ahurie

Je suis mordue dès la première journée passée dans les tripes de la ville.
J'ai l'impression de marcher dans un film continu, il y a de quoi hurler de rire.
À croire que Pasolini était documentariste en fait. Des scooters qui braillent avec 3 personnes minimum et un môme qui conduit, sans casque évidemment. Des visages fendus par le sourire. Des poissons jetés en l'air, gratuit pour celui ou celle qui l'attrape, la dernière fois c'était une vieille toute petite.
Des négociations qui n'en finissent pas pour 50 centimes, autant dire pour le plaisir.
Il faudrait rester des mois pour passer inaperçue et connaître et comprendre quelques secret du labyrinthe, sans être spectateur ahurie comme moi. C'est d'ailleurs ce que je pense faire, j'en ai l'envie en tout cas. La personne chez qui je suis accueille des artistes en résidence. Peut être un lieu où je reviendrais. Ici il faut encore plus pousser les portes qu'à Naples. Naples c'est une bonne vaxination avant de venir à Palerme pour moi. C'est Marseille puissance 100.000.
Une porte, une autre, puis encore une autre jusqu'à être invité chez les gens, dans leurs jardins, cuisines, ou juste devant leur porte le plus souvent. Ils offrent à manger et à boire, du café ou de la bière et me parlent en italien en continu faisant comme si je comprenais sachant très bien que non ou à peine.

La musique des corps, les milles sourires, l'intelligence malicieuse et ancestrale m'émerveille. Je ne sais comment y répondre, ça a l'air si simple pourtant. C'est bon de sentir que cette ville est infiniment généreuse et savante, qu'elle peut nous apprendre et transmettre des choses par le simple fait de la traverser et de la regarder.

La journée je marche seule sans aucun problème. Rencontrer les gens ici c'est aussi simple que d'y trouver des bonnes vongoles. Dès le soir c'est autre chose. Il vaut mieux être accompagné avec une trombine comme la mienne. Ils sont comme des loups-garous, ça hurle et ça mord! Le sang à chauffé toute la journée alors ça se comprend ;-) j'attends gentiment mais impatiemment l'arrivée de Robin pour retourner dans les rues tranquillement.

En allant à Ouagadougou, je me suis promise de ramener le meilleur du Burkina Faso: LE BEURRE DE KARITE. Je me devais aussi de mettre 4 ou 5 ananas et quelques mangues dans ma valise de peur que mes grandes soeurs me lapident à la sortie de l’aéroport. Je ne savais pas encore que la moitié de ma valise allait être décernée aux produits “made in Ouaga”! Le Burkina Faso place beaucoup d’importance dans le respect et le développement de son artisanat et de ses artisans.

C’est après avoir visité deux villages artisanaux, une boutique artisanale et côtoyer quelques vendeurs d’art de rue que j’ai réalisé que partout où j’allais, je revoyais la même expression ahurie. Il s’agit du masque du soleil de l’ethnie Gourounsi et, selon moi, du vrai emblème du Burkina Faso. Il est supposé représenter un oiseau nocturne, parfois une chouette - d’où le côté ahuri !? Il sollicite un esprit protecteur et purificateur. J’en ai acheté deux au prix de 4000 FCFA/pièce (le prix de départ était de 10000 FCFA/pièce mais bon, le charme a fait effet, kiekiekie) pour qu’ils protègent et purifient ma nouvelle chambre. J’ai aussi acheté beaucoup - vraiment beaucoup - d’autres choses mais mis à part l’art artisanal, les fraises de Ouaga sont les plus bonnes fraises que j’ai jamais mangé. Ouaga est une ville qui en vaut vraiment le détour; la chaleur, l’ambiance, la gentillesse, les hommes intègres… tout à son charme.