou incertain, et poussa un petit cri en tombant par terre. Alerté, Golgoth se retourna et remarqua ses chaussures:

- mais … tu marches avec des talons de 10 cm ? Non mais ça va pas ! Et pourquoi pas une mini-jupe aussi ?

- j’aurais bien aimé, mais j’avais un peu froid, dit-elle d’un air coupable.

- il faut souffrir pour être belle, conclut toutes dents dehors Super Connard.

Au moment où Golgoth allait se jeter sur lui, il y eut un bruit énorme sous nos pieds, comme des milliers de rouages rouillés se mettant en branle. Puis les murs du labyrinthe commencèrent à frissonner, et à bouger. Cela ne dura que quelques secondes. Devant nous des murs s’élevèrent ou se couchèrent, d’autres pivotèrent selon des axes étranges. Je criai:

- le labyrinthe est en train de changer de forme ! Rassemblons-nous pour ne pas être séparé !

- je me souviens ! Le danseur ! C’est un labyrinthe danseur ! s’exclama Saint-Pierre. Et nous sommes malheureusement perdu maintenant.

- Attendez, dit Michelle. La méthode de Scarlett fonctionne toujours, quoi qu’il arrive, mais il faut absolument sortir du labyrinthe avant la prochaine danse. Alors allons-y en courant cette fois.

Le couteau tenu par Golgoth produisait de grandes gerbes d’étincelles tandis que nous courions entre les murs. Au bout d’un moment Scarlett et Saint-Pierre commençait à perdre la cadence, a être distancé par le reste de groupe, puis Scarlett tomba par terre dans une flaque d’eau. Golgoth se retourna:

- bon … je crois qu’on va quand même devoir faire une petite pause pour nos deux boulets.

Saint-Pierre était en nage. Super Connard s’approcha de Scarlett et lui dit fièrement:

- Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse.

Cette fois Golgoth ne put se contenir. Devant nos regards héberlué, il attrapa Super Connard par sa cape et le catapulta par dessus le mur du labyrinthe:

- Pacôôôôôôôômmmmmmme il l’appeeeeeellllllllle !

- …

Il me semble qu’il y eut un blanc assez long à ce moment.

- heu, qu’est-ce qu’il a dit Super ?

- je crois que c’est la réponse d’un monsieur et madame.

- ah.

Je courus récupérer Super Connard derrière le mur, mais je ne trouvais pas de passage, et je commençais à me demander si par hasard … 

- youhou les copains ! Vous n’allez pas me croire.

La tête de Super Connard apparut comiquement en haut du mur.

- je suis sorti du labyrinthe ! Ce génie de Golgoth a trouvé comment nous faire sortir. J’ai atterri sur une dune de l’autre côté.

- en effet c’est génial ! s’exclame Saint-Pierre. Golgoth n’a qu’à tous nous catapulter derrière le mur.

- oui mais qui va catapulter Golgoth ? demanda Michelle.

Nous nous sommes alors tous tourné vers lui avec un air gêné.

- pas de manières hein ! Si telle est la volonté du Guide, je vous balancerai de l’autre côté avec un grand plaisir, et je me démerderai tout seul pour sortir du labyrinthe.

- désolé Golgoth, mais nous n’avons pas d’autres solutions.

Golgoth nous envoya donc de l’autre côté. À tour de rôle, il mettait ses grosses mains par terre, et un par un nous posions les pieds sur ses paumes. Ensuite il relevait d’un coup tout le corps et ses bras pour nous lancer par dessus le mur. Puis Super Connard nous donnait des scores selon notre manière de nous écraser plus au moins lamentablement à l’atterrissage dans le sable de la dune. J’ai eu un quatre.

On se tourna vers Golgoth pour lui dire au revoir:

- je vous rejoins dès que possible. Je suis certain qu’on se reverra.

- bonne chance Golgoth ! À bientôt.

Saint-Pierre posa sa main sur mon épaule, et de son regard m’indiqua l’horizon. Je me suis tourné. Voici les mots qui sortirent instantanément de ma bouche:

- Mais ! Qu’est-ce que c’est que ce putain de bordel encore ?


Monsieur Bazinga

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      - SOALEM DIO (chapitre 2) -


… On sait tous à quel point vous aimez cultiver le secret sur votre vie personnelle mais ce soir, on a l’impression de vous connaître un peu mieux ! 

Merci à vous…

Hialle Daimon adorait ces émissions radiophoniques nocturnes, surtout lorsqu’il était au volant. Sans savoir l’expliquer, il ressentait une proximité complice avec ces voix. Comme si elles ne s’adressaient qu’à lui. Comme s’il vivait un moment suspendu en compagnie de ses potes. 

Il passait devant la grande usine quand Soalem Dio divaguait sur ses petits arrangements avec la véracité. À l’entendre, chaque microgramme de notre existence renfermait des poussières d’or qu’il suffisait de faire briller. Évidemment. 

Mais il ne disait pas tout, Soalem. Il taisait même l’essentiel. Pas un mot sur la quête incertaine de ces fameuses pépites qui illuminaient ses écrits. Rien non plus sur les longues heures de travail qui finissaient par accoucher d’une belle histoire. Du moins c’est ce que Hialle Daimon pensait, à la  lumière de sa propre expérience. Ce marionnettiste aux doigts de fée oscillait lui-aussi entre la vacuité du quotidien et l’infini de ses aspirations. 

Pour que ses personnages prennent vie, il avait enduré mille efforts de souplesse, consumé sa patience et sacrifié son intelligence à l’élaboration d’infinis stratagèmes. Désormais, il menait son petit monde à la baguette devant des foules enthousiasmées. Il avait atterri à Mone sans trop savoir pourquoi et s’y était établi. L’adn industriel de cette ville lui parlait. Les murailles en brique rouge des vieilles manufactures obligeaient à transcender ses rêves pour s’offrir une goutte d’évasion et ça, ça avait toujours inspiré Hialle Daimon. 

Son dernier spectacle, Il faut souffrir pour être belle, « mêlait comédie et cynisme sur fond de satire sociale » dixit l’attaché de presse. Il lui avait valu la reconnaissance des critiques et l’emballement du public. Quelques admirateurs zélés avaient même organisé un concours de proverbes, censé mettre Hialle Daimon sur la voie d’une suite qu’ils considéraient déjà comme géniale… 

Alors que Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse disputait la victoire à Pierre qui roule n’amasse pas mousse à grand renfort de fan pages sur internet, Hialle Daimon avait mis fin à cette absurdité dans un sobre communiqué. Jamais personne ne l’avait dirigé dans son art et il n’était pas question que cela arrive. Ou plutôt si. Mais intelligemment. 

Soalem Dio avait lancé lancé une bombe avec son historiette d’aller simple, de billet de loterie et de révélation. Un homme aussi doué pour charmer son auditoire pouvait enrichir considérablement l’art de la scène… Hialle Daimon avait alors ressenti un bourdonnement au creux de l’oreille, qui s’était transformé en petite voix, puis en obsession : il FAUT que Soalem Dio scénarise mon prochain spectacle !

À peine rentré chez lui, Hialle Daimon abandonna son bagage dans la chambre, se dirigea dans le salon et s’effondra dans son vieux fauteuil râpé. Trois minutes plus tard, il se releva, se servit un verre de liqueur à l’ananas et dénicha quelques biscuits à grignoter. De retour dans son vieux fauteuil râpé, il réussit enfin à maîtriser ses nerfs et à organiser ses idées. 

Comment faire accepter la proposition au grand écrivain ? Hialle Daimon n’était pas vraiment un inconnu aux yeux de Soalem Dio. Eux deux s’étaient déjà croisés quelques fois à Mone, jadis. À l’époque Hialle Daimon travaillait comme conducteur de ferry. Cela suffirait-il à attirer l’attention au milieu des sollicitations ? Non, il fallait créer un électrochoc et semer quelques graines de curiosité. Et pour cela, Hialle Daimon avait une botte secrète…

Il attrapa un papier neutre, y griffonna ses coordonnées puis jeta quelques mots au centre de la page 

Pourquoi ne parler que du billet de loterie ?


1r2A

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      - LE CINQUIEME SENS (chapitre 2) -


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J’appuie rageusement sur cette touche pour rafraîchir la page.

A chaque fois, un putain de proverbe s’affiche. « Il faut souffrir pour être belle », « Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse », « Pierre qui roule n’amasse pas mousse ». Je ne comprendrais jamais quel est l’intérêt de mettre des proverbes sur un site de mail. C’est pour inspirer les utilisateurs pendant la rédaction de leurs mails ? Pour les faire réfléchir sur le sens de la vie ?

Moi, je n’y comprends jamais rien aux proverbes, je suis trop littéral, trop terre à terre. Je ne vois que leur sens premier, pas la pensée profonde qu’ils véhiculent.

Mon grand-père disait souvent « À bon chat bon rat… ». J’y ai trouvé une signification différente à chaque âge où j’y ai réfléchi, mais sûrement jamais la bonne, celle qui donne une lumière à ta vie, celle qui te fait voir le monde autrement.

Le seul proverbe qui m’a toujours plu est celui que j’ai appris lors de mes 3 ans en internat : « C’est la première poule qui chante qui a pondu ». Il n’y a pas dix mille moments pour le placer. Lorsque dans le dortoir une personne dit « Ah, ça pue, qui a pété ? »… c’est le moment.

Cette nuit d’attente dans la radio où je travaille s’annonce longue et laborieuse. Je suis sur mon mail à attendre un hypothétique envoi depuis le début de la soirée car contrairement à ce que je disais dans ma précédente note, j’espère un contact. Trois jours après l’ouverture de mon blog, j’ai reçu un mail automatique m’annonçant que « félicitations, une personne s’est abonnée à votre blog… ». Abonnée ? Une personne ? Depuis, chaque soir, j’attends devant mon mail. Je n’écris rien, je la laisse venir. Ne pas être trop brusque, laisser le poisson mordre comme me l’a appris mon grand-père. Alors j’attends.

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Allez, je vais évoquer le cinquième sens : l’odeur, ça passera le temps. J’ai une relation étrange avec ce sens. Il me joue des tours, je ne le contrôle pas très bien. Lors de certaines migraines, je sens très fortement des odeurs complètement incongrues : la fraise Tagada, le noyau d’une pêche… 

Mais il y a surtout le parfum des femmes. Chose étrange, une inconnue peut me paraître complètement banale vue de loin mais être sexuellement attirante dès que j’entre dans son sillage. Suivant la qualité de la fragrance, j’y suis plus ou moins sensible. Mettez moi sous le nez n’importe quelle femme avec un Chanel n°5 ou l’Heure Bleue de Guerlain et je vous repeuple la France… 

Comment un sens peut-il prendre le contrôle de tes pensées, de tes désirs ? Suis-je le seul à ressentir cela ? « Le Parfum » de Patrick Suskind serait une histoire vraie ?

Est-ce réciproque ? Il faudrait que je me penche très sérieusement sur mon parfum, il est peut-être temps d’en changer pour moi aussi envoûter une célibataire ? J’en aspergerais également mon doudou-tapis de voiture qui me suit comme mon ombre et qui aurait bien besoin d’un camouflage olfactif…

Ah ! Un mail ! 

Ne te précipite pas, savoure, plus tard tu te rappellera ce moment avec émotion, ne vas pas trop vite.

Expéditeur : coeurpalpitant@… 

Sujet : Je suis sûre que c’est toi…

Je reste une longue minute figé devant mon écran. Cette adresse mail et cette phrase m’hypnotisent. J’en tremble. Tout à coup chaque objet de la pièce où je me trouve semble vouloir exploser. Je sens chaque élément : le plastique chaud des vinyles, le métal froid des tables de mixage, le parfum apaisant de mon tapis, celui plus agressif de mon café éventé, la sueur sous mon bracelet de montre. Lentement ma main s’avance sur la souris… je clique pour ouvrir le message… Et tout s’accélère. Je ne peux en relater que des bribes.

Elle (c’est bien elle !) est tombé par hasard sur mon blog.

Elle a ressenti une émotion incroyable en lisant mes textes.

Elle tremble devant son clavier.

Elle est… Marilou…

Je lui réponds. Elle me répond.

Troisième mail, nous en sommes à 3 pages chacun.

Cinquième, j’ai son numéro de téléphone.

Dixième nous nous rencontrons. 

Elle a mon âge et son parfum c’est Gucci Guilty.

Nous nous écrivons nuits et jours. Nous nous voyons un jour sur quatre. Ce soir, jour de repos, elle m’appelle à une heure du matin : « Donnes moi ton adresse ! » Elle a la voix chancelante, je sens le rhum à travers le téléphone. Dix minutes plus tard un taxi s’arrête en bas de chez moi. Elle sort la tête et crie mon prénom dans la nuit. « Viens ! ». Je monte à ses côtés, ses yeux brillent, l’odeur de l’asphalte gorgé d’eau pénètre dans le taxi par les vitres ouvertes. Marilou est nerveuse, elle ne me regarde pas. Son parfum mêlé à l’odeur de cigarette fouette mon visage à chaque mouvement de ses cheveux, elle est attirante. Le taxi nous dépose sous la tour Eiffel. En quelques secondes l’ascenseur nous emmène au dernier étage. Paris est à nos pieds. 

Mon cœur s’emballe, il envoie des éclairs de sang aux quatre coins de mon corps. Je m’approche d’elle doucement, je suis aux anges.

Marilou est comme épileptique, sa tête est secouée de tics, ses bras semblent traversés d ‘électricité. Je tente de la calmer en lui prenant la main et c’est là que tout commence. Pour la première fois de la soirée, elle me fixe et son regard m’aimante.

- Tu ne te souviens pas ? Tu ne te rappelles pas de moi ?

- Heu… on se connaît ? 

J’ai toujours eu le don pour dire les bonnes phrases au bon moment. Avant même la fin de ma phrase, j’ai su que ce n’était pas la bonne réponse. 

- REGARDE MOI ! MON VISAGE NE TE RAPPELLE RIEN ?

Son visage est à 3 centimètres du mien. Son parfum est étrangement beaucoup moins attirant. Je sens nettement une autre odeur, celle de la rage…

- L’école élémentaire Guillaume Berthollet de Saint Etienne, ça ne te dit rien ?

- Ah ? Tu y as été toi aussi ? Heu… tu avais qui en CM2 ?

- ET TU NE TE SOUVIENS PAS DE MOI ? Tu t’apitoies sur ton sort de célibataire, toi l’homme parfait, doux, gentil, intelligent et tellement bon ! Tu parles ! Tu étais un tel bourreau. Tu ne te souviens pas de moi ? Tu me faisait tellement peur que je pleurais rien qu’en te voyant au fond de la cour. 

- Hein ? Ho ! C’est toi ?… Je pense à toi tellement souvent. Je regrette, tu ne peux pas savoir comme je regrette…

- Trop tard !

- J’étais dans un groupe… la cruauté infantile, on jouait aux durs mais c’était un jeu. On ne t’a jamais fais mal, c’était juste des mots…

- Trop tard !

- Je me suis toujours demandé ce que tu étais devenue… J’espère que ça ne t’a pas empêché d’avoir une belle vie.

- TROP TARD !

- Attends, non, parlons en, je…

- Il y a longtemps que j’ai retrouvé ta trace, l’ouverture de ton blog m’a donné enfin l’occasion de voir ce que tu étais devenu, si tu avais des remords…

- Oui, bien sûr que j’en ai, je te l’ai dit, je pense souvent à toi…

- Et je me suis joué cette scène des millions de fois, je me suis dis que j’allais te torturer à petit feu, que j’allais enfin voir la peur sur ton visage. Mais, là tout de suite, ça ne me fait plus du tout envie.

- Ah, ouf, c’est cool, écoute…

- Non, je vais te tuer tout de suite.

- Quoi ? Mais non, tu…

Voilà, elle m’a poussé, je n’ai même pas eu le temps de me retenir à la rambarde pour échanger les phrases définitives comme dans les films. Je tombe.

L’odeur métallique de la tour Eiffel se mêle à celle limoneuse de la Seine qui s’approche. La panique assourdissante qui s’est emparé de moi au moment où Marilou m’a poussé dans le vide a complètement disparu. Je regarde Paris, je suis triste, j’aime cette ville. C’est chez moi.

Le faisceau lumineux passe au dessus de moi, je m’approche de l’eau. Peut-être vais-je m’en sortir si je me mets en position pour plonger ? A cette hauteur, ce n’est pas la peine de le tenter. Je n’ai même pas quelqu’un qui va me regretter. Mon chat ? 

Je suis si triste…

La Seine se rapproche, je n’ai que de l’eau dans mon champ de vision. 

Ma tête va être la première à s’écraser.

Je prends une grande respiration…


Hervé Coubard

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      - LE GARDIEN (chapitre 2 - La fin de l’été) -


Mercredi  23 août 1961

« Il faut souffrir pour être belle ». 

Non mais quelle connerie…

Je finis mon café, il est bientôt 9h00, le soleil annonce une belle journée, la mer est plutôt calme. J’ai beau être déçu à chaque fois, je ne peux pas m’empêcher de lire le proverbe du jour dans le journal, chaque matin, en pensant malgré moi que ça va définir la tonalité de ma journée… « Il faut souffrir pour être belle »… Non, je ne vois pas en quoi ça pourrait me concerner. La beauté ici est très accessoire, et la souffrance aussi me semble lointaine. Enfin, la mer est belle, le ciel aussi, mais je suis le seul sur mon rocher et personne n’y souffre, de fait, puisque je vais bien. Depuis deux semaines que je suis là, je ne peux pas me plaindre. Les Phares et Balises ont pourvu à tous mes besoins, les stocks de vivres sont plutôt fournis et variés, j’ai même droit à une bouteille de vin pour le dimanche… Enfin je pourrais la boire un autre jour de la semaine, ou même commencer ma journée par ça, personne n’y trouverait à redire vu que personne ne me voit… Mais bon, tout est en ordre, moi aussi, je suis les instructions et tant que la lanterne brille, qu’est-ce qu’on pourrait me reprocher ?

Le seul ennui avec les journaux, hormis les proverbes qui pour l’instant sont d’un niveau d’intérêt malheureusement constant, c’est que je  les lis avec une semaine de retard. Le collègue qui fait le relais avec le continent passe une fois par semaine, pour l’instant en tous les cas, parce que le temps est encore beau et que la mer le laisse faire, et puis parce que je viens d’arriver. Mais il m’a bien prévenu : au cœur de l’hiver, tout est possible, on peut rester prisonnier du rocher pendant des semaines, parce que le coin est dangereux et que la mer…  c’est toujours elle qui décide. Ça je le sais bien, j’ai commencé à seize ans comme marin, et donc la mer, on peut le dire, je me suis plié à son autorité suprême il y a un bon moment déjà. Bref, le ravitailleur passe une fois par semaine, et il me livre les quotidiens de la semaine passée. Après chacun fait comme il veut, mais moi je me rationne. Je lis le journal du lundi le lundi, celui du mardi, le mardi, et cætera. Ça fait comme si je n’étais pas loin de tout, comme si le facteur me déposait chaque jour des nouvelles du monde, et puis ça me fait un moment attendu, d’un jour à l’autre. Je savoure cet instant où, après la ronde de vérification des installations et le compte-rendu radio de la nuit passée, j’ai le temps de m’installer et d’ouvrir le journal. Peu m’importe qu’il me raconte des nouvelles périmées d’une semaine. Quand il fait beau comme aujourd’hui, je monte avec un café sur le balcon circulaire qui fait le tour de la lanterne, ou alors je place ma meilleure chaise au soleil, devant la porte du phare, côté sud, face aux terribles à-pics qui bordent le Tévennec. Il y a parfois quelques mouettes pour faire le spectacle, mais c’est rare, on est déjà loin des côtes, et le rocher n’est pas le plus hospitalier des rochers, nu comme il est, même pour les oiseaux marins.

Lundi 4 septembre 1961

« Pierre qui roule n’amasse pas mousse ».

Je me suis toujours demandé ce que voulait dire exactement ce proverbe-là. Je penche pour quelque chose du genre « si tu restes toujours actif, toujours en mouvement, tu n’es pas ‘recouvert par la mousse’, momifié par l’inactivité, et donc tu restes alerte ». Ou alors peut être que ça signifie que celui qui passe son temps à courir, à se disperser, ne peut pas devenir riche, parce qu’il ne fait pas les choses à fond, patiemment… Malheureusement, je ne peux pas trancher entre ces deux idées, je n’ai personne à qui en parler, et aucun moyen de vérifier. Je demanderai un dictionnaire au prochain ravitaillement, si c’est possible, parce qu’il me semble que certains ont des pages spéciales où les expressions sont expliquées. Le ravitailleur n’est pas très loquace, il ne veut jamais rester un peu pour discuter, même si je lui offre un verre. Il a toujours des bonnes excuses, mais plus je le vois, plus je sens qu’il n’aime pas venir sur le rocher. Je vois bien qu’il est mal à l’aise. Moi j’essaie d’être avenant, de lui sourire, d’avoir un mot gentil pendant qu’on décharge les caisses, mais rien n’y fait, il fait son travail le plus vite possible, regarde surtout ses pieds et décampe comme une flèche à peine les cartons remisés. Un jour il a grommelé qu’il ne voulait rien avoir à faire de plus avec ce maudit rocher, quelque chose dans ce goût-là. Moi, je n’aurais rien contre un peu de compagnie, mais ça ne semble pas le concerner. S’il pouvait jeter les caisses depuis sa chaloupe et repartir aussi sec, c’est clair, il le ferait. 

Je peux comprendre cependant que le rocher mette mal à l’aise – surtout quand il fait gris. Le phare est tout simple, gris aussi, il n’y a pas un brin d’herbe, pas un arbre, juste des cailloux, c’est petit, on voit toutes les limites autour de soi, la mer à perte de vue, et il y a ce grondement permanent des vagues qui se brisent de tous les côtés sur des falaises aigues comme les pointes des barbelés… Quand le vent souffle, sur une surface désolée comme celle-là, rien ne tient en place et il vaut mieux se mettre à l’abri. On dit que la construction du phare a été un supplice pour les ouvriers, et ça je veux bien le croire ! Enfin, bref, le type décampe à la vitesse de l’éclair, et moi je me retrouve à parler tout seul en rangeant les conserves. L’automne arrive, et il fait déjà plus froid. Brieuc (c’est le ravitailleur – avant de le connaître je pensais que Brieuc, c’était surtout Saint-Brieuc, mais pas vraiment un prénom, alors qu’en fait, de toute évidence, en tout cas pour ses parents à lui, c’en est un, de prénom), donc Brieuc, il me dit qu’à compter du 15 septembre, on va passer en « planning d’hiver », et donc qu’il ne viendra plus que deux fois par mois. Il a eu l’air inquiet, inquiet pour moi. Il m’a regardé dans les yeux et il m’a dit : « si tu veux partir, tu n’as rien à dire, tu sautes dans mon bateau et je te ramène, sache cela. »  J’ai souri en disant que dans mon métier, il valait mieux éviter les vagues à l’âme et que je ne m’inquiétais pas, parce que j’aime bien être seul, et que je commence à m’habituer à mon île. Il a secoué la tête, il m’a dit « D’autres ont dit ça. Parfois il vaut mieux savoir voir les signes, ravaler son orgueil, et partir tant qu’on peut. » Je n’ai rien répondu. Je sais pourquoi j’ai choisi ce métier, j’ai la vie dure, le salaire est bon, très bon même, ça vaut bien l’isolement et les risques en hiver, ça ne sera jamais pire que de passer des mois enfermé sur un bateau. 

Je compte faire ça quelques années, le temps de me refaire des économies, et puis après je m’achète une petite maison à Saint-Malo, je m’installe enfin. Avec un peu de chances je rencontrerai une femme qui voudra bien de moi, je n’en demande pas plus… Mais sans le sou, rien n’est possible, alors il va falloir patienter un peu sur ce rocher. De toute façon rien ne me presse, quand le temps me semble un peu long, je pense à mon projet, à ma petite maison à Saint-Malo, et ça me redonne du courage. Ce n’est pas plus compliqué que ça. Je salue Brieuc de la main alors qu’il rame vers son bateau, ancré à l’abri, à quelques encablures des rochers sournois des côtes de mon île. Un courant d’air froid me saisit, je remonte mon col, je frissonne, et je rentre vite au phare.

Mardi 19 septembre 1961

« Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse »

Ah, ça, c’est sûr que les choses, ça finit par s’user si on les utilise trop. D’ailleurs sans doute qu’on ne m’a laissé que des vieilleries dans mon phare. Ce matin, j’ai retrouvé ma chaise, celle avec les accoudoirs, celle avec laquelle je lis le journal, je l’ai retrouvée brisée. Sans doute qu’un pied a lâché, quelque chose comme ça, mais c’est tout de même un peu bizarre. Bref, juste là où j’étais hier soir, près de la fenêtre et à côté du poêle à charbon, dans la cuisine, et bien la chaise est rompue, brisée, le dossier déboité, un pied cassé en deux. A force de m’appuyer sur les deux pieds arrière, j’aurais pu me méfier… J’ai bien quelques outils, mais pas de quoi remplacer le pied cassé. Alors tant pis, il m’en reste deux autres, des chaises, ça suffira bien pour moi tout seul. 

Le temps n’est pas bon ce matin non plus, il pleut, ça fait trois jours que ça dure, et le vent insiste pour bien montrer que l’automne est installé pour de bon. J’ai dû monter deux fois cette nuit, la lanterne fonctionne au gaz et le vent avait soufflé la flamme. Il faut que je condamne la petite trappe d’aération, en tous les cas que je limite son ouverture. Si la tempête continue comme ça, je resserrerai mes quarts, je ne veux pas prendre de risques, s’ils n’ont pas de retard, on annonce trois cargos dans les parages la nuit prochaine. En plus je n’ai pas pu faire de rapport ce matin, la radio ne passe pas, sans doute à cause du vent… Du coup je suis encore plus précis dans mon journal de bord, je ne voudrais pas qu’on m’en tienne rigueur si le moindre incident se produisait dans les parages. J’ai le temps de me reposer un peu avant d’aller réparer la trappe, le temps de finir le journal… On parle encore de Berlin, du fameux mur, aussi des attentats terroristes algériens dans la capitale… bon moi je ne crains rien, là où je me trouve, les bombes, il y a peu de chances que j’en croise…  Et d’un coup, en feuilletant le journal, en plein milieu, je tombe sur un morceau de papier. C’est une coupure d’un journal plus ancien. Découpée au ciseau, soigneusement – on voit même les traces du crayon qui a dessiné les lignes pour guider l’outil. Glissé là, entre les pages 6 et 7, l’article en question s’intitule : « Série noire au Tévennec ».  Tiens… C’est une brève, tirée d’un vieux Ouest France daté d’octobre 1958. « Nouvelle péripétie au phare du Tévennec, au large de Brest. Un gardien est à nouveau rapatrié en urgence, il s’agit du quatrième depuis le début de l’année. Michel Donzet, 44 ans, aura tenu un peu moins de deux mois. Sa famille se refuse à tout commentaire, apprenant seulement à notre correspondant que M. Donzet se trouve en maison de repos depuis son retour sur le continent et qu’il ne souhaite pas nous recevoir pour l’instant.»

Interloqué, je m’arrête pour relire de nouveau le fragment. « Série noire » ? Qu’est-ce que ça signifie ? Quel est le problème avec les gardiens ? Je réalise d’un coup que je ne me suis jamais demandé pourquoi j’ai eu ce poste. Pourquoi on paie si bien les gardiens ici. Est-ce parce qu’il y a beaucoup d’accidents ? Et pourquoi Michel Donzet se trouve « en maison de repos » si on l’a rapatrié en urgence ? Avec une jambe cassée, on file à l’hôpital, pas en « maison de repos »…  

D’un coup j’entends la trappe qui claque fort, là-haut. Ça me réveille de ma perplexité. Je glisse la coupure dans mon cahier. J’y repenserai plus tard, j’ai plus urgent à faire pour l’instant.


Migraine

____________________

      - 23 (chapitre 2) -


Il faisait encore nuit quand Adeline s’engagea dans le parking de gravier du motel. L’enseigne lumineuse démesurée crachotait ses couleurs criardes sur les vitres de la voiture éclairant son visage d’une lumière inquiétante. La pluie avait cessé mais les essuie-glaces continuaient à couiner sur le pare brise. Adeline se laissa griser quelques minutes par cette atmosphère nocturne, fascinée par le clignotement frénétique des lettres lumineuses qui surplombent le Motel. L’espace d’une seconde elle oublia la couverture sur le siège arrière, la station service de Cobden, le regard bleu acier, sa fuite… Pendant quelques seconde Adeline se sentait bien, comme après avoir pleurer pendant des heures et que le monde nous offre un peu de répits, que notre corps nous envoie un shoot d’antalgique naturel. 

Adeline fit le tour de la voiture pour ouvrir la porte arrière, elle attrapa la couverture et ce qu’elle cachait et serra fort le paquet contre sa poitrine. Ses bottes crissèrent sur le gravier humide quand elle se dirigea vers la réception du motel. En s’approchant de la porte vitrée elle distingua une silhouette derrière le comptoir. Rassurée de constater que l’endroit n’était pas désert, elle pressa le pas. Une clochette cristalline tinta lorsqu’elle poussa la porte. La silhouette, qui se trouvait être celle d’un homme d’une quarantaine d’années releva la tête brusquement. Il avait les traits saillants et maigres mais le regard bienveillant et chaleureux. Quelque parts dans ses pupilles bordées d’un marron aux multiples nuances, Adeline trouva du réconfort. 

- Bonjour mademoiselle. Puis-je vous aider ? Je dis bonjour car bien qu’il fasse nuit nous sommes bien le matin. Très tôt le matin, certes, mais le matin tout de même.

Il regarda sa montre en prononçant ces mots. 

- Mais je manque à tous mes devoirs, pardonnez-moi. Je me présente, je m’appel Henry Bateman, je suis le propriétaire et le gérant de cet hôtel. 

Adeline se tenait toujours devant le comptoir, la couverture serrée contre sa poitrine, un peu perdue, très fatiguée. 

- Il vous reste une chambre ? 

Finit-elle par demander sans vouloir en dire plus. 

- Des chambres, nous en avons plein oui. Maintenant, à savoir si elle sont libres… 

Répondit-il en souriant. Mais Adeline n’était pas d’humeur à jouer sur la grammaire. L’attitude de l’homme commençait à l’agacer et son sourire se déformait à travers ses yeux fatigués, si bien qu’à présent l’homme lui semblait terrifiant. Henry souriait toujours. Ses lèvres découvraient de longues dents pointues, son visage anguleux aux yeux creusés offrait tellement d’aspérité à la lumière qu’il restait presque entièrement dans l’ombre. La faible lueur vacillante du plafonnier plongeait la pièce dans une lumière orangée. Adeline sentait son corps l’abandonner. 

- Voilà, chambre 23. Vous verrez, ici c’est un motel un peu spécial. Je ne vous en dit pas plus, je vous laisse découvrir par vous même. Bon matin !

Lança-t-il en lui tendant une clé accrochée à une petit plaque en bois. Le numéro 23 y était pyrogravé, à la main, ainsi qu’une petite phrase qu’Adeline eu du mal à déchiffrer. 

Il faut souffrir pour être belle

Terrifiée, elle se retourna vers Henry qui la regardait toujours en souriant. Rien sur son visage ne laissait présager une quelconque menace mais Adeline n’arrivait pas à se défaire de se sentiment étrange, cette atmosphère hostile qu’elle ressentait tout autour d’elle. Elle jetât un dernier regard à Henry en se dirigeant vers la porte, ses yeux brillaient comme deux billes noires dans l’obscurité de ses orbites. 

Sur le perron, Adeline examina à nouveau la clé. Sur l’autre face du porte clé était gravé un symbole, une lettre. M. À bout de force, elle n’eu pas la force de chercher à comprendre. En longeant l’allée de portes pour trouver la sienne, Adeline remarqua que chacune d’elle possédait une petite plaque de bois gravée semblable à celle qui se trouve sur la clé de sa chambre. En s’approchant de la chambre 18 Adeline pu lire : Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse, et puis sur la porte de la chambre 19 :
Pierre qui roule n’amasse pas mousse.

Adeline sourit. C’est donc ça la particularité de ce motel ? Que chaque chambre soit nommée par un dicton ? Ce type est taré. 

Quand elle aperçu enfin la chambre numéro 23, Adeline se senti soulagée. Elle ouvrit la porte, alluma la lumière, déposa le paquet emballé dans la couverture en tartan sur le lit et commença à se déshabiller. Pendant qu’elle retirait ses vêtements, son regard se posa sur la table de chevet sur laquelle se trouvait un épais livre, couverture en cuir noir et enluminures dorées sur la tranche. En s’approchant Adeline pu lire le titre : LA BIBLE DES DICTONS 

Elle laissa échapper un rire nerveux. Fatigué. 

La salle de bain était propre. Adeline se laissa glisser dans la baignoire et laissa l’eau couler longtemps sur son corps. Elle ferma les yeux un instant et se senti submergée à nouveau. Sa première pensée, son unique pensée, c’était toujours lui. Après cette première rencontre à la station service, cette fois où il avait acheté ce tapis de voiture ridicule qui disait «appuie sur le champignon», écrit en rouge sur fond vert ; après cette fois là il était venu souvent, toujours pour acheter des choses inutiles et parfois même ne rien acheter du tout. Il n’avait même plus de voiture. Le bus 451 le déposait devant le magasin à 12h04 et il restait là à flâner entre la boutique et la station jusqu’au soir où il repartait avec le bus de 17h46. Il l’a toujours terrifiée, depuis le premier jour, mais Adeline était fascinée par son étrangeté, son calme, son silence. Il réveillait en elle des envies d’autre chose, un désir d’être ailleurs, d’être quelqu’un d’autre. Elle aimait sa présence autant qu’elle en avait peur. Elle l’observait depuis le comptoir, détaillait son anatomie pendant des heures. La forme anguleuse de sa mâchoire saillante, la chute de sa nuque, ses mains, ses lèvres toujours entrouverte comme s’il s’apprêtait constamment à dire quelque chose, sans jamais rien dire. Elle s’est attachée à lui parce que dans sa vie il n’y avait rien d’autre auquel s’attacher. Rien de stable, rien d’excitant.

Adeline ouvrit les yeux. Par la petite fenêtre de la salle de bain, elle apercevait la lune, ronde et pleine. En face d’elle, un miroir, elle se contempla un instant. Elle avait tellement changé ces derniers mois, elle n’avait jamais pris le temps de le remarquer. Ses longs cheveux bruns tombaient sur sa poitrine cachant à peine la cicatrice qu’il lui a laissé. Les traits de sont visage s’étaient durcis, mais son regard restait triste et doux. Ses yeux verts prenaient une couleur merveilleuse sous la lumière des néons de la salle de bain. Elle prit ses seins dans ses mains, elle faisait vraiment femme maintenant. Adeline se laissa retomber en arrière et plongea sa tête sous l’eau. 

Adeline n’était pas stupide, elle savait bien qu’il faudrait un jour qu’elle se l’avoue, elle voulait cet homme. Mais avant même qu’elle n’eu envisagé de pouvoir un jour lui parler, réellement, lever le mystère qui plane sur cet être qu’elle avait fini par fantasmer, il était devant elle. Il se tenait là, devant le comptoir, les mains dans les poches, le regard planté dans les yeux d’Adeline. Les lèvres serrées, il murmura, en lui tendant un petit paquet emballé dans du papier kraft :

- C’est pour toi, Adeline. 

Il posa le paquet sur le comptoirs.

- Je m’appelle Adam, allons boire un verre. Ce soir, 20h, au Fuzzy’s.

- D’accord.

Répondit-elle sans même s’en rendre compte. L’instant d’après, il avait passé la porte. Elle vit sa silhouette s’éloigner vers l’arrêt de bus. Il y resta jusqu’à l’arrivée du 451 de 17h46.

Adeline émerge de l’eau en sursaut, les mains serrées sur sa poitrine, cherchant quelque chose, ou l’absence de quelque chose plutôt. Elle sortie de la baignoire, enfila le peignoir en éponge du motel sur lequel était brodé il faut souffrir pour être belle au fil doré. Elle retourna dans la chambre et souleva la couverture de tartan pour découvrir un petite boîte en bois. Elle soupira.

Ce jour là, Adeline était restée longtemps à fixer le paquet sur le comptoir avant d’oser faire quelque chose. Quand un client passa la porte de la boutique, elle le fourra pourtant dans sa poche sans aucune hésitation. Tout le reste de la journée elle se demanda si elle devait se rendre à se rendez-vous ou pas. Et même le soir même, quand en rentrant chez elle elle se doucha, choisit sa plus belle robe, se coiffa longtemps, se maquilla avec soin elle n’avait toujours pas répondu à cette question. Le paquet gisait sur son lit, intacte. Quand elle fut prête, elle se décida à l’ouvrir. Elle défit l’emballage de papier, c’était un collier. Un long collier de perles de nacre blanches irisées d’un rose très pale. Elle l’enfila, il tombait sur sa poitrine descendant légèrement dans son décolleté. Elle prit son sac et l’adresse du Fuzzy’s puis sortit.

La lumière du jour pointait ses premières lueurs à travers les stores de la chambre. Adeline prit la boîte entre ses mains et l’ouvrit. Elle en sortit le collier de perle et le fit glisser entre ses doigts avant de l’attacher autour de son cou. Le contact froid des perles sur sa poitrine la fit frissonner. Elle referma son peignoirs et se glissa sous les couverture. Demain la route sera longue.


Agathe Sauvageot









4

[Qu’est-ce que c’est que ces bannières !]

Vous êtes repérés ! Changez de couverture. La-ville-en-rose vous en propose 4, pour redécorer votre facebook, votre twitter et même votre google+ au fil des semaines…

Allez, zouh !

http://la-ville-en-rose.com/2014/09/01/les-mots-roses/

Mesure et mesure - RoughType

"Ce qui ne peut être mesuré ne peut être géré" dit le vieux dicton. Mais ce qui est rapporté que Peter Drucker aurait réellement dit est : “Ce qui est mesuré peut être géré”, ce qui est tout à fait différent et bien plus sage. Et la sagesse s’éclaire encore lorsqu’elle se complète du reste de la remarque de Drucker : “Ce qui est mesuré peut-être géré - même quand il est inutile de mesurer et gérer et même si le faire nuit à l’objectif de l’organisation.”

Il est douteux et dangereux de prendre ce qui est mesurable pour ce qui est important, dit Drucker. Mais il dit aussi quelque chose de plus radical et même subversif. Certaines choses qui peuvent être mesurées ne devraient pas l’être. 

Toute un contre-culture, à l’ère des Big Data, pourrait se construire sur cette pensée. Imaginez-vous Google, Amazon ou Facebook annonçant : “nous avons décidé de cesser de mesurer ces trucs pour passer un peu de temps à étudier ce qui en fait une valeur de mesure” ? Non, l’éthique d’aujourd’hui est plus simple, plus facile à exécuter : “Si vous mesurez, le sens va venir.”

"Mesurer" lui-même a plusieurs significations, et il vaut la peine de les garder toutes à l’esprit. Pensez à ce que disait Robert Frost à ses étudiants en 1956 : 

"Je suis toujours heureux quand je vois quelqu’un faire des mouvements de ce genre - comme un métronome. Voir la musique mesurée. La mesure me rassure toujours. Mesure dans l’amour, dans le gouvernement, mesure dans l’égoïsme, mesure dans la générosité."

De la mesure dans toute mesure, semble également souhaitable.”

Nicholas Carr.  

Mesure et mesure - RoughType

"Ce qui ne peut être mesuré ne peut être géré" dit le vieux dicton. Mais ce qui est rapporté que Peter Drucker aurait réellement dit est : “Ce qui est mesuré peut être géré”, ce qui est tout à fait différent et bien plus sage. Et la sagesse s’éclaire encore lorsqu’elle se complète du reste de la remarque de Drucker : “Ce qui est mesuré peut-être géré - même quand il est inutile de mesurer et gérer et même si le faire nuit à l’objectif de l’organisation.”

Il est douteux et dangereux de prendre ce qui est mesurable pour ce qui est important, dit Drucker. Mais il dit aussi quelque chose de plus radical et même subversif. Certaines choses qui peuvent être mesurées ne devraient pas l’être. 

Toute un contre-culture, à l’ère des Big Data, pourrait se construire sur cette pensée. Imaginez-vous Google, Amazon ou Facebook annonçant : “nous avons décidé de cesser de mesurer ces trucs pour passer un peu de temps à étudier ce qui en fait une valeur de mesure” ? Non, l’éthique d’aujourd’hui est plus simple, plus facile à exécuter : “Si vous mesurez, le sens va venir.”

"Mesurer" lui-même a plusieurs significations, et il vaut la peine de les garder toutes à l’esprit. Pensez à ce que disait Robert Frost à ses étudiants en 1956 : 

"Je suis toujours heureux quand je vois quelqu’un faire des mouvements de ce genre - comme un métronome. Voir la musique mesurée. La mesure me rassure toujours. Mesure dans l’amour, dans le gouvernement, mesure dans l’égoïsme, mesure dans la générosité."

De la mesure dans toute mesure, semble également souhaitable.”

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