criard

Fais-toi des Anglaises !

AVERTISSEMENT: ceci n’est pas un billet destiné à t’inculquer le bouclage capillaire à la fourchette. Merci.

Pour parler de l’accoutrement de mes chères Anglaises, “vulgaire" est le terme qui me vient naturellement à l’esprit. Débauche de robes ultra courtes (les mecs, EasyJet assure une liaison Paris-NCL), de collants résille, de sous vêtements portés sans vêtement (vols quotidiens), d’escarpins strassés, assortis à peinturlure suintante et chevelure surgonflée, le tout nimbé d’un comportement pour le moins alcoolo-allumeur (60-80€ si vous vous y prenez à l’avance).

Oui c’est assez choquant pour une Française habituée à plus de goût retenue, tout du moins à davantage de dosage dans les euuuh ajouts putassiers. Et pourtant, je remarque trois points positifs:

- menues ou obèses, elles s’y mettent toutes sans complexe. Pas de censure morphologique, les fringues sont disponibles dans toutes les tailles. Pareil pour la lingerie (les billets sont au même prix pour la gent féminine, notez).

- fringuées comme des putes filles de joie et se comportant en allumeuses, elles ne se font ni violer ni embêter dans la rue, elles font partie du décor, point.  A Paris une jupe 5 cm au dessus du genou t’attire regards appuyés et douces interpellations à base de “t’aurais pas un 06 ?”.

- elles peuvent se permettre de porter à peu près n’importe quoi, il y aura toujours plus trash / criard dans la pièce. Toutes les extravagances sont permises, et même encouragées.

Oui, on pourrait vraiment les croire libres. Néanmoins, malgré leur apparente bonne humeur régulièrement manifestée à coups de cris de joie sur-aigus et leur obstination à se déhancher en boîte 4 fois par semaine, il y a toujours comme un fond de tristesse chez ces Anglaises, quand elles ne se croient observées par personne. La compétition physique inter féminine reste redoutable, l’hypocrisie ambiante perce sous la laque d’amitiés “for ever”. De même leur manque de goût originalité vestimentaire peut n’apparaître que comme une conformité sociale de plus (sinon c’est parfois un chouette pays, l’Angleterre).

Superficielles, ces Anglaises ? Un peu. Avec du vernis - nude, cette saison -  surtout.

Ne suis-je pas un faux accord
Dans la divine symphonie,
Grâce à la vorace Ironie
Qui me secoue et qui me mord ?

Elle est dans ma voix, la criarde !
C’est tout mon sang, ce poison noir !
Je suis le sinistre miroir
Où la mégère se regarde.

Je suis la plaie et le couteau !
Je suis le soufflet et la joue !
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau !

Je suis de mon coeur le vampire,
- Un de ces grands abandonnés
Au rire éternel condamnés,
Et qui ne peuvent plus sourire !

—  Charles Baudelaire, L’Héautontimorouménos (Les Fleurs du Mal)
Le roman graphique

Au cours d’une de nos promenades, Anne-Marie s’arrêta comme par hasard devant le kiosque qui se trouve encore à l’angle du boulevard Saint-Michel et de la rue Soufflot : je vis des images merveilleuses, leurs couleurs criardes me fascinèrent, je les réclamai, je les obtins ; le tour était joué : je voulus avoir toutes les semaines Cri-Cri, L’Épatant, Les Vacances, Les Trois Boys-Scouts de Jean de la Hire et Le Tour du monde en aéroplane d’Arnould Galopin, qui paraissait en fascicules le jeudi. D’un jeudi à l’autre, je pensais à l’Aigle des Andes, à Marcel Dunot, le boxeur aux poings de fer, à Christian l’aviateur beaucoup plus qu’à mes amis Rabelais et Vigny.

Jean-Paul Sartre, Les Mots.

 

           Le novice à qui l’on demande de citer de grands écrivains aura tendance à se creuser la cervelle pour recracher les noms qui lui viennent en premier à l’esprit, ceux qu’il entend prononcer le plus souvent à la télé, ceux qu’il voit le plus souvent dans la vitrine de France Loisirs. Il s’y trouvera peut-être Marc Lévy, Guillaume Musso, Anna Gavalda, vous voyez le genre – et les gens du métier auront tout loisir de lui jeter des pierres et de lui enfoncer le nez dans la bouse.

           Pourtant, le novice ne devrait pas avoir honte de son ignorance. La littérature est tellement à la portée de tous, désormais, qu’on la trouve même dans la bande dessinée.

           Je suis tout à fait d’accord pour ne pas déranger la hiérarchie des arts. La bande dessinée n’est pas de la littérature, ni de la peinture, okay. La bande dessinée est un art populaire, okay. « Populaire », à prononcer en se pinçant le nez, comme si on tenait à la main une paire de chaussettes sales retrouvées sous un lit. Il n’empêche qu’Astérix a autant participé à mon éducation culturelle qu’Homère, que je dois à Lucky Luke autant de bonheur de lecture qu’à Stevenson, et que Quino et sa Mafalda m’ont forgé l’esprit au même titre que Montaigne ou Cioran.

           En tout cas, que les uns n’empêchent pas les autres.

           Pour moi, c’était une évidence. J’ai toujours tenu la bande dessinée en haute estime. Il faut dire que je n’ai pas été de ces enfants dont les parents se lamentent parce qu’ils passent leur temps à « lire des BD », puisque j’étais tout autant boulimique de « vraie » littérature. J’ai au moins échappé à ce complexe (on ne peut pas tous les avoir).

           Ce complexe que je n’avais pas, moi, la bande dessinée elle-même, visiblement, en souffrait. Certains dessinateurs se désespéraient qu’on puisse penser qu’ils ne s’adressaient qu’aux enfants, que leur art était « mineur », frivole. Ils se sont retroussé les manches, ont lancé à la face des cieux : « On va voir ce qu’on va voir ! » et se sont lancés dans des récits destinés à un public adulte. Et comme le terme de « bande dessinée » leur faisait honte, ils ont appelé ça « roman graphique ». Et les cieux n’ont plus trop fait les malins.

           Le Genevois Rodolphe Töpffer, que l’on considère comme l’inventeur de la bande dessinée au XIXe siècle, appelait ses créations des « histoires en estampes ». D’abord conçues pour amuser ses élèves et ses amis, ces œuvres, des illustrations accompagnées de dialogues, tombent entre les mains de Goethe, au début des années 1830, et celui-ci trouve à leur lecture un « plaisir extraordinaire ». C’est grâce à l’auteur de Werther que Töpffer s’est décidé à faire circuler ses œuvres dans la société aristocratique du temps. Il va lancer un genre, suivi par de nombreux artistes tels que Wilhelm Busch, Rudolph Dirks, Windsor McCay… Comme la littérature, la bande dessinée a ses classiques, de Max et Moritz à Tintin, en passant par Little Nemo ou les Pieds Nickelés.

           Alors, où est le problème ?

           Eh bien, le problème, voyez-vous, c’est que tout cela ne fait pas très sérieux. Thierry Groensteen a identifié les cinq « handicaps symboliques » qui empêcheraient la bande dessinée d’être estimée à sa juste valeur :

           - elle mélange le texte et l’image,

           - elle est considérée comme « intrinsèquement infantile »,

           - elle est liée au comique et à la caricature,

           - elle n’a pas suivi l’évolution des arts au XXe siècle, demeurant figurative au moment où l’art abstrait s’imposait,

           - la multitude des cases et leur petit format empêcheraient la contemplation.

           Et voilà pourquoi votre fille est muette et votre bande dessinée de l’art populaire.

           Alors, pour ne plus avoir à rougir devant leurs planches, leurs cases et leurs bulles qui leur ont coûté tant de sueur mais ne leur rapporteront jamais la légitimité culturelle dont ils rêvent, les auteurs de bande dessinée, un jour, inventèrent le roman graphique.

           Et voilà, d’un coup d’un seul, la bande dessinée avait fait son entrée dans la cour des grands. Mais dans la cour quand même. Mais celle des grands. Will Eisner, Art Spiegelman, Joe Sacco, Marjane Satrapi, Étienne Davodeau : enfin des noms d’auteurs qu’on pouvait aligner sans rougir ! « Alors comme ça, vous faites de la bédé ? Non môssieur, je fais du roman grâphique ! »

           Entendons-nous bien : je n’ai rien contre le roman graphique. De Maus à Gen d’Hiroshima de Keiji Nakazawa, en passant par le From Hell d’Alan Moore ou le Journal de Fabrice Neaud, je suis même un grand amateur de ces œuvres qui ont brisé la norme de l’album cartonné de 48 pages en couleurs pour courir sur des volumes entiers… « Un roman graphique, d’après Spiegelman, c’est une bande dessinée qui nécessite un marque-page. » Son arrivée a permis de diversifier les genres : reportage, autobiographie, fiction pure… Je suis bien d’accord. C’est cette course après la légitimation culturelle que je trouve absurde, ce besoin de trouver un nouveau nom, comme s’il fallait avoir honte de faire de la bande dessinée. « Attention, je suis dessinateur, mais moi, je ne fais pas des petits mickeys, hein ! »

           Mais c’est très bien aussi, les petits mickeys, les gars… D’ailleurs Maus en est rempli, de ces mignons rongeurs. C’est bien la preuve…

Corbeau

Si on avait demandé à Lodvig comment il se sentait, en admettant qu’il ait été capable de répondre, il aurait sans doute déclaré que tout allait bien. Il avait chaud, il n’avait mal nulle part, il était simplement en train de mourir, entouré d’une très grande beauté.
Mais soudain un bruit inconnu lui écorcha les oreilles, un bruit agaçant qui l’arracha à son état d’extase. […] Quelques instants plus tard, ses oreilles congelées saisirent les bribes d’une voix criarde:
"A gauche, à gauche. Ho, ho, espèce d’enfoiré, ho, ho!"

(Jørn Riel, Racontars Arctiques, extrait // excerpt, trad. // transl. S. Juul et B. Saint Bonnet)

Exposition Bjarne Melgaard

La galerie Thaddaeus Ropac présente dans son espace du Marais une exposition des travaux de l’artiste Bjarne Melgaard sous un titre mystérieux : The Casual pleasure of disappointment.


Si le TADY a en effet éprouvé de la déception, il n’a pas bien vu où était le plaisir dans ces tableaux et sculptures très capillaires et clownesques. Les toiles, affublées de longs cheveux synthétiques et envahies de boîtes de maquillage, présentent des dessins frustes aux couleurs criardes. Les réalisations en trois dimensions sont à peu près du même type.

On avait déjà bien compris que l’art pouvait être le vecteur d’une critique de la société de consommation ou encore des diktats de la beauté érigés en valeurs suprêmes par le monde de la mode. Mais quand même…


La critique plastique de Bjarne Melgaard parvient à inspirer au spectateur un dégoût maximum avec un minimum de subtilité. On imagine bien qu’il cherchait à provoquer et à choquer les Marie-Chantal. Le TADY a seulement ressenti un grand vide intellectuel et son instinct fut de fuir le plus rapidement possible.

Bjarne Melgaard. The Casual pleasure of disappointment, galerie Thaddeus Ropac (Paris Marais), 5 février – 14 mars 2015

Monki - Short ajusté>

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Miami. Les hautes tours interminables aux vieux pastels, le soleil cuisant sur la peau, la langue espagnol dans toutes les bouches.

Les vitrines colorées, avivées de paillettes et de couleurs criardes.

Les odeurs qui se mêlent dans une cacophonie écoeurante… Chanel et tacos, friture et Hugo Boss.

C’est de Miami qu’est originaire Phil. Quand je l’ai croisé à l’angle de Washington boulevard, j’ai compris qu’il avait pour mission d’insuffler un peu d’air dans les rues à grand coup de vent dans son saxophone, comme pour chasser la chaleur suffocante de ces boulevards ternis par le trop plein de strass.

Les gens passent devant lui, s’arrêtent, repartent, et font demi-tour pour laisser dans la housse de son instrument quelques dollars de gratitude.

il joue du saxophone avec tant d’amour que le tableau en est presque troublant.

Il n’a pas de lacets à ses chaussures, il porte un sweat-shirt ample et un pantalon trop large, assorti à sa casquette.

A la simplicité de look s’ajoute la simplicité de son jeu, et contraste avec les boulevards de Miami, ce qui n’est pas pour me déplaire, bien au contraire.

Il est beau, très jeune, il prend un malin plaisir à se pencher en avant pour ressentir les battements de son saxophone, les yeux fermés, un peu plus plissés à chaque beat, comme pour mieux voir dans le noir.

La simplicité de ce jeu de saxo, sur les trottoirs de cette ville à l’esthétisme chirurgical, c’est un peu comme fermer les yeux quelques minutes après avoir été trop ébloui par un néon malade…

… Phil, Miami Beach, vers 20h30 le 10 février 2015.

https://soundcloud.com/ri-rou/phil-washington-avenue-espanola-way-miami-beach-feb-2015

Mercredi 7 juin 1995

Je ne dors plus, il y a deux nuits à trois heure, j’avais le regard énucléé, vaporisé dans la lumière bleutée des diodes de mon magnétophone 8 pistes, un orage improprement divin a éclaté ; j’ai proposé aux toutous d’en profiter, ils m’ont dit à l’unisson : patron tu délires, fous nous la paix avec tes conneries, nous sommes des chiens sérieux nous. Je suis sorti tout seul. Mais pas longtemps, c’était trop, il faisait froid, je n’avais envie de me laver de rien, au contraire - juste le temps d’avoir la peau criarde partout. C’était étrange, je venais de dire à quelqu’un au téléphone que dans ma prochaine incarnation, à choisir, je voudrais faire mort tout de suite… Alors qu’en fait non, la vérité c’est que je vivrais bien cinq ou dix minutes dans cette vie-ci. Pour voir… LIRE LA SUITE

6#

Elle colore toujours la grande clarté d’une touche d’ombre, teinte vigoureuse qui lui permet d’engouffrer l’odeur évanescente de sa propre chute. Sa boîte noire vomit, encore et encore, les images de ses échecs, si nombreux qu’elle se replie dans l’infime parcelle d’elle-même qui s’accroche à un Espoir délavé, desséché ; usé comme tout son être semble l’être.
Alors même que les couleurs criardes s’avançaient, moqueuses, sur le bord de la palette, obscurcissant sa vision, donnant le sceptre a la terreur et à la colère, une goûte d’une couleur mélodieuse s’insinue lentement, modifiant l’aspect global de la toile. Les cordes caresse un sentiment inconnu et terrifiant, l’adagio en mineur d’une déchéance à venir, la symphonie magistrale d’un chapitre éclatant, doté d’une écriture fluide et sans accroc.
Si l’éphémère s’écrivait éternité, elle la lui offrirait sans regret. Mais  l’éternité n’est qu’un mot et elle hait le néant auquel elle sera confrontée lorsque l’éphémère quittera la scène.
Lorsque l’on déniche une saveur mystérieuse qui rend le reste supportable, on voudrait graviter autour  pour toujours
La fusion d’un corps magnifique, si attirant, et de cet esprit aussi riche que bouleversant et cette entente irréelle voleront en éclat pour lui rappeler l’ignoble réalité.

2012

Cahiers espagnols #6

Il y a une rue qui descend du village, une rue sans arbre où tout le monde s’entasse pour boire et manger sur des tables en plastique collant. Des enfants gueulent et paradent en sortant le ventre comme de gros rois débraillés, envahissent le goudron chaud au milieu des moteurs puants, au milieu de jeunes filles mornes et braillardes à peine plus vieilles, et déshabillées pour sortir.

Dans cette rue un homme a taillé sa maison. Il a sculpté sur le crépi orange tout le bestiaire qui l’obsède. Il y a la faux de l’artisan guidé par les anges, les fleurs en métal rouge et violet, le porc et le moulin, l’âne, le pèlerin et le paysan, la Santa Cruz sur un blason criard, un cadran solaire, et des mosaïques bleues oblongues, d’où sortent de grossières flammes noires comme les murènes. L’homme a collecté chaque pierre, et toute la faïence possible, il a fait affleurer la brique et le plâtre grumeleux sous de fausses craquelures boursouflées, et il a baptisé cette maison qui déverse son obscénité naïve à la vue de tous.

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