Un petit point sur le nez

ALTERATION. Production brève, dans le champ amoureux, d’une contre-image de l’objet aimé. Au gré d’incidents infimes ou de traits ténus, le sujet voit la bonne Image soudainement s’altérer et se renverser.

Sur la figure parfaite et comme embaumée de l’autre (tant elle me fascine), j’aperçois tout à coup un point de corruption. Ce point est menu : un geste, un mot, un objet, un vêtement, quelque chose d’insolite qui surgit (qui se pointe) d’une région que je n’avais jamais soupçonnée, et rattache brusquement l’objet aimé à un monde plat. L’autre serait-il vulgaire, lui dont j’encensais dévotement l’élégance et l’originalité ? Le voilà qui fait un geste par quoi se dévoile en lui une autre race. Je suis ahuri : (et là, c’est un passage énorme) j’entends un contre-rythme : quelque chose comme une syncope dans la belle phrase de l’être aimé, le bruit d’une déchirure dans l’enveloppe lisse de l’Image.

 Roland Barthes.”Fragments d’un discours amoureux”

Je cédai au besoin impérieux de faire une acrobatie, et, agrippant les manettes sans préambule, j’exécutais deux pirouettes devant l’assistance ahurie.

(Source : voanews)

3

24.08.14 Retour vers le sud (PL)

Devant le temps pourri mettant à mal notre ténacité depuis plusieurs jours, nous décidons de céder. La décision est prise: nous redescendons vers le sud, histoire de profiter un peu des derniers rayons de l’été. Nous sommes fin août et ici l’automne commence déjà (température en baisse voire glaciale, feuilles commençant à jaunir, etc.).

Nous prenons donc la route en direction de Wroclaw avant de filer vers Cracovie.

Cette journée étant une journée sans, nous roulons quelques kilomètres avant de poser notre dévolu sur une grande aire de repos verdoyante pour passer la nuit. Le soleil est de retour, nous permettant d’admirer un superbe coucher de soleil, de se laver les cheveux au bidon sous le regard ahuri des automobilistes et d’assister à un accident de grande envergure (avec hélico, cinq camions de pompier, trois ambulances et la troupe de la flicaille nécessaire).

MÉACULPAS

image

Mes chers concitoyens, je souhaite avoir votre avis sur un phénomène hallucinant, répandu chez notre communauté maghrébine en Occident. De grâce, voulez-vous m’éclairer, car je suis ahurie devant un concept ineffable, et mon intelligence “limitée” m’empêche de démystifier cette intrigue. À bon entendeur!

Selon les statistiques rapportées de bouche à oreille via le téléphone féminin, cette pathologie frappe une partie importante de la gente masculine maghrébine vivant à l’Étranger, notamment les Marocains et les Algériens. Ce disfonctionnement socio-psychologique a affecté plusieurs de mes copines occidentales, et devant leurs interrogations, je me vois tiraillée. Oui, tiraillée entre la solidarité féminine et la solidarité patriotique qu’impose l’appartenance partagée avec ces compatriotes « honorables », auteurs de leur mauvaise réputation à l’Étranger.

Il s’agit du syndrome C.P.É.V.B (Tu Couches avec moi, t’es une Pétasse, rêves pas que je t’Épouse, me faut une Vierge, jeune et soumise, envoyée du Bled). Voici le descriptif du syndrome: Certains spécimens, vivant au Canada et ailleurs en Occident, sortent avec des filles non musulmanes, souvent des occidentales. Ces dernières tombent amoureuses de nos concitoyens, Arabes ou Berbères, croyants ou non-croyants, espèrent un mariage, ou du moins, une relation officielle et stable. En revanche, elles se plaignent du fait que leurs copains ne veulent jamais les présenter à leurs familles et à leurs amis. À l’ombre des regards, dans le «back-sit », ces filles ingénues ignorent que leurs cavaliers les cachent parce qu’elles relèvent du provisoire.

Le feuilleton se poursuit; les cœurs s’emballent, les corps s’enflamment, les filles s’attachent à leurs princes charmants qui prévoient déjà de les quitter, depuis le départ. Résultat : abandon avec préméditation, justifié par la fatalité de « El Mektoub » (le destin). Vous me voyez venir! On entendra des justificatifs indigestes, des balbutiements confus et insensés : « Désolé, ma religion m’interdit d’épouser une non musulmane, je dois ramener une coreligionnaire du Bled », « Désolée, ma famille te refuse, et veut m’envoyer une fille de mon pays, une vierge de bonne famille ». Le plus téméraire de nos « Antar » dira à sa prétendue « Abla » : « Désolé, je ne suis pas musulman, mais mes valeurs traditionnelles, héritées de mes aïeuls, m’interdisent d’épouser la fille qui accepta de partager mon lit, celle qui va partager ma vie sera une vierge sans passé».

Ironie du sort, ces Casanova sont souvent pratiquants, ils font le Ramadan, vont au pèlerinage, prient à la mosquée, et surtout, diffusent les Fatwas, mais au moment de leurs instincts, ils courent chez les « Kafirettes » (les incrédules), puis prennent leur bain rituel, et prononcent leur fameuse supplication « Ina Allah ghafouroun rahim »  (Dieu est miséricordieux ; il pardonne les pêchés). Se poursuit l’idylle de ces filles, encore endormies jusqu’au jour G (de Gifle), lorsque ces Roméo ôtent le masque de l’avant-garde et dévoilent leur vraie face rétrograde. C’est alors que nos Juliette, aux cœurs brisés, découvrent qu’elles servaient de roue de secours, de bouche-trou, le temps qu’arrive le vrai « trou », celui qui sera inauguré et béni! Alléluia! Alléluia!

Ma foi, ces filles se montrent souvent tolérantes et conciliantes; elles pardonnent et libèrent leurs amoureux sans histoires. En revanche, curieuses, elles les interrogent : « Au lieu d’aller chercher des Houris du Bled, pourquoi ne pas chercher des concitoyennes, ici, dans votre terre d’accueil, n’est-ce pas plus pratique pour vous? ». Eux de répondre : « Mais non, elles ne conviennent pas non plus; tout comme vous, elles sont libérales, donc pas faciles à gérer, et tout comme vous, elles sont des marchandises déjà consommées. Nous désirons des  vierges jeunes et obéissantes, de la viande « Halal » (cachère) ». Intriguées, elles enchaînent : «Votre religion, interdit-elle ce péché uniquement à la femme? ». Et là, nos concitoyens pratiquants sont pris d’aphasie, puis changent de sujet. Ils savent trop bien que la proscription est valable pour les deux sexes. Elles de défendre leurs consœurs dans la carrière de « l’impureté » : « Sachez que ces musulmanes avant-gardistes ne veulent pas de vous, non plus; elles préfèrent épouser des hommes occidentaux, et leur inculquer les valeurs du vrai Islam, et les vertus de nos bonnes traditions. Elles se sentent plus confiantes avec eux, car, contrairement à vous, ils ne sont pas misogynes». À propos des préjugés et des jugements, une amie me lance : « Assez! On a besoin d’avocats et non de juges! ». Autre chose, ces victimes interpellent leurs bourreaux : « Pourquoi ne pas cibler votre proie favorite sans passer par le temporaire que nous sommes; n’avons-nous pas un cœur et des valeurs, nous, femmes occidentales?! ».

Dans leur deuil, à fleur de peau, ces âmes écorchées viennent me voir et me posent des questions qui me laissent pêle-mêle! Que leur dire? Que mes concitoyens (la majorité) sont à plaindre plus qu’elles, qu’ils sont atteints d’un cancer métastasé et incurable, la misogynie, qu’ils sont endoctrinés par nos malheureuses traditions, qu’ils ont perdu leur Nord ou l’ont glissé vers leur Sud, qu’ils ont peur d’une femme intelligente, pire encore, de l’intellectuelle, et feront tout pour la concurrencer ou la casser?! Pour les détendre un peu, je me sers de mon vilain sarcasme qui les fait rire aux éclats : « Mes chères, Dieu vous vengera; vos bourreaux se croient malins, mais ils ignorent que, parfois, ces vierges par « l’avant » sont consommés par « l’arrière ». Ce n’est pas tout! Parfois, ces « candides candidates » vont se servir de ces prétendants juste pour traverser les frontières de leurs sociétés patriarcales, et une fois arrivées à destination, elles diront : « Goodbye ». Mon délire diabolique va plus loin lorsque je leur promets de lancer ceci à mes concitoyens : « Puisque toute femme qui accepte de coucher avec vous est impure, donc risque de souiller vos âmes et vos corps, et comme l’expérience sexuelle est prohibée pour la femme, mais permise à l’homme, allez donc coucher avec des hommes ou avec vous-mêmes dans l’attente de vous caser avec les madones ». Et concernant l’hymen, leur hymne de la chasteté, je dirai : « Pourquoi sacraliser un bout de chair qui n’a aucune valeur morale, et qui n’a jamais été cité dans le Coran, et de quel droit un homme qui n’est pas puceau ose-t-il exiger une épouse vierge?! ». Tant d’interrogations qui se rétractent face au mur de Berlin, puis rebroussent chemin.

Ce n’est pas fini! Encore une question lancinante qui m’intrigue: Pourquoi seul l’homme qui a l’exclusivité de cette absurdité : “Elle s’est donnée à moi, elle est donc salope!”? La femme, n’a-t-elle pas le même droit de dire : “Il s’est donné à moi, il est donc salop!”? Bon sang, elle est où l’équité dans la “SALOPERIE”?! Elle est où la saloperie dans l’AMOUR?! Pensez-y! Éclairez-moi… par vos trouvailles! Je suis confuse… incapable de dénouer une telle énigme!

Mes copines ont peur pour moi et me conseillent de garder ma langue à sa place pour éviter une éventuelle remontrance ou un incident diplomatique. Ma langue me démange toutefois, et me voila bafouer la promesse de me taire!

Le silence est une vertu, me le rappellent mes maîtres soufis, mais comment peut-on l’appliquer devant des absurdités qui font parler le muet, la pierre et le mulet?! En revanche, ces maîtres m’apprennent que pour faire un monde, on a besoin de tout, même du ridicule!

Mes chers concitoyens honorables, je ne parle pas de vous, mais de ceux qui, certainement, ne sont pas sur ma liste d’amis. Veuillez m’excuser de mes propos crus et osés; ce n’est point pour heurter les sensibilités, ni pour satisfaire les préjugés de certains occidentaux, c’est juste un constat que je partage avec vous en vue de comprendre la logique de l’illogique. Loin de moi est l’idée d’extrapoler ou de dénigrer mes compatriotes. Ce n’est point eux que je dénonce, plutôt l’acte que produit leur ignorance. Et puis, nulle société n’est parfaite, et à chacune son talent d’Achille et ses bras d’hercule.

Par Johar Hideur (Haidar)

Montréal, hiver 2011

Text
Photo
Quote
Link
Chat
Audio
Video